''Atlantes'' by Adrideo (septembre 2008)
Première partie
– Bon, quoiqu’il arrive, je vous interdis de prendre des risques inconsidérés, répéta Athéna pour la dixième fois. Au moindre problème…
– Nous remontons immédiatement à la surface, coupa Sion avec un clin d’œil pour son ancien élève.
Mû dissimula assez mal un sourire amusé tandis que la déesse fronçait les sourcils.
– Bien, je vois que vous avez compris, déclara-t-elle d’un ton pincé. Alors vous pouvez y aller.
Sion adressa un gentil sourire à la jeune fille qui rougit aussitôt, puis il se retourna vers la mer d’un air songeur.
– Ca fait longtemps… murmura-t-il, que je ne suis pas retourné à Atlantide…
– Elle ne doit pas avoir beaucoup changé, de toute façon, sourit Mû.
– C’est sûr, admit Sion en souriant également. Au moins, nous n’aurons pas de mal à mettre la main sur ces fichus outils.
Saga fronça les sourcils, cette histoire ne lui plaisait pas. Un homme ne pouvait pas descendre aussi profondément et aussi longtemps pour atteindre Atlantide. Bon, il avait fini par admettre le fait qu’elle existait toujours en voyant le regard amusé de Mû posé sur lui… mais tout chevaliers d’or qu’ils étaient, Mû et Sion ne pouvaient pas rejoindre la cité engloutie. C’était physiquement impossible. Et ce, même si les outils dont ils avaient besoin pour créer de nouvelles armures d’or y étaient enfouis.
Le même air sceptique s’affichait sur tous les visages des chevaliers d’or, sauf Dokho.
– Euh… je ne voudrais pas vous couper dans votre élan, mais… hésita Shura, vous êtes sûrs de pouvoir retenir votre souffle suffisamment longtemps ?
– Ca ira, répondit rêveusement Mû en observant la surface de l’eau.
– Oui ça ira, enchaîna Sion plus concentré en adressant un sourire rassurant au chevalier du Capricorne. Tout simplement parce qu’on ne va pas retenir notre souffle.
Dokho se retint de rire en voyant Shura écarquiller encore plus les yeux et le sourire de Sion s’accentua. Malgré son âge, l’ancien chevalier du Bélier restait un vrai gamin par moments… Mû revint à la réalité en voyant les visages franchement inquiets pour leur santé mentale de ses compagnons d’arme.
– Ce que maître Sion veut dire, c’est que nous pouvons respirer sous l’eau, leur expliqua gentiment l’alchimiste.
– Ah bon… murmura Aldébaran en tentant de paraître rassuré.
– De toute manière, vous verrez bien, conclut Sion avec un sourire espiègle en entraînant fermement son ancien disciple vers l’eau.
– Dites, Maître Sion, vous ne pensez pas que ça va être un peu brutal pour eux ? murmura Mû en jetant un coup d’œil au-dessus de son épaule.
– Ca prendrait trop de temps à expliquer, et ça n’atténuerait en rien leur surprise, répondit l’ancien Bélier. Ne t’inquiète pas, Mû…
Sion tourna un regard bienveillant vers lui, sans cesser de marcher.
– … Ces enfants sont ouverts d’esprit et ne sont pas du genre à repousser quelqu’un parce qu’il est différent.
– Oui, mais…
– Tiens, on va faire un marché, toi et moi. S’ils réagissent bien à notre retour, tu parles à un certain chevalier des Gémeaux.
– Parler à Saga ? répéta Mû dont le battement de cœur s’accéléra soudainement. De quoi ?
Sion planta son regard rose dans les yeux de Mû et eut un sourire entendu. Mû sentit ses joues le brûler. Il n’avait pas de problème pour gérer son nouveau sentiment, mais que son maître le découvre…
– Tu n’as rien à perdre, Mû… continua Sion tout en poursuivant sa marche vers l’eau. Après tout, s’il est assez tolérant pour t’accepter sous ta forme d’Atlante pur, il le sera assez pour accepter ton amour…
Sion sourit en se rendant compte que son ancien élève avait pris le parti de l’ignorer et de ne pas lui répondre, comme quand il était enfant. En vérité, il s’étonnait de la bêtise de Mû, de celle de Saga aussi, et même de la bêtise de tous les chevaliers d’or. Seuls Dokho et lui avaient su détecter ce qui vibrait dans les cosmos des chevaliers d’or du Bélier et des Gémeaux… Sion leva les yeux au ciel en se disant qu’arranger un coup pour son élève était bien la dernière chose qu’il pensait faire en revenant sur Terre.
Mais pour le moment, il avait bien plus important à penser.
Saga observa d’un air sceptique les deux chevaliers s’avancer vers l’eau et se demanda vaguement, un instant, de quoi ils pouvaient discuter. Il ne comprenait rien. Comment pouvaient-ils respirer sous l’eau ? Heureusement que Dokho et Athéna étaient calmes, sinon il ne laisserait sûrement pas Mû partir. Il le trouvait un peu… étrange depuis leur retour sur Terre. Comme… dans la lune. Leur résurrection avait du le chambouler, et ce n’était sûrement pas le bon moment pour faire de la plongée au fond de l’océan… masque à oxygène ou pas d’ailleurs !
Fort de ses conclusions, Saga fit un pas en avant pour ramener immédiatement Mû et proposer de remettre cette excursion à plus tard. Mais au même moment, une vague vint lécher les pieds des deux atlantes et il s’arrêta net, médusé, comme la plupart de ses compagnons.
En réalité, il n’eut pas le temps de voir grand-chose. Le soleil se couchait, éblouissant les deux silhouettes qui avaient presque immédiatement disparu dans l’eau. Mais il avait nettement vu l’eau s’enrouler autour des chevilles des Atlantes puis remonter progressivement le long de leurs corps, comme étrangement attirée. Et lorsque l’eau était retombée, il lui avait semblé que la peau et les cheveux de Mû avaient changé… de couleur. Sûrement une impression… Il n’avait pas eu le temps d’en voir plus que les deux Atlantes s’étaient laissés engloutir par les flots.
– Bon, à partir de maintenant, nous ne pouvons qu’attendre, déclara Dokho avec un gentil sourire. Une excellente occasion pour faire un pique nique !
Saga et les autres observèrent le vieux maître d’un air gêné. Eux, faire un pique nique comme des gamins ? De plus, ils n’étaient pas vraiment proches… mais Dokho pouffa de rire en voyant leurs visages embarrassés, et bientôt plusieurs paniers lévitèrent jusqu’à eux.
– Vous ne pensez pas qu’il est temps de repartir à zéro ? murmura le chevalier de la Balance. On ne vous a pas donné une seconde chance pour rien…
Ils restèrent plusieurs secondes immobiles, puis à la surprise générale, Shaka attrapa une nappe sur un des paniers et la déploya sur le sable, les yeux toujours fermés, installant les aliments. Bientôt, tous les chevaliers d’or étaient assis, et la scène leur plaisait autant qu’elle les dérangeait. Ils n’avaient pas l’habitude de plaisanter ainsi entre eux et de se faire passer le sel… mais ils s’y habitueraient.
Saga, les coudes renversés en arrière, observait le soleil qui continuait à se coucher, repensant aux paroles du vieux maître. Une seconde chance, mm ? Allait-il avoir une seconde chance avec Mû ? Juste pour apprendre à le connaître… pourquoi Mû ? Il ne savait pas. Après tout, il n’était pas le seul à qui il avait fait du mal…
Mais depuis Hadès, depuis qu’il avait réellement découvert le chevalier, quelque chose l’attirait. Quelque chose faisait que c’était en sa compagnie seule qu’il était bien, et ça ne le dérangeait absolument pas de plaisanter avec le Bélier, contrairement avec ses autres camarades qu’il ne connaissait pas vraiment. Il ne connaissait pas Mû depuis plus longtemps, mais il avait l’étrange impression de le connaître depuis toujours.
Saga effleura les serviettes immenses que Dokho avait prévu pour les deux Atlantes. Il ne savait pas encore pourquoi il se sentait plus proche de Mû, mais il n’avait pas l’intention de s’embarrasser. Pas après tout ce qu’il avait vécu. Il vivrait ses sensations au jour le jour, sans se poser de questions, se contentant de suivre des sentiments et d’apprécier sa compagnie autant que le jeune Atlante le voudrait bien.
– Les revoilà ! s’exclama Athéna en se levant soudainement, le visage soulagé.
Le repas s’était bien déroulé, dans les conversations et les rires. Finalement la nuit était tombée et une énorme lune très éclairante était venue remplacer efficacement le soleil. Les chevaliers se retournèrent automatiquement vers les deux Béliers qui sortaient de l’eau et discutaient avec leur Déesse venue les accueillir. Saga sentit son souffle se bloquer dans sa gorge.
Effectivement, l’apparence de Mû avait changé au contact de l’eau. Bien changé. Sa peau avait pris une couleur bleue claire comme l’océan dans lequel il était entré auparavant. Ses points de vie, ses lèvres et ses cheveux étaient d’un blanc pur et parfait, tandis que ses yeux rouge sang semblaient soudainement abriter tous les mystères du monde. Ses cheveux étaient laissés libres à l’exception de plusieurs tresses, plus ou moins fines, qui s’ingéniaient à venir perturber les lignes raides et ruisselantes d’eau. Ses vêtements d’Atlante lourds avaient disparu pour laisser place à un tissu blanc très fin et richement décoré d’arabesques savantes, entourant ses hanches et son torse en les masquant pudiquement. Mais l’eau avait fait le merveilleux cadeau à Saga de plaquer le précieux tissu sur le corps envoûtant qui sortait lentement des flots.
Saga remarqua encore un diadème en argent qui ceignait délicatement le front de l’Atlante, descendant en une pointe stylisée entre ses points de vie et sertie de saphirs étincelants qui ne parvenaient pas à amoindrir l’éclat des étranges yeux rouges. La lune faisait briller de mille feux les quelques chaînes qui servaient de ceintures, reposant paresseusement sur les hanches du Bélier.
Le Gémeau ne nota que distraitement les oreilles pointues qui perturbait la chevelure blanche impeccable, et auxquelles pendaient de nouveaux saphirs trop discrets. En vérité, le visage de l’Atlante le fascinait. Les lèvres blanches, les yeux rouges, cette peau bleue… Il découvrait l’Atlante tout en devinant le Bélier en dessous. Son regard ne s’attarda pas très longtemps sur Sion qui avait aussi changé, dans d’autres nuances qui n’égalaient pas celles de Mû à ses yeux.
Saga se rendit compte que tous les chevaliers d’or fixaient les revenants, les yeux hagards et pour la plupart la bouche ouverte. Le Gémeau craignit que cela ne mette mal à l’aise les deux Atlantes, alors il se leva et attrapa une serviette tandis que Dokho prenait l’autre. Ses pieds semblaient lourds et difficiles à lever tandis qu’il se dirigeait vers Mû, le regard fixé sur lui. L’Atlante discutait avec la Déesse, et Saga ne remarqua qu’alors qu’il tenait un coffret travaillé entre les mains.
Le souffle qu’il avait brièvement retrouvé se bloqua de nouveau lorsque les yeux rubis se tournèrent vers lui, et que les lèvres blanches s’étirèrent en un sourire qu’il reconnaissait parfaitement.
– C’est gentil, il fait un peu froid, approuva Mû en voyant la serviette.
Saga ne répondit rien, conscient que son regard fixe pouvait gêner l’Atlante, mais incapable de le détourner. Il plaça la serviette épaisse sur les épaules de son camarade d’un air absent et sursauta en effleurant sa peau : elle était étrangement lisse, presque caoutchouteuse. Mû perçut son sursaut et l’interpréta mal.
– Ecoute, je comprends que ça puisse choquer la première fois, intervint-il avec un nouveau sourire qui dévoila des dents un peu plus pointues qu’à l’ordinaire. Alors, si tu veux prendre des distances, il n’y a pas de problème, je reprendrai mon apparence normale dans quelques minutes, dès que l’eau de mer aura complètement séché…
– Je n’ai aucun problème avec ça, au contraire… murmura Saga en se plongeant dans les yeux rouges.
Il s’y perdit un long moment en se rendant compte que le rouge n’était pas uni… le regard de Mû abritait des dizaines d’éclats carmins de diverses teintes, et Saga sentit qu’il ne pourrait s’en détacher seul. Heureusement, Mû détourna le regard pour répondre à une question de la Déesse, et tous les cinq se remirent marcher en direction de la plage. Cette petite scène avait laissé le temps aux chevaliers d’or de digérer la nouvelle apparence des deux Atlantes et ils les accueillirent plus ou moins normalement, certains encore étonnés.
Quelques minutes plus tard, assis autour de feu, Saga ne parvenait pas à stopper son examen. Les conversations allaient bon train, il le savait au bourdonnement sourd dans ses oreilles, mais il se sentait coupé du monde extérieur.
La lueur de la lune ne lui avait pas tout révélé, et celle du feu lui apportait une aide précieuse. Les mains et les pieds de Mû étaient palmés, et ses ongles bien plus longs et griffus qu’avant. Chaque tresse se terminait par une perle ou un grelot, et la plupart des chaînes et des ceintures qui complétaient l’habit étrange en étaient garnies aussi. Trois bracelets fins, ronds et en argent entouraient la cheville droite de l’Atlante. La lumière du feu faisait briller la peau bleutée de mille reflets océans, parsemés de petits diamants salés que l’eau leur avait laissés en cadeau. Sans parler des yeux… Si Saga avait cru tout voir tout à l’heure, il s’était lourdement trompé.
Il savait ce qui le perturbait dans ce regard : le rouge riche des pupilles, associé au blanc immaculé des points de vie et des cils, et encore souligné par un bleu intense. Cette association faisait baisser la tête de tout le monde lorsque Mû répondait à une question en regardant son interlocuteur dans les yeux. Sauf son maître et Saga. Son maître parce qu’il était habitué et possédait le même regard mais couleur or, et Saga parce qu’il ne souhaitait qu’une chose : pouvoir étudier encore et encore ces yeux, jusqu’à se perdre dedans. Alors il n’allait sûrement pas baisser son regard.
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Suite de ce oneshot prochainement ! ;)
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