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''Etroite collaboration'' by Ariesnomu / Mu Saga 4 ever (juillet 2008 / février-mars 2009)
Chapitre 10 : Duel à mort
A peine la lourde porte s'était-elle refermée derrière lui dans un lugubre bruit de pierre qui roule que Mû sentit s'élever autour de lui, à l'extérieur, un champ de protection qui ne fut pas sans lui rappeler celui qui entourait le château de Hadès. Ce kekkai qui avait diminué leur cosmos de façon aussi drastique, à lui et à ses deux compagnons, Milo et Aiolia, tandis qu'ils se tenaient à l'extérieur et tentaient d'entrer dans le château... Mais qui n'avait plus agi une fois qu'ils s'étaient trouvés à l'intérieur des Enfers.
De même, au cas présent, il n'eut pas la sensation que son cosmos était diminué. Du moins, pas encore. Il étendit cependant ses pouvoirs psychiques pour sonder la nature du champ de protection et se heurta immédiatement à un puissant mur invisible qui semblait le couper du monde extérieur. Son intuition et la résonance qu'il rencontra lui intimèrent que ce mur était assez puissant pour l'empêcher de se téléporter au-delà s'il le tentait.
Il essaya alors de joindre son maître et Minos par télépathie et se heurta à nouveau au mur qui l'empêchait très clairement de communiquer avec l'extérieur par cette voie, quelle que soit la distance de la personne qu'il cherchait à contacter.
Ainsi, ces barrières dressées autour de lui le maintenaient non seulement prisonnier mais également isolé de l'extérieur, sans aucune possibilité d'en informer le griffon ou son ancien maître. Mais sans diminuer son cosmos. Pour l'instant.
Tous ses sens en alerte, il sonda son environnement immédiat devant et autour de lui dans l'obscurité, mais ne perçut aucun danger. Pour le moment.
Il sortit alors la lampe de poche qu'il portait sur lui et l'alluma. Un long couloir s'étirait devant lui, sombre et mystérieux, s'enfonçant en pente douce sur un chemin de terre non pavé, avec des parois creusées dans la roche laissée à nu, sans lissage ni décor ni aucun marquage ou signe distinctif.
Il scanna rapidement les environs puis s'engagea prudemment dans le couloir sombre, guettant le moindre bruit autre que ses pas, le moindre déplacement d'air, le moindre mouvement quelle qu'en fût la provenance...
***
La grande glace disposée dans la salle où Saga était enchaîné permettait de suivre l'évolution de Mû comme sur un écran géant. Le gémeau assistait impuissant à la progression du bélier vers le piège que l'Ennemi lui avait tendu, par sa faute. Il tenta d'appeler Mû par télépathie mais les invisibles barrières de protection qui l'entouraient l'empêchaient de contacter le bélier par cette voie. Il se démenait violemment sur ses chaînes comme un animal enragé en rugissant de colère, ce qui ne servait à rien, sinon à meurtrir davantage encore ses poignets déjà sanguinolants et ses jambes endolories.
L'Ennemi le regardait s'acharner vainement sur ses chaînes avec un sourire de jubilation démoniaque.
– Tu ne peux rien faire pour lui, sinon le conduire tout droit dans mes rêts... Et porter le poids de ta culpabilité qui t'anéantira à jamais... Ha ha ha ha ha ha ha ! Tu seras bientôt à moi, mon petit gémeau, et bientôt tu me supplieras. A genoux...
– NON ! NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOON !
***
Mû progressait avec précaution, marchant calmement, tous ses sens en alerte, plutôt que de se téléporter d'un endroit à l'autre du couloir sombre, par sécurité, car il ignorait ce qu'il allait y trouver, et il s'étonnait déjà de ne rencontrer aucun obstacle ni aucun piège. Pour l'instant. C'était bien trop facile et d'autant plus inquiétant.
Mais juste comme il achevait cette pensée, les parois du couloir s'animèrent brusquement et semblèrent être prises d'une folie soudaine, des pans entiers du mur se détachèrent en pivotant sur eux-mêmes sans prévenir avec un grincement sinistre et se rapprochèrent dangereusement les uns vers les autres comme pour l'écraser entre eux, puis certains se mirent en travers du couloir dans un bruit strident pour lui barrer le passage et l'enfermer, avant de s'ouvrir brusquement sur un nouveau chemin dont les murs semblaient tout aussi mouvants et virevoltants.
Il fut obligé de s'y engager car les épais murs de pierre derrière lui se déplaçaient dans un roulement sourd en menaçant de le broyer et il dut se plier aux caprices des parois qui continuaient de se mouvoir dans cet étrange ballet infernal, se rétractant ou surgissant inopinément devant lui avec des crissements perçants et des roulements métalliques, l'obligeant à suivre le chemin qui lui était imposé dans ce singulier labyrinthe mobile, le tout dans une véritable cacophonie dont le but semblait être de le désorienter et de lui faire perdre son sang-froid.
La lumière de sa torche lui fut renvoyée dans les yeux sous divers angles à la fois et il comprit qu'un jeu de miroirs amplifiait encore les mouvements désordonnés des parois, lui donnant l'illusion de multiples passages qui s'ouvraient et se fermaient de tous les côtés.
Mû éteignit alors sa lampe et la rangea, puis il ferma les yeux pour ne pas se laisser duper par sa vue et se concentra, étendant ses sens tactiles et son ouïe, ainsi que son sixième sens, qui seuls pouvaient lui garantir la perception exacte de ce qui se passait.
Il se vit bientôt dans un espace en trois dimensions et distingua parfaitement la position et le jeu des parois autour de lui, grâce au bruit infernal et aux appels d'air qui résultaient de leur remue-ménage effréné, et il discerna bientôt une constante parmi ce capharnaüm : un chemin qui menait assez loin devant lui et prenant rapidement ses repères, il se téléporta le plus loin possible qu'il le put dans ce passage.
Arrivé là, il perçut une très faible lueur à travers ses paupières closes et rouvrit les yeux. Le couloir s'étendait devant lui dans une lumière tamisée relayée par de minuscules miroirs. De plus, le calme était revenu aussi soudainement que les murs s'étaient affolés quelques instants plus tôt.
Soulagé de ne plus entendre ce brouhaha, il n'en relâcha pas pour autant son attention et reprit sa marche le long du passage, tous ses sens en éveil.
Un sifflement ténu sur sa droite sembla soudain transpercer ses oreilles et ce ne fut que grâce à ses réflexes fulgurants qu'il évita une salve de fléchettes qui allèrent se planter sur la paroi opposée avec un bruit sec et sourd, laissant les vibrations de leurs empennages emplir le silence du couloir de leur bruit si semblable à celui d'un ressort. Elles avaient littéralement frôlé son cou et ses épaules...
Déployant ses perceptions tous azimuts, il continua sa progression et à peine avait-il parcouru quelques mètres qu'il sentit le déplacement d'air d'une nouvelle volée de fléchettes avant même que le son lui parvînt et il se jeta précipitamment sur le côté, évitant à nouveau la bordée de piques qui cette fois-ci avait visé ses jambes.
Il se remit prudemment en marche mais s'arrêta en percevant l'arrivée d'une nouvelle rafale de pointes acérées et cette fois, il dressa un mur de cristal devant lui qui les renvoya illico s'écraser sur les parois avoisinantes.
Mais un pan de mur se détacha alors en pivotant pour le frapper par derrière. Cependant, il avait anticipé le coup grâce à son sixième sens et s'était téléporté au bout du couloir. Mais là aussi la paroi s'anima violemment et bascula de haut en bas pour l'assommer tandis qu'une nouvelle salve de fléchettes siffla mais à nouveau, un mur de cristal les repoussa et fracassa le pan de mur qui s'affaissait sur lui.
De nouvelles volées de pointes surgirent alors de tous les côtés et il fit pivoter son mur de cristal autour de lui pour se protéger tout en se retournant pour faire face aux attaques et dévier les piques par télékinésie.
Mais trois pointes réussirent à atteindre leur but avant que le mur de cristal ne renvoie les fléchettes en tournoyant. Elles s'étaient logées dans son bras tandis qu'il avait fait volte-face, et Mû sentit une intense douleur lui paralyser tout le bras. Il fut pris de violents vertiges tandis que sa vue se troublait et qu'il sentait son cosmos s'amoindrir et son mur de cristal commencer à fléchir. Il comprit que les pointes étaient empoisonnées et les arracha promptement par télékinésie.
Il se concentra du mieux qu'il put pour ensuite extraire de ses blessures et par psychokinésie le sang qui avait été contaminé et remontait le long de ses veines pour diffuser le poison. Son sang gicla des piqûres reçues et au prix d'un effort surhumain, il parvint à extraire toutes les gouttes de sang empoisonnées. Son mur de cristal se stabilisa alors autour de lui et Mû retrouva son équilibre puis tous ses sens.
Reprenant ses esprits, il sonda intensément l'espace alentour en prévention d'une autre attaque. Il ne détecta plus de danger dans l'immédiat, mais il se sentait observé. Alors, il se rendit invisible et poursuivit son chemin.
***
L'Ennemi jura et fronça les sourcils, contrarié.
Les parois mobiles avaient été une simple mise en bouche, autant pour tester le bélier que pour le destabiliser et le rendre vulnérable à ses fléchettes disposées sur la portion suivante du parcours.
Mais l'animal arrivait à se soustraire non seulement à ses pointes acérées mais aussi au poison de ses fléchettes, même lorsque celles-ci parvenaient à atteindre leur but. Or, c'était par le biais du poison qu'il comptait priver le jeune Atlante de son cosmos et le réduire à sa merci, comme il l'avait fait avec le gémeau.
En effet, ses barrières de protection dressées via le médaillon lui permettaient seulement d'isoler totalement le chevalier de l'extérieur ou de le protéger lui-même contre le chevalier, mais pas de le démunir de son cosmos.
Or, il n'avait pas du tout prévu que les pouvoirs psychiques du bélier pouvaient lui permettre d'extraire le poison de son corps et de son sang, échappant ainsi à son emprise.
Avec ses dons hors du commun hérités de ses origines particulières, ce satané Atlante ne serait pas une proie aussi facile qu'il l'espérait, même si cela en faisait une prise de choix pour s'en constituer ensuite un allié. Par la force, naturellement.
Mais le bélier s'étant rendu invisible, il avait maintenant perdu sa trace, et en plus, il pouvait se téléporter, tout du moins à l'intérieur de l'enceinte délimitée par ses barrières de protection. Et il n'était plus très loin d'eux...
L'Ennemi ruminait en fulminant tout en réfléchissant.
Il allait devoir modifier ses plans. Doublement.
Il jeta un oeil vers le gémeau qui semblait soulagé et même satisfait de voir que son jeune collègue s'en sortait plutôt bien jusqu'à présent. Il se permit même de narguer l'Ennemi d'un regard narquois.
Mais celui-ci s'approcha de lui avec un sourire mauvais.
– Ne te réjouis pas si vite, mon jeune ami, car il ne peut pas s'échapper et d'une façon ou d'une autre, il tombera dans mes rêts. Et s'il refuse d'obtempérer, alors... il devra être éliminé, et c'est toi qui seras l'instrument de sa destruction...
Et sur ce, il éclata de son rire satanique, monstrueux et gras.
Puis il s'éloigna du gémeau et actionna un mécanisme caché dans un pan du mur.
Des bruits de poulies et des grondements sinistres semblant provenir des entrailles de la terre se firent entendre, suivis de grincements aigus et de crissements stridents, puis le mur devant eux s'ouvrit, laissant apparaître un couloir donnant sur une source lumineuse et Saga distingua avec horreur un monstrueux mécanisme s'animer et prendre de l'ampleur, dont l'immense miroir devant lui permettait d'en voir les détails avec une précision macabre...
***
Mû entendit un bruit lugubre et guttural qui semblait émaner des profondeurs, tandis que le sol sous ses pieds tremblait et que les murs autour de lui s'ébranlaient, comme prêts à s'effondrer. Il s'arrêta net, tous ses sens en alerte et les yeux scrutant toutes les directions, cherchant des repères où s'accrocher. Mais rien ne bougea. La lumière cependant se fit plus grande tout à coup au bout du couloir qu'il longeait et il aperçut au loin, à l'extrémité de l'étroit passage, un étrange mouvement de balancier. Il ralentit le pas, toutes ses perceptions aux aguets, et s'approcha prudemment.
Il constata alors que le couloir débouchait sur un précipice abyssal baigné de lumière, une étroite passerelle devant lui menant au bord opposé.
D'immenses hallebardes pourvues de pointes acérées se dressaient en rangs serrés des profondeurs du gouffre, rendant toute chute mortelle, tandis qu'au-dessus de la passerelle, des lames de hache tranchantes et aiguisées, des masses et des roues ornées de piques affûtées suspendues à des cordages métalliques se balançaient avec rapidité de gauche à droite et de droite à gauche en alternance sur toute sa longueur, fouettant l'air et balayant tout l'espace dans un mouvement régulier et sans fin à une cadence infernale, ne permettant pas de traverser sans être fauché à un moment ou à un autre par une de ces armes barbares à glacer le sang, même en se déplaçant à la vitesse de la lumière.
C'était donc ça, cet étrange mouvement de balancier qu'il avait vu de loin...
Il s'approcha avec précaution du bord pour jauger la distance qui le séparait de l'autre côté, où il entrevit un couloir et tout au fond, entre les mouvements continus des lames et des piques, parfaitement éclairée, une longue silhouette à la chevelure bleutée.
Saga ! Saga était retenu de l'autre côté du précipice !
Mû étendit immédiatement son cosmos au-devant de lui pour s'assurer qu'il s'agissait bien du gémeau et pas d'une illusion, mais il se heurta à un mur invisible qui ne lui permit pas d'établir le contact avec Saga. Il chercha alors à le joindre par télépathie mais rencontra le même obstacle.
Alors, il se rendit à nouveau visible, en espérant que Saga pût le voir et fit de grands gestes pour attirer son attention.
Au bout de quelques instants, il distingua au loin le gémeau se redresser et tourner la tête vers lui. Il sembla s'agiter en le voyant et Mû crut voir sa bouche s'articuler mais aucun son ne lui parvint.Mais il était fixé, c'était bien Saga qu'il voyait à l'autre bout du couloir sur le bord opposé et il lui fallait donc à tout prix traverser le précipice.
C'était facile pour lui, il lui suffisait simplement de se téléporter.
Mais c'était trop facile, justement...
Il leva la tête et étudia les cordages accrochés au plafond. Celui-ci était plongé dans la pénombre, la lumière venant des parois latérales via un savant jeu de miroirs, mais grâce à ses perceptions tactiles et à sa vue aiguisée, Mû distingua dans l'obscurité des rails au plafond qui s'engouffraient dans le couloir en face de lui et dans celui où il se trouvait encore.
Or, les cordages portant les lames et les masses de mort étaient suspendus à des crochets qui pouvaient à l'évidence coulisser le long de ces rails.
Ils étaient probablement actionnés par un système mécanique qui avait impulsé ce mouvement de balancier infernal et il n'était pas impossible qu'ils puissent être rapidement déroutés pour s'engager dans l'un ou l'autre couloir, détruisant tout sur leur passage et hachant menu toute personne qui s'y trouvait.
Or, au bout, un mur invisible semblable aux barrières extérieures l'avait empêché d'entrer en contact avec Saga et il ne pourrait probablement pas le traverser non plus, même par téléportation. Il risquait donc d'être pris au piège s'il s'engageait de suite dans le couloir sans s'être débarrassé au préalable de ces infâmes lames tranchantes et de ces masses de mort, qui le déchiquèteraient très certainement sous les yeux-mêmes du gémeau avant même d'avoir pu le libérer.
Mû se concentra et bientôt, le mouvement infernal des lames et des masses s'arrêta, puis sans crier gare, les lames se brisèrent en mille morceaux et plongèrent dans le gouffre abyssal, immédiatement suivies par les masses et les roues ornées de piques qui furent désagrégées, puis ce fut au tour des cordages de se disloquer et de s'effondrer dans le vide, accompagnés des crochets proprement atomisés puis des rails démantelés, et enfin, les hallebardes furent rompues en deux et allèrent rejoindre les cadavres des autres armes au fin fond de l'abîme dans un vacarme infernal.
Le calme revint bientôt et Mû patienta un moment, s'attendant à ce que les murs s'ouvrissent pour découvrir de nouvelles armes barbares dirigées vers lui, mais rien ne vint perturber le silence religieux qui régnait à nouveau.
Il se téléporta alors sur le bord opposé et s'engagea résolument et rapidement dans le couloir qui allait le mener auprès de Saga, tous ses sens en éveil et prêt à dresser un mur de cristal derrière ou autour de lui au moindre déplacement d'air qu'il percevrait dans son dos ou venant des parois.
***
L'Ennemi jura à nouveau.
Le jeune bélier avait réussi à déjouer ce nouveau piège qu'il lui avait tendu.
Et il devait bien reconnaître qu'il ne manquait pas de ressources. Ses pouvoirs psychiques étaient étonnants et allaient bien au-delà de ce qu'il croyait. C'est-à-dire que le gardien du premier temple d'Athéna avait rarement l'occasion d'en faire étalage. L'Ennemi savait qu'un féroce duel de psychokinésie l'avait opposé au spécialiste en la matière parmi les spectres de Hadès, remporté haut la main de l'avis-même du papillon par le bélier, dont les pouvoirs psychiques avaient dépassé de très loin et de son propre aveu tout ce qu'il avait pu imaginer (cf manga tome 20, le long combat Mû/Myu, hélas complètement étriqué dans l'animé et honteusement parasité de surcroît par Pégase !).
L'Ennemi avait bien eu la satisfaction d'avoir réussi à obliger le jeune Atlante à se rendre à nouveau visible en lui dévoilant au loin la présence du gémeau.
Mais pour autant, la partie ne s'annonçait pas du tout comme il l'avait prévu, car non seulement il n'avait pas réussi à empoisonner le bélier ni même à le blesser ou à l'assommer avec le jeu des parois, mais en plus, il n'avait pu le piéger sous les yeux du gémeau comme il l'avait escompté.
Il avait été persuadé que le bélier se serait immédiatement téléporté jusqu'au-devant de son frère d'armes, lui permettant ainsi de le prendre au piège entre son mur invisible et ses armes de torture pour faire plier le schizo.
Il allait devoir employer un autre moyen... Plus radical...
Ses lèvres s'étirèrent à nouveau en un sourire cruel tandis qu'il se tournait vers le gémeau...
Saga quant à lui était atterré. Soulagé, mais atterré.
Soulagé que Mû ait échappé aux armes barbares que l'Ennemi lui avait réservées, mais atterré de le voir accourir ainsi vers lui.
Mû l'avait vu mais n'avait manifestement pas entendu ses avertissements ou refusait d'en faire cas. Pourtant, dès qu'il s'était rendu compte qu'il se trouvait juste en face de lui, il lui avait crié qu'il s'agissait d'un piège, lui enjoignant de partir immédiatement, mais Mû ne l'avait pas entendu, ou n'avait pas voulu l'écouter.
Ne pouvait-il donc le voir se démener pour le prévenir du danger ?
Et ne se rendait-il donc pas compte qu'il courait tout droit dans un piège ?
Alors que lui, il le voyait, impuissant, s'avancer inexorablement vers lui et l'Ennemi qui l'attendait de pied ferme, un sourire maléfique éclairant son visage cadavérique et une lueur démoniaque au fond des yeux...
***
Mû ralentit le pas et s'approcha prudemment de l'extrémité du couloir en longeant la paroi pour observer, avant d'y pénétrer, la salle toute de marbre et bordée de colonnades où le gémeau était retenu. Il ne vit personne d'autre que son frère d'armes enchaîné au mur, cependant, ni ne ressentit aucune autre présence.
– Saga ! – appela Mû.
– Non, Mû, n'approche pas ! C'est un piège ! Va-t'en !!! – lui cria Saga, espérant qu'il n'était pas trop tard pour que son confrère puisse se téléporter.
Mû voulut se précipiter vers lui, tous ses sens aux aguets, mais il perçut une barrière invisible dressée entre eux qui le séparait du gémeau. Celle qui l'avait empêché de le contacter par télépathie lorsqu'il avait débouché au bord du précipice quelques instants plus tôt. Il s'approcha lentement, et le plus qu'il put jusqu'au mur invisible.
– Va-t'en, Mû, va-t'en ! C'est toi qu'il veut ! Pars ! – continua de crier Saga en se démenant comme un diable sur ses chaînes.
Mais Mû n'avait aucunement l'intention de partir sans lui. Cependant, il n'eut pas le temps de répondre à Saga, car une voix grave et menaçante sur le côté énonça lentement :
– Ainsi, chevalier du bélier, tu es venu tout droit dans mes filets...
Mû se tourna vivement vers la voix et en même temps qu'il reconnaissait le cosmos maléfique qui avait imprégné la lettre et le corbeau, il aperçut l'Ennemi encapuchonné qui sortait de l'ombre d'un pilier, derrière un invisible mur de protection, et l'observait attentivement avec un sourire de satisfaction non dissimulé, dévoilant l'éclat de ses dents jaunes et acérées.
Un objet brillait à son cou, attirant le regard du bélier, qui reconnut aussitôt le médaillon portant l'oeil de Râ qu'il avait aperçu à travers l'armure des gémeaux.
– Qui êtes-vous ? – demanda Mû d'une voix calme, sans se démonter.
– Je suis Aton – répondit l'Ennemi d'une voix forte et impérieuse en émettant une flamblée de son cosmos malveillant qui révéla, caché dans sa capuche, un visage décharné à la peau jaunie semblable à un parchemin, une bouche cadavérique et des yeux étrécis où brillait un regard noir et malsain, encadré de longues mèches squelettiques et blanchâtres, une véritable vision de momie – Le seul dieu solaire et unique dieu égyptien qui puisse exister ici-bas... – ajouta-t-il en détachant nettement chaque mot.
Aton ?...
Mû réfléchit à toute vitesse. N'était-ce pas ce dieu solaire égyptien éphémèrement adoré sous le règne d'Akhénaton, le pharaon hérétique ? Qui avait supplanté le culte de tous les autres dieux, et notamment celui de Râ et d'Amon, par le sien durant tout son règne et avait même érigé en son nom une nouvelle capitale pour l'Egypte, Akethaton, aujourd'hui disparue, en Moyenne-Egypte ?
Son culte, bien que temporaire, avait constitué la première forme de monothéisme au monde... Car pendant des siècles, toutes les nations émergentes des divers continents, et l'Egypte la première, avaient été polythéistes, vénérant plusieurs divinités qui représentaient chacune un événement de la vie ou des saisons. Le monothéisme n'existait donc pas... Akhénaton avait révolutionné en son temps l'Histoire de l'Egypte en voulant imposer le culte exclusif de ce seul dieu dont il se disait le prophète et l'incarnation sur terre...
Et ils se trouvaient au centre de l'Egypte, dans la partie correspondant à l'antique Moyenne-Egypte... Plus précisément entre les mythiques cités de Memphis et de Thèbes.
Mais alors...
– Que voulez-vous ? Et pourquoi retenez-vous un chevalier d'Athéna prisonnier ? – demanda calmement Mû tout en surveillant Saga du coin de l'oeil.
– Parce qu'il va me servir, mon jeune ami... Tout comme toi... – sourit Aton – Vous allez m'aider à exterminer l'ordre d'Isis et Osiris ainsi que le Sanctuaire d'Athéna. Je serai ensuite le seul dieu à régner sur terre, que tous adoreront et personne ne pourra s'opposer à moi, car je maîtriserai non seulement le pouvoir cosmique de Râ mais aussi celui d'Isis et d'Osiris, grâce à leurs attributs, grâce auxquels je retrouverai enfin ma forme primordiale, jeune et forte, loin de cette apparence de momie décrépie, et l'intégralité de mon cosmos. J'aurai alors le pouvoir absolu pour dominer le monde – termina-t-il avec un sourire carnassier et une lueur de revanche au fond de ses yeux étrécis.
– Et comment espérez-vous que nous vous aiderions à détruire l'ordre d'Isis et Osiris ? – demanda Mû, autant par curiosité que pour le faire parler.
– Et bien... En tuant un ou deux de leurs 13 protecteurs sacrés, dont vous volerez l'armure en laissant des indices de votre passage les menant tout droit sur la piste du Sanctuaire. Ils iront ainsi déclarer la guerre à Athéna et il suffira d'attendre que les chevaliers et les guerriers se soient entre-tués. En attendant, toi et ton ami ici présent exterminerez tous les deux ceux qui seraient restés pour garder le Temple d'Isis et Osiris et je n'aurai plus ensuite qu'à m'occuper personnellement de ces deux-là, après m'être débarrassé de leur grand prêtre Khephren. Ce sont encore de jeunes enfants inoffensifs... Et s'il reste des survivants de l'affrontement entre le Sanctuaire et les protecteurs sacrés, vous irez les achever...
– Mais à supposer que votre plan fonctionnerait, vous oubliez que nous ne sommes pas seuls à défendre la Terre... – objecta Mû.
– Oooooooohh, je suppose que tu veux parler de Hadès et du pacte qui le lie désormais à Athéna, n'est-ce pas ? Mais avec les pouvoirs cosmiques combinés de Râ et Osiris, je n'aurai aucun mal à me défaire de lui ! De plus, je dominerai moi aussi le monde des morts grâce aux attributs d'Osiris, donc, je n'ai aucune raison de craindre ce dieu de pacotille... – sourit sournoisement Aton.
– Et que faites-vous de ses 108 spectres qui protègent les Enfers ?
– Ma foi, rien de plus facile... Toi et ton collègue ici vous en chargerez méthodiquement avec les trois spectres qui tomberont bientôt dans mes filets, et rien moins qu'un Juge et deux de leurs plus puissants lieutenants ! Ils connaissent probablement les attaques et les points faibles de la plupart d'entre eux, d'ailleurs, et n'auront donc pas grand mal à s'en débarrasser, surtout si ces derniers ne se méfient pas de leurs frères d'armes. Et puis, de toute façon, je ne suis pas assez fou pour m'aventurer sur le territoire de Hadès dont je ne sais rien, je le laisserai venir avec ses sbires, et rien ne sera plus facile que de leur tendre des pièges ici sur cette terre que je connais, et où je peux tout observer grâce à mon médaillon... Je les séparerai et les disperserai pour mieux les faire tomber, et vous les achèverez... Donc, leur pseudo supériorité numérique ne m'inquiète nullement...
– N'avez-vous pas d'armée ? – demanda Mû, étonné de ne pas l'entendre parler de ses propres guerriers et sondant l'espace autour de lui, à la recherche du cosmos des soldats de cet imposteur mégalo.
– Non, et c'est bien pourquoi j'ai besoin de vous et de vos compétences en la matière... – sourit Aton – En plus, vous ferez porter les soupçons sur le Sanctuaire dans un premier temps... Personne ne me soupçonnera, pas même ce prétentieux de Khephren... N'est-ce pas merveilleux ?
– Khephren ? – demanda Mû pour tenter d'en savoir plus.
– Oui, celui que vous avez vu dans la bibliothèque de Râ, toi et ton ami griffon... – répondit Aton en remarquant du coin de l'oeil et avec satisfaction l'éclair qui traversa le regard vert du gémeau à cette évocation – Oui, tu vois, je suis bien renseigné, hein ? Quand je disais que je peux pratiquement tout observer ici... Il est le grand prêtre d'Isis et Osiris et doit encore se demander qui a bien pu s'emparer de l'oeil de Râ... J'ai laissé des indices faisant croire qu'il s'agissait d'Apophis, alors que ce dernier ne s'est même pas encore réincarné. Ha ha ha ha ha ha ha ha ha ha ha !
– Comment avez-vous pu vous emparer du médaillon s'il ne vous est pas destiné ? – demanda Mû, curieux d'éclaircir ce point.
– Et bien, parce que tout comme Râ, je suis un dieu solaire et à ce titre, je peux maîtriser les influx liés aux attributs qui le représentent. Comme Râ n'est pas encore réapparu, il n'a pas pu émettre son rayonnement permettant au médaillon de le reconnaître lui exclusivement, et comme mon cosmos était diminué parce que j'avais été défait et scellé il y a longtemps, j'émettais donc peu d'agressivité pour l'oeil de Râ et au contraire, je me nourris directement de lui pour régénérer mon cosmos, que je recouvrerai totalement grâce aux attributs d'Isis et Osiris, car ce sont eux qui m'avaient scellé naguère... Et comme ces trois dieux sont alliés, en possédant la cosmogonie de Râ, je pourrai facilement m'emparer des leurs également et dominer le monde des morts... Ainsi, Râ n'aura aucun moyen de se réincarner et il errera entre les espaces dimensionnels pour l'éternité comme je l'ai fait durant des millénaires en attendant mon heure... Plus de trois mille ans que j'attendais ce moment... HA HA HA HA HA HA HA HA ! L'heure de ma revanche a sonné ! *
***
Suite du chapitre ici. :) Ou comment la révélation des sentiments mènera à ce duel à mort qui donne son titre au chapitre...! ;)
* NB : règne d'Akhenaton autour de - 1350 et le culte d'Aton n'aurait duré que pendant les 18 ans de son règne.
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