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''Etroite collaboration'' by Ariesnomu / Mu Saga 4 ever (août 2008)
Chapitre 3 : Rivalités
Le lendemain tôt le matin, alors qu'ils venaient juste de se lever, un coursier vint porter au temple de Mû un paquet destiné à Minos. Celui-ci avait prévenu le bélier qu'il attendait de recevoir quelque chose et reçut avec ravissement le colis qu'il espérait, l'oeil brillant et un sourire jusqu'aux oreilles.
– Il y a de la place dans ton frigo, Mû ?
– Euh... oui, pourquoi ?
– Est-ce que je pourrais l'utiliser pour y mettre ceci, s'il te plaît ?
Et joignant le geste à la parole, il défit le petit colis et brandit joyeusement plusieurs petits paquets transparents de forme cubique au contenu massif de couleur brune, portant des étiquettes ornées de dessins de chevrettes et d'une petite frise aux motifs nordiques.
– Euh... Oui, bien sûr. Qu'est-ce que c'est ?
– C'est une surprise ! Il y en a un pour toi aussi. J'espère que tu aimeras...
Mû ouvrit de grands yeux tandis que Minos lui souriait, radieux.
Minos lui offrit une spécialité bien de chez lui qu'il avait donc fait venir tout exprès, après de longues et difficiles tractations avec Eaque la veille : du fromage de chèvre au caramel répondant au doux nom de brunost, une fierté toute norvégienne au menu de tout petit-déjeuner qui se respecte (1) et se présentant sous la forme d'un pavé brun qu'il convenait de couper en tranches au moyen d'une pelle à fromage, autre spécialité bien scandinave, et ne faisant pas les choses à moitié, Minos avait également commandé une magnifique pelle à fromage en argent finement ciselée, décorée de motifs floraux et de superbes symboles vikings (2).
Il était tout heureux de pouvoir faire goûter cette merveille au bélier car son pays conservait jalousement cette spécialité et ne l'exportait pas (nota : heureusement ! ;D), et il ne doutait pas que Mû l'apprécierait, car quoi qu'en dise Eaque, c'était bien plus raffiné que le fromage au lait de yack népalais ou tibétain qu'il l'avait vu déguster la veille.
Ouvert d'esprit et toujours prêt à tester de nouveaux plats, Mû accepta de goûter la chose et... retint poliment une légère grimace lorsque ladite chose agressa ses papilles gustatives. C'était... Comment dire... Original. Etonnant. Surprenant. Pas totalement horrible, mais... pas non plus une merveille...
Il convenait que tout le monde ne pouvait raffoler du fromage au lait de yak de son Tibet natal, le chura, qui avait un goût bien particulier, c'était clair, sans parler de sa consistance, ou du thé au beurre salé, tout aussi spécial, mais ...ça, c'était encore plus bizarre... Mais avec beaucoup de pain, cela passait. Vraiment beaucoup de pain...
Il adressa un petit sourire poli au griffon qui en rayonna littéralement de joie. Enfin quelqu'un de civilisé qui savait apprécier les bonnes choses ! Eaque allait l'entendre, ce soir, non mais...
Ils furent cependant interrompus dans leur petit-déjeuner à plusieurs reprises par des chevaliers d'or qui descendaient aux arènes pour l'entraînement quotidien du matin, plus tôt qu'à l'accoutumée.
Bien entendu, les arrivants ne manquèrent pas d'entrer pour saluer les occupants du premier temple, au cas où ils pourraient surprendre une scène équivoque ou délicieusement croustillante, ce que plusieurs crurent de prime abord en entendant de profonds et longs soupirs de contentement émanant du griffon qui ne laissaient aucun doute possible, mais ce fut pour le découvrir en train de déguster une chose innommable, massive et brune, et ils en furent quittes pour goûter une tranche de l'indéfinissable brunost, qui, au choix, soit leur lestèrent l'estomac de plomb pour l'entraînement de la matinée, soit leur resta en travers de la gorge et qu'ils régurgitèrent fort peu élégamment immédiatement sortis de la première maison.
Avisant les chevaliers qui descendaient apparemment en tenue d'entraînement, Minos demanda à Mû :
– Vous vous entraînez tous les jours ?
– Oui – répondit Mû sans plus de précision.
– Nous aussi, et je dois dire que ça me manque... Dis, Mû, tu crois que je pourrais m'entraîner ici ? Je veux dire, pas avec vous, je comprendrais parfaitement que je ne doive pas assister à vos entraînements pour que vos techniques de combat gardent leurs secrets, mais... ce serait juste pour une mise en forme physique... Est-ce que tu accepterais de te mesurer à moi au corps à corps ? J'en serais très honoré si tu acceptais...
Mû réfléchit un instant. A partir du moment où leurs techniques de chevaliers n'étaient pas révélées... Et puis, lui aussi aimait entretenir sa forme physique et ses réflexes, mais devant s'occuper du griffon, il ne pouvait plus s'entraîner avec ses compagnons d'armes. De plus, Minos demeurait un inconnu dont il méconnaissait totalement les méthodes de combat rapproché, ce qui ne pouvait que lui apporter un challenge intéressant.
– Je ne peux rien te garantir, mais... je demanderai pour savoir si j'en ai la permission...
– Merci, Mû... Bon, ben, je crois qu'en attendant, on est partis pour une nouvelle journée de recherches !
– Oui, en effet ! Allons-y...
Et sur ce, ils entamèrent la longue montée des escaliers, le bélier dans son habituelle tenue ample et couvrante et le griffon dans son T-shirt serré et son pantalon sexy, avec Minos qui tenta immédiatement de se rapprocher du jeune Atlante au prétexte de se protéger du soleil déjà brûlant, mais Mû fit alors apparaître par télékinésie une ombrelle XXL empruntée à Aldébaran, qu'il déploya au-dessus d'eux avec un grand sourire pour leur procurer une ombre salvatrice et garante de ses distances avec le Juge.
Minos en fut tout ébloui et sincèrement touché par les attentions du bélier pour lui, mais cela ne l'empêcha nullement de se rapprocher de son chaperon si prévenant, bien au contraire, l'encourageant plutôt à le serrer d'encore plus près pour que tous deux puissent bénéficier de l'ombre protectrice, et le sourire de Mû mourut sur ses lèvres en une expression résignée.
***
– Alors, ça avance ?
– Quoi, les recherches ?
– Non, la romance du siècle...
– Je n'en ai pas l'impression...
– Vous croyez qu'il va y arriver ?
– D'après vous, combien de temps encore ?
– Hmmmmm... Un certain temps, voire une éternité, à mon avis...
– Ca semble plutôt mal parti, en effet...
– Non, je ne pense pas ! Qu'est-ce que vous pariez ?
– Notre bélier ne semble pas très disposé à céder...
– C'est qu'il est têtu, comme toute bête à cornes qui se respecte !
– Non, je crois plutôt qu'il est fleur bleue et que son soupirant n'est pas à son goût...
– Il est bien difficile !
– Ouais, parce qu'il ne manque pas d'arguments, son soupirant, il est plutôt bien foutu et a de la classe... Moi, je ne lui dirais pas non...
– Ouais, enfin, le fromage de chèvre au caramel...!
– Sauf que d'une, c'est sur notre tendre bélier qu'il a jeté son dévolu, et de deux, tu es déjà pris, et avec moi...
– Ca n'empêche pas...
– QUOI ?
– De quoi est-ce que vous discutez ? – interrogea Masque de Mort en arrivant avec Milo aux arènes où les trois quarts du Sanctuaire étaient déjà réunis, plus tôt que d'habitude, et papotaient bruyamment sur leur sujet de prédilection de ces derniers temps, à savoir la possible romance entre le bélier et le griffon, en attendant le début de l'entraînement.
Cela faisait trois jours seulement que Minos était parmi eux, mais les ragots allaient déjà bon train.
Il faut dire que le bélier et le griffon étaient tout le temps ensemble, et pour cause, et que le griffon draguait ouvertement le bélier, qui restait perplexe devant ses assiduités, peu habitué à ce genre de comportement, au grand amusement de ses compagnons qui les observaient et tenaient même des paris et faisaient monter les enjeux entre eux.
C'était vite devenu le principal sujet de conversation du Sanctuaire et même l'objet de grandes spéculations : est-ce que le bélier d'or succomberait au charme et aux assiduités du ténébreux griffon ? Même Shaka et Aldébaran jouaient le jeu, amusés de voir l'intérêt marqué qu'inspirait leur jeune et impassible ami à un ancien ennemi qui manifestement avait un béguin certain pour lui.
Même Shion en souriait. Il n'avait pas eu la chance de voir son disciple grandir et il le découvrait en quelque sorte tout comme ses compagnons et subordonnés, tout adulte d'un seul coup, mais avec la tendresse d'un père mêlée d'une grande fierté. Quelque chose le gênait cependant dans les intentions du griffon, qu'il ne percevait pas comme totalement sincères et cela l'inquiétait quelque peu. Il connaissait le coeur tendre de Mû et ne voulait pas qu'il souffrît, il avait été suffisamment et durement éprouvé déjà depuis ses jeunes années, par la faute d'un gémeau schizo et mégalo, même si en même temps, c'était aussi ça, l'apprentissage de la vie...
Mais après tout, Mû avait passé l'âge d'être couvé et avec le tempérament indépendant qu'il avait développé du fait de son exil forcé de treize longues années, il n'était pas certain de toute façon qu'il acceptât d'être étouffé par un paternalisme déplacé. Shion laissait donc faire les choses sans intervenir, se tenant prêt toutefois à être présent pour son ex-disciple si cela s'avérait nécessaire.
En attendant, c'était à qui y allait de ses supputations et les rumeurs fusaient toute la journée.
Ce en quoi Milo et Masque de Mort les alimentèrent en racontant par le menu et en détail à leurs compagnons ce qui s'était passé la veille au soir.
– Alors, vous avez vu les maillots de bain qu'ils se sont offerts ?
– Ouais, plutôt sexys ! Surtout celui du griffon...
– Oui, c'est pratiquement un string !
– Quoi ?! Et c'est Mû qui l'a choisi ?
– Il paraît que non...
– Ho Ho Ho ! J'aurais bien voulu être une souris pour les voir dans la boutique choisir et essayer leurs maillots...
– C'est étrange, on ne les a pas vus passer pour se rendre au village hier. Pourtant, on les guettait à la sortie du Sanctuaire, derrière les buissons...
– Je crois que Mû les a téléportés car c'est ainsi qu'ils sont revenus...
– Tu crois qu'il se doutait de quelque chose ?
– Non, je pense plutôt qu'il en avait marre d'avoir le griffon collé à lui déjà durant toute la descente des escaliers toute la journée...
Un éclat de rire général accueillit cette dernière remarque. Il était vrai que le Juge était pratiquement agglutiné au pauvre bélier comme un poulpe accroché à un rocher.
– Et donc, vous avez fait la course hier soir?
– Oui, même qu'on a fait un relai et que Minos a été pris d'une crampe et que Mû a dû lui faire du bouche à bouche et a soigné sa crampe par psychokinésie, et ça a eu l'air de lui plaire...
– A Mû ?
– Non, au griffon !
– Mais ça avance, alors !
– Ben, en fait, on n'en sait trop rien, Mû est tellement calme et détaché, il ne montre vraiment rien de ses sentiments s'il en a...
– Oui, et puis, je le trouve quand même distant avec le griffon. Poli et attentionné, certes, mais distant, malgré tout.
– Il cache peut-être son jeu ? Il est plutôt de nature réservé... Bah, on verra bien ce soir, on doit remettre ça puisque Minos n'a pas pu terminer la course...
– Et c'est qu'il se défend bien, le bougre, il m'en a donné, du fil à retordre !!! J'ai dû batailler ferme pour le remonter, il m'avait doublé, l'animal !
– Vous avez besoin d'un arbitre ? Parce que je veux bien me joindre à vous, ce soir...
– Pour reluquer son string ?
– Ce n'est pas un string...
– C'est tout comme !!!
– Ben, y'a pas de mal à se rincer l'oeil, hein ?
– Sauf que toi, tu es avec moi et tu y restes !
– Ho ho ho, serais-tu jaloux ? Comme c'est trop chou...
– Je vais te montrer, moi, si c'est chou !
– Ouais, ouais, allez-y ! Un com-bat, un com-bat !
– Ouais, montrez-nous ce que vous avez dans le ventre !
Ce sur quoi un grand éclat de rire retentit et les deux protagonistes visés, en l'occurrence Shura et Aphrodite, se mirent en position dans l'arène sous l'oeil amusé de leurs compagnons et leur duel marqua le début de l'entraînement.
***
Mais un chevalier d'or entendait ces commentaires et regardait ces jeux et ces paris avec dégoût et mépris, en se tenant en retrait.
C'était en fait un euphémisme.
Il se disait que le Sanctuaire était tombé bien bas s'il en était réduit à à ce genre de préoccupations...
Quant au principal intéressé, l'objet des spéculations, Mû, et bien... Le coeur de Saga se serrait à la seule pensée que le jeune Atlante pût succomber aux avances du griffon...
Car il éprouvait une forte attirance pour le bélier mais n'avait jamais osé l'approcher depuis leur retour à la vie, trop mal à l'aise face à ce jeune homme qui lui avait tenu tête à plusieurs reprises en ne se laissant jamais impressionner par lui, bafouant même ouvertement son autorité alors qu'il n'était encore qu'un enfant de sept ans !
Et puis, il avait assassiné son maître bien-aimé, tenté de le liquider par deux fois et avait exterminé son meilleur ami lors de la guerre sainte contre Hadès, avant de l'obliger à employer une attaque interdite par Athéna en personne... Sans parler de ses treize années d'imposture, de tyrannie et de vices pendant lesquelles, par sa faute, le jeune bélier avait été condamné à un exil forcé, loin de tout et isolé de tous, loin de ses amis, loin du Sanctuaire qui était le centre de sa vie dévouée toute entière à la déesse, où il avait sa seule et unique famille, ses compagnons d'armes...
Difficile dans ces conditions de se rapprocher de quelqu'un qui vous attire lorsqu'on a accumulé autant de crimes impardonnables, qui étaient tout autant de lourds handicaps et de tares indélébiles pour séduire un coeur aussi pur que celui de l'Atlante...
Pourtant, Mû ne semblait pas lui en tenir rigueur, rien dans son regard ou sa façon d'être avec lui quand ils se croisaient ne dénotait de la rancoeur, de l'amertume ou du mépris et son ouverture d'esprit l'avait même rapproché, en toute amitié, de chevaliers aussi opposés à lui que pouvaient l'être Masque de Mort ou Aphrodite, qui pourtant ne l'avaient pas épargné à son arrivée au Sanctuaire lorsqu'il était enfant, et qui également avaient tenté de le massacrer en revenant comme faux spectres de Hadès. Avant de se faire proprement renvoyer au Royaume des morts par un bélier impérial.
Peut-être que lui aussi aurait pu se rapprocher de lui, à l'instar de ses acolytes qui avaient été ses assassins personnels durant ces treize longues années, mais Saga ne se sentait pas la force d'affronter le regard franc et limpide du jeune Atlante, il se sentait trop coupable encore et incapable de l'approcher ne serait-ce que pour entamer une banale conversation, même si avec son habituelle douceur, le bélier ne l'aurait pas renié.
Alors, il l'observait de loin, contemplant à la dérobée son beau visage éthéré et sa démarche assurée et souple empreinte de tant de grâce, rêvant du jour où il oserait enfin l'approcher, souffrant en silence et tout seul dans son coin de n'oser lui adresser la parole davantage que la politesse l'exigeait.
Il souffrait d'autant plus ces derniers jours en observant d'un très mauvais oeil le manège du griffon qui tournait autour de Mû comme un bourdon inexorablement attiré par le nectar d'une fleur, ce qui avait le don de le mettre de fort méchante humeur.
Dire qu'il venait enfin de prendre la décision d'approcher un tant soit peu le bélier en rentrant de la plage l'autre nuit et voilà pas qu'un parfait inconnu et ancien ennemi débarquait incontinent et monopolisait le jeune Atlante, avec la bénédiction d'Athéna, de surcroît !
Il n'allait quand même pas se faire souffler sa place dans le coeur du bélier par ce rival sorti de nulle part, ou plutôt très précisément du fin fond des Enfers où il aurait dû demeurer pour le restant de ses jours ?!
En même temps, il devait reconnaître que le Norvégien était subtil et ne manquait pas de classe, mais quelque chose lui disait que le Juge ne cherchait qu'à s'amuser avec le tendre bélier et profiter de lui.
Il crut au début que Mû ne semblait pas se rendre compte des intentions du griffon mais il comprit vite que le bélier n'était pas dupe et rejetait poliment mais froidement toutes les velléités du Norvégien, qui pour autant ne se laissait pas démonter et revenait continuellement à la charge. Il admira la patience du jeune Atlante, qui restait d'un calme olympien devant les assauts infatigablement répétés et pour le moins ostentatoires du Juge des Enfers.
Lui-même aurait sauté les plombs depuis longtemps et aurait expédié l'inconvenant dans une autre dimension sans attendre. Ce qui aurait créé un incident diplomatique des plus retentissants, s'agissant d'un des 3 Juges des Enfers, fidèle lieutenant de Hadès et garde rapprochée du dieu des morts.
Il avait déjà failli exploser la veille au soir.
Il était revenu aux abords de la petite plage en restant caché pour surveiller si ce stupide griffon allait à nouveau se baigner et faire de l'oeil au bélier, prêt à intervenir au cas où sous un prétexte quelconque. Il n'avait déjà pas apprécié de découvrir le slip de bain pour le moins provoquant du Juge, mais entendre ensuite que Mû le lui avait offert l'avait carrément mis en rogne.
A son grand soulagement, il avait vu arriver le cancer et le scorpion et s'en était fortement réjoui, les bénissant presque, car leur présence allait certainement calmer les ardeurs du Juge... Il avait bien remarqué la mine contrariée de celui-ci et ce fut effectivement le cas au début. Il n'avait cependant pas imaginé que le griffon allait avoir une crampe violente à s'en noyer et serait alors secouru par le bélier. Qui lui avait fait du bouche à bouche. Puis avait soigné sa jambe de sa cosmoénergie douce et chaude.
Pour un peu, il aurait presque soupçonné le Juge d'avoir feint une crampe mais ce n'était apparemment pas le cas. Une partie sombre de lui enfouie depuis longtemps regretta qu'il ne se soit pas noyé pour de bon. S'il avait usé de ses rapides réflexes d'assassin, il aurait fait disparaître le stupide griffon depuis les flots dans une autre dimension incognito grâce à la très grande maîtrise qu'il avait de son cosmos, avant même que Mû se soit téléporté aux côtés du Norvégien...
Bouillonnant de rage et fulminant comme un taureau en furie, il était rentré dans son temple encore plus tardivement qu'à l'accoutumée, dans un état de fureur avancé qui avait même réveillé et inquiété son frère via le lien psychique qui les unissait. Il n'avait pas voulu lui en parler et s'était immédiatement enfermé dans sa chambre en ruminant sa colère et avait à nouveau très mal dormi.
Et ce matin-là, ses compagnons lui resservaient la scène de la veille assortie de divers commentaires plus infantiles les uns que les autres, qui ne faisaient qu'accroître sa mauvaise humeur.
En spéculant déjà sur ce qui allait se passer ce soir...
Non, il n'allait certainement pas le laisser faire...
***
Mû quant à lui était très gêné par les avances à peine voilées du griffon. Celui-ci le bousculait littéralement et sans arrêt, à la fois très entreprenant et prévenant, l'accostant constamment en le serrant au plus près chaque fois qu'il le pouvait.
Mû ne se laissait pas faire et montrait clairement les distances, poliment mais fermement, se démarquant de l'envahisseur et protégeant son espace personnel, ce qui ne semblait nullement décourager le Norvégien, bien au contraire, on aurait dit qu'il se faisait un jeu de pousser le jeune bélier si discret et réservé dans ses derniers retranchements, testant ses limites, l'obligeant continuellement à les repousser.
En même temps, Mû devait reconnaître que c'était subtil et drôle, personne jusqu'à présent ne s'était intéressé à lui de cette façon et il ne pouvait nier qu'il trouvait ça... charmant. Et presque attendrissant.
Sans compter que Minos ne manquait pas de charme et avait une personnalité qui ne pouvait laisser indifférent, à la fois sérieuse et désinvolte, un brin arrogant, assez hautain en apparence, mais en fait, il avait de l'humour et de la répartie et il savait ce qu'il voulait. Sous ses dehors cyniques et moqueurs, il savait être très agréable aussi, attentionné et prévenant. Il était très cultivé également et s'intéressait à tout, même s'il avait une nette tendance à tout tourner en dérision avec une pointe de sadisme, mais c'était aussi sa marque de fabrique qui faisait partie intégrante de son charme.
Il avait également un sourire ravageur quand il voulait et un regard certes lubrique la plupart du temps mais aussi pétillant et expressif. Et puis, il avait un physique on ne peut plus avantageux...
Ses amis du Sanctuaire avaient tendance à le traiter comme le chevalier qu'il était et non pas comme l'être humain qui se tenait derrière l'armure d'or, même ses proches amis, alors qu'entre eux, ils étaient plutôt familiers, et il n'ignorait pas que ses pouvoirs hérités de ses ancêtres disparus du continent de Mû exerçaient une fascination et inspiraient du respect autant qu'une certaine crainte, ce qui mettait une barrière non dite entre lui et ses compagnons d'armes. Il n'était pas comme eux, il en était parfaitement conscient, même s'il le regrettait, sans parler de la différence culturelle née de la variété de leurs origines géographiques. Il y avait les Européens, et les autres...
Au contraire, Minos, tout Européen qu'il était, le traitait comme une personne à part entière et s'intéressait précisément à sa différence née de ses origines atlantes, qui ne manquait pas d'attraits à ses yeux.
Plutôt ouvert d'esprit et curieux d'en savoir plus sur la légende de ce peuple qui le fascinait, et pas seulement au niveau de l'entrejambe, il en avait justement un à portée de main pour étendre ses connaissances, dans les limites que Mû imposait pour ne pas dévoiler des secrets qui ne devaient être connus que d'Athéna et de son élite...
Mais Mû gardait malgré tout ses distances, espérant que le griffon finirait par se lasser ou comprendre que s'il acceptait volontiers de lui offrir son amitié, il n'était pas du tout disposé à se livrer à des jeux badins avec lui.
Non, assurément pas avec lui... Avec quelqu'un d'autre, oui, mais ce quelqu'un d'autre était bien trop distant et ne donnait absolument aucun signe d'intérêt pour lui... Au contraire, il semblait plutôt s'en écarter comme s'il portait la peste...
Comme il aurait préféré que ce fût ce quelqu'un qui le poursuivît de ses assiduités, auxquelles il aurait évidemment répondu sans le faire attendre.
Mais Saga semblait aussi peu disposé à lui faire la cour que lui-même pouvait l'être avec le griffon...
***
En redescendant les escaliers menant vers le premier temple en cette fin de journée, Mû déclara à Minos :
– J'ai l'autorisation de te laisser t'entraîner dans une arène en fin d'après-midi tous les jours, si tu le souhaites.
– Comment ça ? Je veux dire, qui t'en a informé ? – demanda Minos, interloqué car il avait passé la journée entière à ses côtés et personne n'était venu lui porter de message.
– Mon maître Shion... Les miracles de la télépathie – expliqua Mû en souriant.
– Ah oui, j'aurais dû m'en douter ! Pratique... – répondit Minos en lui rendant son sourire, un brin charmeur et en le regardant intensément.
– Ca te dit d'y aller maintenant ?
– Avec plaisir ! J'ai besoin de me défouler. Je suis bélier, moi aussi... Tu sais ce que c'est... – ajouta-t-il avec un clin d'oeil.
Mû répondit par un simple sourire amusé et le conduisit vers une arène un peu à l'écart des autres. Il n'y avait personne, comme prévu.
– Voilà, c'est ici.
– Ca t'ennuie si j'enlève mon T-shirt ? Il fait vraiment trop chaud ici...
– Euh... Non, je comprends, d'autres parmi nous le font également. Pourtant, ils sont censés être acclimatés, entre deux grecs, un espagnol et un italien...
Ils échangèrent un petit rire à cette remarque.
– Et toi, comment fais-tu pour supporter cette chaleur avec tous ces vêtements ? – s'enquit Minos avec curiosité tout en retirant son T-shirt – Tu n'as pas chaud avec ?
– Non, au contraire ! Ils me protègent précisément de la chaleur : l'air est le meilleur isolant qui puisse exister, aussi bien du froid que de la chaleur. D'ailleurs, dans les déserts, les gens ne sont pas nus mais couverts de la tête aux pieds de vêtements très amples en matière naturelle... Ma tunique laisse passer l'air dans les plis en l'emprisonnant et c'est ce qui me protège de la chaleur, comme du froid dans les montagnes. Elle me protège également de la brûlure des rayons, qui ne pardonnent pas sur les peaux claires ici... Tu devrais faire attention, d'ailleurs, mais là, le soleil décline, donc, tu ne risques rien.
– OK... Tu me mettras de la crème solaire, sinon, hein ?
– Pourquoi, tu n'es pas assez grand pour la mettre tout seul ?
– Bah, dans le dos, ce n'est pas très facile...
– Question de souplesse – répondit Mû d'un air amusé – Allez, en position... On se donne jusqu'à dix points ?
– D'accord, le premier qui atteint dix points a gagné...
Il se mirent en position, Mû droit et les jambes légèrement écartées, les bras le long du corps, le visage concentré, très clairement sur la défensive, Minos légèrement penché en avant et les jambes écartées, les bras pliés à angle droit, les mains refermées sur des poings serrés, l'un en garde et l'autre en retrait, manifestement prêt à attaquer.
Ils avaient tous les deux le même gabarit : la même taille à deux centimètres près, poids léger tous les deux et la même morphologie, grands et élancés, le griffon à peine plus fin que le bélier.
Ils se jaugèrent quelques secondes en se regardant dans les yeux, puis Minos commença à tourner comme un félin autour de Mû qui l'observait attentivement sans bouger et soudain, le griffon fendit l'air comme un éclair, s'élançant dans les airs sur le bélier, souple comme une panthère, un bras replié en arrière et le poing fermement serré, prêt à être décoché.
Mû esquiva l'attaque en sautant avec agilité sur le côté et enchaîna immédiatement par un ciseau visant la jambe d'appel qu'il manqua de très peu. Le griffon se retourna vivement en touchant le sol, le regard brillant d'un éclat de fauve, vexé d'avoir failli se faire faucher dès le premier échange. Son poing jaillit à la hauteur de l'épaule du bélier, paré par un bras plus puissant qu'il n'y paraissait et qui repoussa le poignet en arrière avec facilité.
Le griffon se jeta à nouveau sur le bélier en un bond impétueux, les deux mains en avant, prêt à le saisir au niveau du cou, mais Mû se laissa souplement tomber en arrière et entraîna le griffon avec lui en l'attrapant par les épaules et le fit rouler par-dessus lui en relevant ses deux jambes. Il se releva promptement et avec agilité au-dessus du Juge qu'il plaqua au sol d'une poigne de fer en immobilisant ses deux bras et en bloquant ses jambes au niveau des cuisses par un genou qu'il appuya en travers, jouant de son poids pour le maintenir en place.
Mais il était un poids plume, à peine plus lourd que son adversaire, et le griffon avait de la ressource et était habitué à lutter contre bien plus lourd que lui, ne serait-ce qu'avec son ami Eaque, son partenaire de prédilection en la matière. D'un puissant coup de rein, il déstabilisa légèrement l'assise du bélier et cela lui suffit pour renverser la situation. Il se retourna promptement sur le côté et captura le bélier par derrière avant qu'il eut le temps de lui faire face, entourant vigoureusement son cou d'un bras et emprisonnant le bras droit de son adversaire avec le sien d'une clé ferme. Un violent coup de coude bien ajusté dans les côtes lui fit cependant lâcher prise et ils se relevèrent tous les deux face à face.
Contre toute attente, ce fut Mû qui attaqua cette fois, plongeant entre les jambes du griffon pour le faire tomber en lui saisissant les chevilles, mais Minos l'esquiva d'extrême justesse. Il ne vit pas toutefois les jambes de l'Atlante qui, prenant appui sur le sol des deux mains, balayait le ras du sol de ses jambes en ciseaux et faucha le Juge qui s'abattit devant lui.
Vif comme l'éclair, Mû le saisit par derrière à son tour en lui bloquant les deux bras derrière le dos d'une poigne qui n'avait rien de tendre et en emprisonnant son cou d'un bras puissant, le forçant à relever la tête en arrière.
– Je croyais que tu n'aimais pas attaquer... – protesta le griffon comme s'il était scandalisé par le changement de tactique du bélier.
– Non, en effet, mais parfois, la meilleure défense, c'est l'attaque... – répondit Mû en souriant – Alors, ça fait un à zéro pour l'instant ?
– Je n'ai pas encore dit mon dernier mot !
– Je ne vois pas trop comment, tu ne peux plus bouger... – fit Mu en raffermissant sa prise sur les deux bras qu'il emprisonnait en les tordant légèrement.
–Aaaaaah... Oui, d'accord... Un à zéro pour l'instant...
Mû sourit et relâcha le griffon. Celui-ci se massa légèrement le cou et les bras.
– Dis-donc, tu as une poigne de fer, l'air de rien...
– Il ne faut jamais se fier aux apparences et toujours se méfier des doux petits agneaux...
– Je vois ça... Moi qui n'osais pas y aller franco de peur de te blesser...
– Rassure-toi, tu peux y aller, j'en ai vu d'autres et je peux soigner les blessures par psychokinésie, de toute façon, même en plein combat...
– Dis-donc, tu es redoutable, il vaut mieux être ton ami ! Myu en sait quelque chose, d'ailleurs...
– Je suis désolé pour lui...
– Oui, je sais que tu ne voulais pas le tuer... Mais la guerre, c'est la guerre... Bon, en position, et cette fois, tu es prévenu, je ne vais pas me retenir !
– J'y compte bien et je t'attends ! – répondit Mû en le défiant d'un sourire.
Et effectivement, Minos passa la vitesse supérieure, portant des coups plus rapides et plus puissants et bien plus rapprochés, des poings, des pieds, des coudes et des genoux, en attaques multiples et soutenues. Le bélier répondit de la même façon et bientôt, leurs corps volaient souplement dans les airs en un ballet aérien des plus grâcieux et majestueux, allant à la rencontre l'un de l'autre à une vitesse foudroyante, esquivant tour à tour un poing ou un pied porté à pleine puissance en rejetant la tête en arrière ou sur le côté, en se cambrant ou parant d'un bras ou d'un coup de pied porté haut, contre-attaquant en virevoltant et en lançant haut la jambe qui ne manquait son objectif que grâce à l'étonnante souplesse de leurs corps longilignes et à la célérité et à l'acuité de leurs réflexes fulgurants, leurs longues chevelures fouettant l'air en tournoyant avec autant de grâce que leurs mouvements.
Ils s'affrontèrent ainsi dans une succession d'enchaînements techniques, d'attaques bondissantes et de coups tournants, puis de projections et de balayages en combat plus rapproché, de blocages, de parades et d'esquives, sans que l'un céda à l'autre pendant un long moment, à grands coups de hanche ou d'épaule et de coups retournés, puis finalement, Minos réussit à toucher le bélier en pleine poitrine d'un coup de genou en plein vol qui l'envoya valser de l'autre côté de l'arène. Il se précipita sur lui mais Mû s'était déjà relevé et frappa à son tour le Juge en l'atteignant du pied à l'épaule, le faisant tomber sur le côté. Il se rua sur lui mais Minos les fit rouler tous les deux dans la poussière jusqu'à se retrouver au-dessus de l'Atlante qu'il maintint fermement au sol en bloquant ses deux bras et le haut de son buste d'une poigne puissante, un sourire satisfait aux lèvres, admirant comme la longue chevelure soyeuse étalée sur le sol rayonnait autour du visage fin comme un soleil. Il se pencha vers Mû avec un regard de prédateur, savourant la domination que lui procurait cette position, et le regardant droit dans les yeux, il murmura :
– Au fait, on n'a pas décidé de ce que le vainqueur gagnerait...
La réponse du bélier arriva sous la forme d'un puissant coup de reins bien ajusté qui le renversa et le griffon se retrouva à son tour étendu sur le dos avec un bélier dominateur, ses longs cheveux mauves tombant comme un voile de soie fin frémissant sur son épaule nue en une exquise caresse qui le fit frissonner, une brise légère amenant même quelques mèches soyeuses de ses cheveux fins et si doux caresser suavement sa joue et son cou.
– Son poids en fromage de lait de yack ? – suggéra le bélier en haussant un de ces points de vie, le regard mutin.
La vision était absolument adorable autant qu'inattendue et le fait d'avoir le bélier au-dessus de lui ne faisait qu'ajouter au charme étrange du moment. Mais la proposition n'était pas aussi alléchante que ce qu'il avait en tête et d'un mouvement de bassin judicieusement placé contre l'entrejambe du bélier qui surprit ce dernier, il retourna la situation en sa faveur, lui permettant de répliquer :
– Hmmmm... Plutôt de lait de chèvre et de préférence au caramel...
Mais le bélier le renversa à nouveau d'un subtil coup de hanche et déclara :
– Disons que le vainqueur choisira...
Un adroit coup d'épaule fit basculer le bélier, permettant au griffon de reprendre nouvellement la situation en main et cette fois, Minos s'enhardit :
– Je serais plutôt tenté par quelque chose de plus... sensuel... – déclara-t-il avec un regard lubrique et intense et sur ce, il se pencha davantage sur Mû, approchant dangereusement son visage à quelques centimètres seulement de celui du bélier, son souffle caressant sa joue...
Mû écarquilla les yeux, surpris et espérant se tromper sur les intentions du griffon qui le regardait maintenant avec un sourire carnassier et se rapprochait lentement de son visage. Un bref moment, il fut étourdi par la situation, observant tout au ralenti comme un spectateur étranger tout en recevant de plein fouet toutes les sensations qui prenaient soudain une toute autre dimension....
La vision du torse nu et des splendides épaules galbées du griffon penché sur lui dans toute sa sculpturale masculinité, son visage opalin tout près du sien, son souffle doux et chaud qui se mêlait au sien, ses lèvres charnues qui s'entrouvraient sensuellement vers lui, l'odeur étrangement grisante de sa peau nue qui emplissait brusquement ses narines, le poids et la soudaine proximité de ce corps ferme et nerveux sur le sien...
Le temps parut s'arrêter pour un moment d'éternité pendant lequel leurs deux regards s'ancrèrent avec intensité, l'un perplexe, l'autre conquérant et assuré.
Mais en se penchant en avant pour se rapprocher des lèvres tentatrices, le Juge relâcha très légèrement la pression de son bassin et de ses jambes sur le bélier, permettant à celui-ci de dégager un de ses genoux de l'étreinte du corps de Minos au-dessus de lui, prêt à le frapper à l'entrejambe si nécessaire, mais à ce moment-là, une voix masculine cria :
– Mû !
Ils tournèrent tous les deux la tête en direction de la voix et se relevèrent immédiatement, couverts de poussière, en voyant Saga arriver vers eux en courant.
Mû s'épousseta rapidement, un peu gêné par la posture équivoque dans laquelle son frère d'armes l'avait trouvé, et interrogea le gémeau :
– Oui, que se passe-t-il ?
– Shion demande que tu montes le voir... Je te remplacerai auprès de Minos, en attendant – annonça Saga en lançant un regard peu amène au griffon.
Mû regarda le gémeau avec surprise. Pourquoi son ancien maître ne l'avait-il pas tout simplement averti par télépathie ? Mais il remisa ses interrogations car après tout, Shion devait se douter qu'il était en train de s'entraîner avec le griffon et n'avait probablement pas voulu le déconcentrer, et il fallait aussi que quelqu'un vienne le remplacer auprès de leur hôte.
– D'accord, j'y vais tout de suite. A tout à l'heure – lança-t-il à l'adresse du griffon, avant de disparaître en courant à la vitesse de la lumière, car il n'allait pas faire attendre son ancien maître.
Tiens, tiens, voilà donc le gémeau qui vient s'occuper de moi... Voilà qui va me permettre de savoir s'il s'intéresse au bélier... – pensa le griffon avec amusement.
***
Suite du chapitre ici. ;) Ou une explication musclée entre le griffon et le gémeau... ;D
(1) : Véridique, le brunost existe vraiment, il est proposé au petit-déjeuner dans tous les hôtels et B&B Norvégiens.
(2) : Les pelles à fromage se présentent comme des pelles à gâteau mais munies d'une fente effilée au milieu faisant office de rasoir, il suffit juste de râcler ensuite le pavé de fromage genre gouda pour en extirper une tranche.
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