Imposant… by Ludi (inédit / avril 2008) Imposant. Oui, c’était le mot. Saga était imposant. C’était un homme grand, et son corps semblait avoir été sculpté par un antique artiste grec. Une nationalité qui était d’ailleurs la sienne, ce qui laissait supposer que l’homme en question devait posséder un teint bronzé caractéristique des méditerranéens. Et, bien sûr, c’était le cas. Il ne fallait pas oublier cette longue et épaisse chevelure qui cascadait dans son dos jusqu’au creux de ses reins en mèches rebelles d’un bleu étrange, entre le bleu roi et l’océan qui, au fil des ans, avait teinté ses yeux de cette couleur si particulière. Son sourire doux n’était pas non plus à omettre. En somme, Saga était un bel homme. Un homme magnifique, qui attirait inévitablement les regards, d’envie, de surprise, voire même de jalousie. Il n’était pas rare qu’une demoiselle se retourne à son passage pour le lorgner sans aucune honte, attirant ainsi les foudres de son petit ami planté comme un imbécile à côté d’elle. Nul doute que, s’il avait eu suffisamment de courage, ou aucun bon sens, le jeune homme en question serait aller montrer à ce type ce qu’il en coûtait d’attirer ainsi l’envie de sa copine. Sauf que sa petite voix intérieure le sommait avec force de rester à sa place, et de laisser le regard de la jeune fille errer sur les fesses de cet inconnu. Et Mû comprenait aisément ces réactions. S’il avait été à la place de ce garçon, lui aussi aurait été jaloux de cet inconnu qui faisait dériver le regard de sa compagne. Sauf que la compagne en question était un homme, un très bel homme, de huit ans son aîné, et la féminité était un adjectif qui était inapproprié pour qualifier le chevalier. Non, Saga était masculin. Viril. Et imposant. *** Si on comptait, cela faisait très exactement cinq ans, deux mois, trois jours, quatre heures et dix minutes qu’ils étaient revenus. À croire que c’était fait exprès, c’est à midi pile que leurs corps quittèrent les cieux pour se fracasser avec une grâce impressionnante sur le sol chaud, sec, et terriblement dur du Sanctuaire. Il en avait vu de toutes les couleurs, ce sol, mais celle-là, on ne la lui avait jamais faite. La pluie rafraîchissante était agréable, mais la pluie de chevaliers, beaucoup moins. Le Sanctuaire avait bien remué, lors de cette journée si particulière où les assiettes furent laissées sur la table, leurs propriétaires trop occupés avec les blessés pour les finir. Si on comptait, cela faisait très exactement quatre ans, neuf mois, vingt jours, douze heures et dix secondes qu’il avait pu sortir de cette horrible infirmerie où les chevaliers d’or n’avaient pu sortir sous peine d’être fusillé du regard par des infirmière tenaces. Sans compter les autres chevaliers qui les auraient presque attachés aux lits pour ne pas qu’ils s’enfuient. C’était des chevaliers, tout de même, ils avaient besoin de bouger, malgré les bandages qui recouvraient leur peau pour protéger leurs blessures. Si on comptait, cela faisait très exactement quatre ans, deux mois, quinze jours, quatorze heures et dix secondes que la situation au Sanctuaire s’était améliorée. Les points avaient été remis sur les « i », plus de rejet, de rancune, de sous-entendus peu agréables. Une sorte de paix s’était instaurée dans le domaine, une sérénité que tout le monde s’efforçait de respecter malgré les petits différends de chacun. Cela n’avait pas été évident, mais avec de la bonne volonté, on pouvait arriver à beaucoup de choses. Si on comptait bien, cela faisait très exactement trois ans, deux mois, dix jours, trois heures et dix secondes que Saga avait commencé à lui faire la cour. *** Voici à présent un peu plus de deux ans et demi qu’ils étaient ensemble. C’était fou comme il s’attachait aux détails, quand même. Mû avait toujours été ainsi, il retenait des petits détails sans se souvenir de l’essentiel, et ces détails ressortaient, comme ça, sans qu’on ne leur ait rien demandé. C’est comme voir quelques extraits d’un film, en entrant soudain dans le salon, puis se souvenir de ces quelques instants quand on vous fait regarder le long métrage en entier. Et depuis plus de deux ans et demi, l’essentiel de sa vie se résumait à Saga. Car Saga était imposant. Tellement imposant que, moins d’un mois après leur première nuit d’amour, il s’était installé chez lui, en prétextant que son frère prenait trop de place dans son temple. Ce qui n’était pas tout à fait faux, d’ailleurs, il était bordélique à un point inimaginable. Même Masque de Mort semblait ordonné, à côté de lui. Enfin, il ne battait pas Aiolia, son temple était un vrai foutoir. Bref, Saga s’était installé chez lui, et Mû n’avait su lui dire que c’était un peu rapide, bien qu’il le lui ait fait un peu sentir. C’était une réaction somme toute normale, mais, évidemment, Saga ne réagissait pas comme les autres, et au lieu de se faire discret dans le temple, il l’envahit complètement par sa présence, faisant comprendre à Mû, de façon diverses et très variées, ce que le mot « casanier » signifiait. Le grec redoubla d’attentions envers son amant, qui ne pouvait que gémir d’énervement ou de plaisir. Énervement passager au contraire du plaisir. C’est donc de façon plutôt naturelle que Saga s’imposa dans le temple du Bélier. Kiki l’accepta sans trop de mal, secrètement admiratif. C’était un puissant chevalier, l’image même du puissant et généreux guerrier de la déesse Athéna. En fait, il admirait autant le Gémeau que son maître. Maître qui s’était trouvé rapidement soumis à l’homme qui partageait à présent sa vie. *** À bien y réfléchir, Mû ne se souvenait plus vraiment de quelle manière cela avait commencé. Enfin, si, il s’en souvenait, mais il ne savait plus de quelle manière Saga s’y était pris pour avoir réussi à le faire sortir du Sanctuaire. Le jeune homme se considérait, à juste titre, comme quelqu’un de plutôt réservé et peu intéressé par les grandes balades en ville. Le monde, l’agitation, le bruit… Mû préférait le calme de Jamir, ou les coins tranquilles du Sanctuaire. Sauf que Saga n’était pas un homme ordinaire, et bien qu’il connaisse particulièrement bien les goûts du tibétain, ce n’était pas dans un endroit reculé qu’il avait mené le jeune homme, mais plutôt dans le village proche du domaine, où ils avaient fini par s’asseoir sur la terrasse d’un glacier. Il faisait très chaud ce jour-là, et Mû se demandait encore si son amant ne lui avait pas jeté un sort pour le faire sortir tant la température avait été élevée. C’était donc devant une coupe de glace qu’ils avaient discuté comme deux amis, ce qu’ils n’étaient pas vraiment. Comme toutes ces filles, ou ces hommes, qui se retournaient à son passage, Mû s’était toujours senti attiré par le grec, mais jamais le moindre de ses gestes n’avait pu suggérer une quelconque attraction envers ce grand homme musclé. Saga, au contraire, n’avait pas caché son penchant pour les jeunes hommes aux cheveux mauves. Jamais Mû ne remarqua ses tentatives d’approche, jusqu’à cette journée si particulière. Une seule chose lui fit tout comprendre. Un léger effleurement de leurs mains. Une maladresse de sa part, mais ce n’était pas le cas du Gémeau. Leurs doigts qui se touchent, doucement. Et Mû leva les yeux. Mais il avait déjà compris que Saga était attiré par lui. Alors il laissa ce regard pénétrant se plonger dans ses yeux, comme pour en extraire toute pensée cohérente. Car, alors que leurs regards se mêlaient, Mû ne pensait plus à rien. À part à ce contact visuel, qui lui imposait le silence. *** Les heures, les jours, les semaines, s’étaient déroulés paisiblement. C’est avec amusement que les chevaliers purent voir leur ancien Grand Pope faire la cour au Bélier, qui répondait faiblement aux avances du Gémeau. Mais tout était dans le « faiblement », car tant que Mû ne le repoussait pas, Saga continuait à se montrer attentionné avec lui. Ambigu. Imposant. Sans se trouver particulièrement attirant, Mû aurait pu se vanter d’avoir été le centre de l’attention de plusieurs personnes, d’avoir connu des tentatives de séduction plutôt variées. Bien qu’il soit resté un certain temps à Jamir, il s’organisait des petites sorties qui laissait toujours quelqu’un très intéressé par son physique. Ou son esprit. Mais étant peu bavard avec les inconnus, il n’avait pas beaucoup d’amis en dehors du Sanctuaire, où certains chevaliers tentèrent de le mettre dans leur lit. Personne ne gagna ce pari, à part Saga. Car, oui, c’était un pari, lancé entre lui et son jumeau. Mû n’apprit que bien plus tard que Kanon avait été forcé de faire ce pari avec son frère pour qu’il tente sa chance au lieu de le regarder avec une obstination obsessionnelle. Les termes du pari ne lui furent jamais révélés. Ce n’était pas comme si ça intéressait le Bélier, car la réalité était là. Saga l’avait dragué comme personne ne l’avait fait jusque là. Bien que courtois et respectueux des autres, Saga avait tendance à être rapide en besogne. Sa cible acceptait plus ou moins rapidement ses avances, mais le grec était somme toute plutôt direct. Bien moins que son frère. Presque discret par rapport à Milo. Mais avec Mû, ce qui en étonna plus d’un, Saga resta réservé. C’est en douceur qu’il séduisit le Bélier, plus qu’il ne l’était déjà, par des attentions, des sorties, des mots. Amitié aurait presque pu qualifier leur relation si Saga n’apportait pas de la tendresse et de l’amour avec lui, et les remmenait, quand il quittait le tibétain. Sa présence lui était devenue indispensable. Comme l’eau est nécessaire à la vie, le regard, les mains, la voix de Saga étaient essentiels à son esprit embrumé. Au fil des jours, le besoin de voir le grec s’était imposé dans sa vie comme le besoin de manger. Bien sûr, cette nécessité s’était faite discrète, mais Saga avait su la voir dans ses yeux d’améthyste. *** Bien que Mû fit comprendre, de manière implicite bien sûr, à Saga qu’il préférait les endroits reculés du Sanctuaire à l’atmosphère agitée des rues de la ville, leurs balades au sein du domaine furent peu nombreuses, en comparaison de tous ces après-midis qu’ils passèrent à Athènes, ou d’autres villes de Grèce. Le jeune homme fut tenté de croire que Saga aimait se balader en ville, regarder les vitrines ou tout simplement échapper à la tranquillité du Sanctuaire, jusqu’au moment où Mû comprit que c’était une manière comme une autre de les faire sortir de leur rôle de chevalier, afin qu’ils redeviennent ce qu’ils étaient. C’est-à-dire des hommes, comme les autres. Malgré son attirance pour Saga, Mû ne se considérait pas comme étant vraiment homosexuel, car ses yeux ne se baladaient jamais avec envie sur le corps d’autres hommes, même si ses compagnons d’armes étaient loin d’être laids. Mais aux yeux de tous, tous deux étaient des hommes, et quand Saga lui prenait la main dans la rue, le tibétain sentait les regards se poser sur leurs doigts enlacés, ce qui le gênait au plus haut point. D’où une certaine résistance quand Saga voulait absolument l’emmener hors du Sanctuaire. Son sanctuaire à lui, où il n’était pas jugé. Pourtant, il continua à le suivre dans ces promenades qu’il lui imposait, son bras bronzé lui tenant les épaules ou la taille quand ils marchaient. Mû finit par ignorer ces yeux colorés tournés vers eux, seules les prunelles sombres du Gémeau avaient de l’importance. Il oubliait les autres, ne pensant qu’au grec qui lui souriait, dévoilant ses dents alignées et blanches. Au point que le lieu où ils allaient lui était devenu égal, car son sanctuaire, c’était l’endroit où se trouvait Saga. *** Plus d’un fut étonné, quand la nouvelle parvint au Sanctuaire : leur premier baiser s’était passé dans une rue animée d’Athènes. Leur couple était si inattendu qu’il arrivait fréquemment que quelqu’un les suive, et ce jour-là, c’était Aphrodite et Milo qui s’y étaient attelés. Pendant trois bonnes heures, ils demeurèrent introuvables, puis ils les aperçurent au milieu de la foule. Quand Mû et Saga revinrent au Sanctuaire, tout le monde était au courant. Mû s’enferma dans son temple, énervé, et Saga dut presque défoncer la porte pour demander au jeune homme de ne pas leur en vouloir. Autant le grec ne leur en tint pas rigueur très longtemps, Mû fut moins tolérant, et refusa d’adresser la parole aux deux commères pendant deux semaines. Il fallut que des excuses lui soient présentées pour qu’il leur pardonne. Du moins officiellement, car au fond, il ne leur en voulait plus. C’était juste histoire de les faire un peu marcher, ce qui marcha remarquablement bien. Les chevaliers, d’ailleurs, cessèrent de les suivre. Contrairement à ce qu’ils auraient pensé, le silence de Mû était terriblement pesant, et c’était blessant d’être ignoré par quelqu’un d’aussi agréable que lui. Autant, les hommes étaient habitués au silence de Camus et Shaka, ce n’était pas vraiment le cas du Bélier, bavard quand il était lancé. Ainsi, ils furent tranquilles un bon moment. *** C’est donc après deux mois de fréquentation, de rendez-vous, de regards, qu’ils échangèrent leur premier baiser. En y pensant, Mû trouvait cela un peu mièvre, mais il n’avait jamais embrassé personne, et n’en avait d’ailleurs jamais éprouvé l’envie, avant de tomber sous le charme de Saga, qu’il fit languir un bon moment avant qu’il ne l’attrape par la taille, sous un soleil brûlant et au milieu du monde, pour l’embrasser avec amour, puis passion, et enfin une infinie tendresse, en faisant passer par sa bouche, toute sa frustration, son désir, son envie longtemps refoulée de lui ravir ses lèvres. Un baiser brûlant qui les laissa pantelants. C’était aussi comme un pas de plus dans leur relation. Mû avouait sans aucune gêne au grec qu’il aimait l’embrasser, mais ce n’était pas pour autant qu’il était prêt à le faire en public. Paroles dont Saga ne tint pas compte bien longtemps. Car Saga était têtu. Déterminé. Et imposant. Quand il avait une idée en tête, impossible de la lui retirer. D’abord, il vint de plus en plus souvent au temple du Bélier, ce que Mû vit d’un très mauvais œil. Adieu la tranquillité, il ne pouvait plus travailler dans le calme avec ses armures, Saga venait le déranger. Soit il restait dans un coin à le regarder faire, soit se déplaçait dans la pièce en bavardant. Ces deux attitudes contraires avaient le don pour énerver le Bélier qui, au final, abandonnait son activité pour se laisser dorloter par le Gémeau, qui, une fois de plus, avait eu raison de lui. Ensuite, tous deux commencèrent réellement à s’afficher ensemble. Mû était plutôt distant avec Saga qui se conduisait convenablement avec lui, sentant sa réticence à se montrer aussi proche de quelqu’un. Mais après ce baiser, et les autres qui avaient suivi, le grec ne se gêna plus pour le prendre dans ses bras ou lui tenir la main. Certains se moquèrent, plus ou moins gentiment, et Saga ne cacha pas sa surprise en voyant le tibétain envoyer ces emmerdeurs dans les airs, ce qui alimenta les rires des chevaliers en voyant leurs confrères flotter, tout en étant incapable d’en redescendre. Puis, au fil des jours, Mû s’y était habitué. Ou plutôt, c’était Saga qui s’y était mis, foudroyant presque du regard tous ceux qui avaient leur mot à dire. Car, avec cette histoire de moquerie, Mû ne voulait pas qu’il l’approche trop près. Et c’était pas très marrant. Quant au baiser en public… Saga eut beaucoup de mal à y arriver. Enfin, la dernière étape. Et pas des moindres. Saga mit près de quatre mois à faire accepter au Bélier de partager son lit. Soit deux fois plus de temps que pour le faire accepter un simple baiser. Un baiser qui avait vite tourné en quelque chose de plus profond. *** Malgré ses vingt printemps bien passés, Mû n’avait jamais eu d’expérience sexuelle. Ni de baiser, d’ailleurs. Rien, niet. Mû avait passé de très longues années seul dans Jamir, avec Kiki pour seule compagnie pendant un bon moment. Certes, il lui arrivait de sortir, et on avait tenté de le séduire, en l’invitant à boire ou manger quelque chose, en lui lançant des regards appréciateurs ou en venant discuter avec lui de façon presque naturelle. Mais tout était dans le « presque ». En résumé, Saga avait été sa première expérience. Et le grec était prêt à tout pour être la seule, d’ailleurs, il tenait à son Bélier et l’avait bien fait comprendre à ceux qui voulaient tenter leur chance. D’un autre côté, cette chance, Mû semblait avoir décidé qu’il ne l’accorderait qu’à Saga, malgré sa réticence à offrir son corps au chevalier des Gémeaux. Ce n’était pas vraiment un manque de confiance en lui, Saga ne lui avait jamais fait vraiment peur. Mais c’était… ses manières, sa façon d’être, sa présence… imposante, qui le forçait, d’une façon ou d’une autre, à lui céder. Mû cédait à ces yeux qui le pénétraient avec douceur, à ces lèvres qui susurraient à son oreille, à ces mains qui caressaient ses cheveux ou ses hanches. Saga l’envoûtait, purement et simplement. Il répondait à toutes ses attentes. Avec plus ou moins de temps, mais il finissait par obtempérer. *** En une nuit sombre de juin, où le ciel piqué d’étoile cédait à l’immensité bleue où reposait le soleil, Mû abandonna son corps aux mains expertes du chevalier des Gémeaux, le seul homme, la seule personne qui fut capable de lui prendre son cœur. Un cœur bien enfoui, protégé par ses muscles bien dessinés. Saga fit glisser ses mains sur sa peau blanche qui jamais, auparavant, ne fut parcourue de frissons si agréables. C’est avec patience qu’il prépara son amant pour l’acte si intime et si profond qui les unirait pendant quelques instants. C’est avec langueur qu’il embrassa son amant pour lui faire oublier la douleur qu’il ressentait dans cet endroit intime de son corps. C’est avec passion qu’il prit son amant qui gémissait sous ses coups de reins si profonds. C’est sensuellement que Saga apposa sa marque sur la clavicule bien dessinée du Bélier, comme pour le faire sien. Une fois de plus. Ce fut une des plus belles nuits de sa vie, en dépit de cette douleur qui le lançait dans un endroit très intime, mais le corps de Saga à demi allongé sur lui, sa longue chevelure bouclée s’étalant sur eux deux, son visage paisible posé près du sien… La douleur lui paraissait presque agréable. Il resta longtemps sans bouger, caressant d’un geste tendre de la main les cheveux de son amant, jusqu’à ce que celui-ci se réveille et l’embrasse langoureusement. En somme, cette victoire avait mis du temps à arriver, mais au final, Saga ne regretta pas d’avoir tant attendu. D’un autre côté, si Mû s’était donné trop facilement, cela n’aurait pas été amusant. Et cela aurait manqué de sérieux. *** Le temps avait passé. Cette première nuit ensemble avait été comme un pas de géant dans leur relation. Contrairement à ce que Mû espérait, Saga avait cessé de le prendre avec des pincettes, et plus d’une fois, il l’embrassa en public. Le jeune homme avait beau lui résister en lui lançant des regards à glacer le sang, le grec n’abandonnait pas et persévérait. Quand il avait une idée en tête, celui-là… Mû, à nouveau, se laissa faire, savourant autant que son amant ces baisers qu’ils s’échangeaient loin des murs des temples, quand Saga était décidé à ne plus lambiner sur le canapé. Cependant, cela le gêna extrêmement les premiers temps. Surtout avec ces rumeurs qui circulaient, comme quoi, il l’avait « enfin » fait. Il y eut des commérages, ce qui les ennuya tous les deux. Mû estimait que c’était sa vie privée et qu’elle ne regardait que lui, mais allez expliquer à une bande de chevaliers en manque cruel d’action au sein du Sanctuaire. Chevaliers dégénérés qui sautaient sur la première chose qu’ils trouvaient pour passer le temps. Saga fit bien comprendre à ses compagnons d’armes qu’il en avait assez des commères, que leur couple était une affaire personnelle, et loin de s’arranger, la situation empira, car les racontars ne se firent plus en leur présence, au contraire, les « amis » se cachaient pour en parler. Ainsi, des drôles de rumeurs naissaient à leur propos, et il fallait qu’un ami fidèle et honnête, à savoir Camus, leur raconte un peu ce qui se passait dans leur dos pour qu’ils soient au courant. Que de disputes il y eut dans cet agréable Sanctuaire… Saga et Mû ne furent laissés tranquilles que quand d’autres couples commencèrent à se former, et ils connurent à leur tour l’enfer des commérages, de l’espionnage lors des rendez-vous… Au point que tous deux finirent par devenir spectateurs des querelles, ce qui les faisait bien marrer. Chacun son tour, se disaient-ils. Et ils étaient tranquilles, Saga n’entendait plus son frère le charrier à cause d’un Bélier trop prude. Cette évolution dans leur relation lui permit d’ailleurs de quitter son temple et de s’installer chez son amant, échappant, entre autres, aux moqueries de son jumeau qui ne se gênait pas pour lui rappeler le temps qu’il avait mis pour imposer ses propres règles au chevalier du Bélier. Environ six mois. C’était long, six mois. Une demie année de bonheur où il avait séduit Mû de Jamir dans toutes les règles de l’art. *** Cela faisait plus de deux ans qu’ils étaient ensembles, et Mû ne se rappelait pas qu’un jour, leur couple ait battu de l’aile. Certes, il y eut des disputes. Leurs habitudes étaient différentes, Saga était casanier à faire peur, quand il avait décidé de ne pas sortir, il ne sortait pas. Même si, au final, il abdiquait devant les arguments de son amant. À savoir qu’on pourrait essayer de le draguer en ville. Ou lui faire du rentre dedans. Pire, lui toucher les fesses. Dans ces moments-là, Mû se demandait sérieusement si la personnalité démoniaque de Saga était vraiment morte. Il y avait eu les missions, aussi. Missions plus ou moins longues, où ils se téléphonaient plus ou moins de fois. Parfois, Saga rentrait et réclamait un câlin qui ne lui était pas toujours accordé. Parfois, Mû rentrait et réclamait un minimum d’attention, ce qui finissait en quelque chose de bien moins catholique. Il y avait eu les repas, aussi. Vivant avec un enfant, Mû faisait le repas plus tôt pour Kiki, alors que Saga préférait manger plus tard. Habitude qu’il avait prise, vu la montagne de travail qu’il avait autrefois quand il était Grand Pope. Il n’était pas rare qu’il se lève la nuit parce qu’il avait faim, n’ayant pas beaucoup mangé au dîner. Il réveillait Mû, et il arrivait que ça parte en vrille. Saga compensait sa faim d’une autre manière. Il y avait eu les entraînements de Kiki, aussi. Les rendez-vous. Les tâches ménagères. Toutes ces petites choses qui rythment la vie de deux personnes vivant ensemble. De petits désagréments vite résolus, des habitudes qui changent en mieux. Ou en pire. Mû ne se rappelait pas avoir aussi bien dormi dans sa courte vie, et paradoxalement, il ne se rappelait pas avoir autant craint le moment où il irait se coucher. Faire l’amour avec Saga quand on est épuisé, ce n’était pas spécialement une bonne idée, avec sa manie de vouloir détendre son amant. Délicieuse manie qui aurait pu être rangée au placard de temps en temps. *** Y’avait pas à dire, Saga était un bel homme. Grand, puissant, terriblement bien de sa personne, qu’importe l’endroit où on pouvait regarder. Et Mû adorait le regarder, surtout quand il dormait, allongé dans les draps ou sur le canapé, le visage serein et le corps abandonné au sommeil réparateur. C’était quelqu’un de courageux, entêté et très respectueux de nature. Mais surtout, il était… imposant. C’était le mot. Saga était imposant. Quand il rentrait dans une pièce, les regards se tournaient vers lui. Il avait une présence, une prestance, que certains hommes possèdent naturellement. Un peu comme Sion, qui n’était pas mal non plus dans le genre. Peut-être que tous les Grands Popes sont comme ça. En tout cas, son Grand Pope à lui, il était imposant. Il avait beau lutter, Mû finissait toujours par accepter, presque soumis aux désirs de son amant. Il avait une force de persuasion bien à lui, avec des arguments irrévocables. Et une tendresse, un amour, dans ses mots… Il accueillait son amour, ses attentions, ses regards comme un être qui aurait manqué d’eau. Mû comprit vite qu’il ne pourrait plus vivre comme avant sans la présence omniprésente de son amant auprès de lui. De sa chaleur. Ouais, Saga était une personne imposante. Il imposait le silence et le respect aux autres. Il imposait de l’amour et de la tendresse à son amant. Et ce que le Bélier savait, c’était que dans le fond, il agissait de même avec le grec. C’était plus discret. Mais lui aussi, en quelque que sorte, il était imposant. *** Si vous souhaitez laisser une review, c'est ici :
[Web Creator] [LMSOFT]