''Souviens-toi'' by Ludi Chapitre 17 (suite) « Saga ! Devine qui vient ce soir ! - Pas besoin, tu vas vite me le dire. - T’es pas marrant ! » Kanon croisa les bras, l’ai boudeur. Pendant un instant, Saga tenta d’imaginer Kanon en mode « requin des affaires ». Il se demanda si sa personnalité sérieuse et hautaine, et celle gamine et joyeuse pouvaient s’apparenter à une forme de schizophrénie. Kanon changeait d’humeur avec tellement de facilité, c’en était déconcertant. Il était rentré plus tôt, ayant fait un rapport détaillé à sa patronne, et le grec était d’excellente humeur. Bon, certes, la venue de Rhadamanthe n’y était pas pour rien, mais c’était tout de même agréable de le voir aussi souriant. Saga se demandait bien ce qui avait pu se passer pendant leur absence. Lui et Mû s’étaient baladés pendant un bon moment et, quand ils étaient rentrés, Rhadamanthe avait les cheveux humides et Kanon était en peignoir, comme s’il sortait de la douche. Mû lui avait glissé qu’il s’était sans doute passé des choses peu catholiques dans la baignoire, mais Saga préférait ne rien demander à son frère, ou sinon Rhadamanthe démarrerait au quart de tour et lui ferait tout un tas de sous-entendus, qu’il préférait ne pas entendre. « Arrête de bouder, et dis-moi. - Non, je boude. » Kanon, toujours en peignoir, fit mine de s’en aller de la chambre de son frère, mais ce dernier, un sourire mutin sur les lèvres, le retint par quelques mots. « Tu vas où ? Prendre un bain ? » Le grec fit volte-face, les joues écarlates. Saga éclata de rire tandis que son jumeau soupirait en levant les yeux au ciel. Le fait qu’il soit en peignoir ne voulait pas forcément dire qu’il avait pratiqué du « sport » dans la salle de bain. Si ? Bon, le fait que les cheveux de Rhadamanthe soient humides et ses vêtements changés devaient rentrer en ligne de compte… « Nan, je vais mettre une tenue plus correcte. Et arrête de te moquer, tu veux ? - Pour une fois que je peux t’embêter sur ce sujet. C’était si bien que ça ? » Les joues de Kanon rougirent un peu plus si c’était possible et les rires de Saga n’en furent que plus forts. Rhadamanthe et Mû, dans le salon, levèrent même les yeux à l’étage, entendant les rires de l’un et les cris de l’autre, quelques peu assourdis par la porte fermée. Ils échangèrent un regard faussement exaspéré. « Mais est-ce que moi je te pose des questions sur ta vie sexuelle ?! - Tu fais des sous-entendus, je te signale. - Justement, c’est des sous-entendus ! Je ne suis pas aussi franc ! - J’aime te voir rougir. » Le sourire de Saga dévoilait ses dents blanches et bien alignées. Kanon se pinça l’arrête du nez entre deux doigts et tenta de calmer un peu ses nerfs. Son frère pouvait vraiment être vicieux quand il le voulait. Kanon avait horreur de rougir, il trouvait ça stupide et puéril, et il détestait encore plus quand c’était son frère qui provoquait ses rougissements. Il sortit de la chambre en claquant la porte pour la forme, vexé, et alla se rhabiller. Quand son frère fut sorti de la chambre, Saga abandonna son ordinateur, dont il ferma toutes les applications, puis il descendit dans le salon. Rhadamanthe, dans un fauteuil regardait la télévision, il avait mis Canal + et l’écran diffusait Terminator. Un film hautement philosophique et psychologique. Mû, quant à lui, lisait Le Monde, le journal froissé déplié sur ses genoux. Saga s’assit à ses côtés sur le canapé et posa son bras sur le dossier de cuir. De suite, Mû se cala contre lui, sans quitter son journal des yeux, tandis que la main bronzée du grec lui caressait les cheveux. Rhadamanthe se désintéressa du film et tourna la tête vers Saga, qui embrassait le front pâle du tibétain, juste entre les deux points écarlates tracés sur la peau claire. « Qu’est-ce qui s’est passé avec l’autre dégénéré ? - Je te signale que le dégénéré en question est ton amant. - Justement, il faut être fou pour sortir avec moi. - Je ne te le fais pas dire. Je l’ai juste taquiné. » Rhadamanthe chercha à savoir pourquoi et Saga eut juste besoin de dire les mots « salle de bain » pour qu’il comprenne ce qui avait vexé Kanon. Cependant, le lord ne chercha pas à démentir, il était certain que cela était déjà arrivé à Saga et Mû de le faire dans la salle de bain, ou alors ça leur arriverait, et il ne pouvait savoir à quel point ce qu’il pensait pouvait être vrai. Enfin bon, cela ne le regardait pas. « Au fait, Kanon m’a dit que quelqu’un venait ce soir, mais il ne m’a pas dit qui. - Tu l’as vexé avant ? - Tu as tout compris. - C’est Lys et Aioros qui passent dîner. Il paraît qu’il n’était pas d’accord pour passer à l’improviste comme ça. - Lui au moins, il a un minimum de savoir-vivre. - Ça veut dire quoi, ça ? - Que tu aurais pu prévenir avant d’arriver. » Mû venait de parler et Saga acquiesça. Kanon entra à ce moment-là, et il ne put intercepter le sourire complice que le jeune homme et Rhadamanthe échangèrent. Cette fois-ci, l’adjoint était habillé avec un jean et un pull aux fines mailles vert foncé. Ses cheveux bleus ondulaient autour de son visage et tombaient sur ses épaules robustes. Il raconta alors à son frère qu’ils attendaient Lys et Aioros pour le dîner, ils devraient arriver vers sept heures. *** Bon Dieu que cet appartement pouvait être grand… C’était affolant… Il songea que ce devrait être interdit, cet endroit était si grand qu’il lui semblait facile de se perdre. Lys lui avait dit qu’elle avait déjà logé dans des endroits encore plus grands, Aioros se demandait si c’était vraiment possible. « Chéri, tu trouves ?? - Depuis quand tu n’as pas rangé tes vêtements ?! - Heu… sais pas ! » Des fringues traînaient dans sa chambre, dans la salle de bain et dans son dressing. Et pas bien rangé, bien plié… Non, Lys avait tellement de vêtements que certains traînaient, parfois à même le sol. C’était déprimant. Elle dépensait des sommes folles dans des vêtements de qualité dont elle ne prenait même pas soin. D’un autre côté, elle gagnait des sommes folles. Elle avait un jour évoqué son revenu mensuel, lui et son frère en étaient tombés de leur siège. Actuellement, Aioros était perdu au milieu du fouillis de sa chère et tendre, cherchant désespérément une certaine robe bleue qu’il lui avait offerte la dernière fois qu’ils s’étaient vus. Il poussa un soutien-gorge du pied et plaignit Kanon. Si elle était aussi bordélique avec ses fringues, comment ça devait être au boulot ? Il n’avait même pas envie de voir l’état de son bureau. Il ouvrit grand un placard, parmi tous les autres, où étaient alignés tout un tas de robes, manteaux et autres vêtements, dans un ordre sans queue ni tête. Et, soudain, il vit ladite robe. Il prit tout son temps pour décrocher le cintre et la porter à Lys qui était en train de se sécher dans la salle de bain. Elle avait sorti d’autres vêtements mais elle se trouvait énorme dedans. Aioros lui avait dit que, de toute façon, elle aurait bien du mal à faire passer son ventre inaperçu, elle lui avait répliqué que ce n’était pas pour autant qu’elle devait ressembler à une vache ; Aioros avait fermé sa bouche, préférant se taire : lui dire qu’attendre les jumeaux n’arrangerait pas la taille de son ventre était inutile. Une fois qu’il eut porté la robe à la femme d’affaires, il revint dans le salon, où la télévision était allumée. Il s’assit sur le canapé pour attendre qu’elle ait terminé de s’habiller. Il avait hâte de monter dans la voiture : apprendre que Saga et Kanon vivaient à Paris le rendait plus qu’heureux. Il s’était tellement demandé ce que devenaient les autres, en particulier Saga, qui devait ronger sa culpabilité vis-à-vis de lui. Aioros avait besoin de le voir, de le serrer dans ses bras. Certes, pendant un temps, il avait éprouvé de la colère et de la rancune pour le grec. C’était quand il était revenu à la vie, dans une rue misérable d’Athènes, avec son frère près de lui. Il avait perdu treize années de sa vie, et en lui, il avait ressenti ce manque cruel qui l’avait tant fait souffrir par la suite. Il avait beau être mature quand il avait quatorze ans, cela ne pouvait compenser toutes ces années perdues. Il était un jeune homme de quatorze ans le corps d’un homme de vingt-sept ans. Il en avait pleuré la nuit, se regardant obstinément dans la glace, en se demandant pourquoi il était revenu. Mais ces moments d’angoisse ne duraient que la nuit, quand Aiolia dormait d’un sommeil de plomb dans le lit qu’ils partageaient. Chaque journée n’était qu’une galère de plus et seul l’amour qui les liait les aidait à continuer à avancer. Aioros ne vivait que pour son frère, n’ayant absolument rien à quoi se raccrocher, perdu dans ce monde inconnu qu’il avait quitté treize ans plus tôt. Un long sommeil dont il venait de se réveiller… Aiolia vivait plus mal que lui cette situation. Certes, son bonheur d’avoir retrouvé son frère éclaircissait les nuages noirs qui flottaient au-dessus de sa tête, mais l’abandon d’Athéna et des siens l’avait blessé. Il avait tout donné pour elle, sa vie et sa jeunesse, et le voilà abandonné dans les rues sombres d’Athènes, sans aucune perspective d’avenir. Il travaillait au noir, risquait sa vie, après tout ce qu’ils avaient fait pour le monde, pour leur déesse… Méritaient-ils cela ? Aioros méritait-il cet abandon, lui qui avait sauvé Athéna ? C’était sans doute le cas de son frère qui blessait le plus Aiolia… L’autre chose qu’il ne parvenait pas à comprendre, c’était pourquoi Marine n’était pas venue le chercher. Certes, ils avaient disparu à Elysion, mais il était déjà arrivé par le passé des cas semblables, et les chevaliers disparus étaient en réalité vivants. De plus, tous deux avaient fait l’amour avant sa disparition, il existait donc un lien entre eux. Un lien, qui lui avait lui-même permis de sentir la détresse de la jeune femme. N’avait-elle pas ressenti la sienne ? Avait-elle essayé de ressentir ses émotions ? Pourquoi n’avait-elle pas cherché à savoir où il était ? Saori possédait de tels réseaux d’informations qu’il ne devait pas lui être difficile de les retrouver… Ne l’aimait-elle pas assez pour être certaine qu’il ne vivait plus ? Sa vie avait commencé à s’améliorer quand il commença à fréquenter une serveuse, plus jeune que lui. Il revivait, et à travers lui, Aioros sentait ses propres maux se dissiper. Mais malgré le bonheur apparent de son petit frère, il n’arrivait pas à oublier ce manque, ce creux au fond de lui. Il avait grandi, il avait muri, mais l’amour, les femmes, tout cela semblait si loin de lui. Tellement loin… Mais sa vie changea. Elle bascula. Aiolia avait trouvé un travail dans un restaurant, et Aioros dans un bar. Et ce fut là qu’il la vit. Lys. Sortie de nulle part, assise à une petite table dans un coin, semblant attendre quelqu’un. Dès qu’il l’avait vue, il en était tombé amoureux. L’adolescent en lui s’était amouraché de cette inconnue, qu’il avait vue les jours suivants. Il l’aborda un jour et son sourire fit chavirer son cœur. Lys venait tous les jours prendre son café, parfois accompagnée, parfois seule. C’était stupide, mais Aioros se battait pour être le seul à la servir, guettant son arrivée. Ils parlaient un peu, il apprit qu’elle était femme d’affaires. Et lui, bêtement, malgré son statut, continuait à espérer, même s’il savait que son amour serait à jamais à sens unique. Puis, vint le jour où Lys lui demanda de but en blanc s’il pouvait lui servir d’interprète. Elle devait converser avec un grec qui parlait affreusement mal l’anglais et elle ne comprenait strictement rien à cette langue. Ravi, il avait accepté de l’aider. Elle s’en alla, puis revint, et à chaque fois qu’elle venait, elle faisait appel à lui pour tenir ce rôle d’interprète. Il apprendrait plus tard que c’était une manière comme une autre d’être en sa compagnie hors du bar. Lys avait tout de suite flashé sur lui. Elle lui dirait aussi plus tard qu’elle avait aimé sa politesse, son regard innocent et son sourire. Au fil du temps, ils devinrent plus proches. Jusqu’au jour où Aioros lui avoua ses sentiments, et Lys, toute bête, devint aussi rouge qu’une tomate trop mûre. Elle bafouillait tellement qu’Aioros n’avait pu s’empêcher d’éclater de rire, ce qui avait vexé la blonde. Puis, de fil en aiguille… En fait, c’était grâce à elle qu’Aioros avait fini par porter un regard positif sur lui-même. Certes, il était très jeune dans sa tête, mais malgré ce retard, il pouvait être aimé, et il savait aimer. C’était étrange pour lui, mais il s’était fait à cette situation, et il se demanda si cette histoire qu’il vivait avec Lys aurait pu se produire si sa vie ne s’était pas terminée à ses quatorze ans. Ses blessures cicatrisèrent, sa rancœur envers Saga s’amenuisa, pour enfin disparaître, et celle qu’il éprouvait pour Shura en fit de même. Aujourd’hui, son seul regret était de ne pas avoir posé plus de questions à Lys, ça lui aurait évité de découvrir seulement maintenant qui était son adjoint. Quand Kanon l’avait appelé, il lui avait semblé connaître cette voix, mais il en entendait tellement tous les jours qu’il n’avait pas vraiment fait attention. Il aurait dû. Mais il était tellement inquiet pour Lys, à ce moment-là… Quand elle lui avait annoncé qu’elle était enceinte, Aioros avait été profondément heureux de l’apprendre. Quelque chose avait remué en lui. Il s’était regardé dans une glace, et il s’était dit qu’il avait beaucoup changé, en deux ans. Normalement, il aurait dû avoir seize ans. Mais il faisait beaucoup plus physiquement, mais aussi psychologiquement. Il avait vieilli, mûri. Lys l’avait changé, elle en avait fait un homme, alors que lui, en avait fait une femme. Il n’avait jamais été très regardant sur sa vie, même s’il était terrorisé à l’idée qu’elle l’abandonne. Mais elle l’appelait si souvent, venait le voir régulièrement, et il lisait dans ses yeux tout l’amour qu’elle éprouvait pour lui. Il savait que viendrait le moment où elle viendrait vivre en Grèce, ou lui vivrait en France. Quand elle lui avait dit qu’elle ne viendrait pas pour Noël, il avait été blessé plus qu’il ne le laissait paraître. Quand son adjoint lui avait révélé la vérité, il avait été si inquiet et si rassuré à la fois qu’il n’avait plus pensé à la voix de cet inconnu, ses pensées étant tournées vers la femme de sa vie. « Je suis prête ! » Aioros s’arracha de ses pensées et se tourna vers Lys, ravissante dans cette robe bleue pour femme enceinte. Elle avait un joli ventre, et malgré sa fatigue et la rondeur de son bedon, elle n’avait jamais été aussi belle. Il avait toujours trouvé les femmes enceintes sublimes, enjolivées par leur maternité et cette vie qui grandissait en elles. Le grec se leva et s’avança vers elle pour la serrer contre son torse avec toute la tendresse dont il était capable. Elle cala sa tête contre son épaule, un sourire flottant sur ses lèvres rosées. Il l’embrassa sur le front, puis lui chuchota qu’elle était très belle. Sa main allait et venait dans sa chevelure blonde. Aioros était heureux. Il ne l’avait sans doute jamais été autant… *** Le couple arriva vers sept heures. Aioros avait conduit la voiture de Lys et il avait tant bien que mal réussi à rejoindre la maison des jumeaux, dirigé plus ou moins bien par sa chère et tendre. Ce fut assez complexe mais Aioros avait suffisamment joué les taxis et il avait fini par trouver le bon chemin. Tous deux furent accueillis chaleureusement. Avant que Saga ne batte en retraite, Aioros lui avait sauté dessus et l’avait serré fort dans ses bras. S’en était suivi une scène très émouvante où les deux hommes ne pouvaient plus se lâcher, tant ils étaient heureux de se revoir. Aioros semblait être en bonne santé, il irradiait de bonheur et son sourire était contagieux. On s’installa dans le salon, où les adultes prirent l’apéritif. Les discussions allaient bon train et chacun était bien installé. Lys avait naturellement trouvé sa place contre son amant, ses deux mains posées sur son ventre arrondi, tous deux installé sur le canapé avec Mû. Kanon et Rhadamanthe avaient pris place dans les fauteuils et Saga avait sorti une chaise pour lui, posée à côté de Mû. Ils posèrent pas mal de question à Aioros, en particulier sur son jeune frère, qui était resté en Grèce. Il leur raconta qu’Aiolia avait trouvé un emploi dans un restaurant depuis un an et demi. Il s’appliquait beaucoup dans son travail, et avec son charisme naturel, il ne tarda pas à se mettre le patron dans la poche. Ainsi, il monta rapidement en grade et devint responsable des serveurs, étant donné que son supérieur était débordé à cause de son divorce. Certes, il n’avait pas de diplôme, mais Aiolia savait se faire obéir et son patron avait aimé son côté humble et travailleur. Il avait renvoyé la personne qui avait ce rôle, et se reposer sur quelqu’un lui faisait du bien. Ainsi, Aiolia devint en quelque sorte responsable du personnel, même s’il ne touchait pas aux cuisiniers, bien qu’il s’entendît très bien avec eux. Il tomba amoureux d’une jeune fille de seize ans à peine, tandis que lui avait la vingtaine. Ce ne fut pas évident au début, Aiolia craignait qu’elle ne s’intéresse à lui que par intérêt et lui-même était peu rassuré, car fréquenter une gamine de seize ans pouvait être condamnable. Saga et Mû, qui avaient assez bien connu Aiolia, étaient étonné qu’il se soit entiché d’une aussi jeune fille. Certes, il avait aimé Marine, qui avait quasiment le même âge, mais elle était bien plus mûre dans sa tête, alors que cette grecque était encore une enfant. Il s’avéra que la jeune fille, qui se nommait Mélina, s’était enfuie de chez ses parents et elle vivait avec d’autres filles du même âge dans un appartement. Quand tous deux commencèrent à se fréquenter, il la força à sortir de cette situation précaire et il réussit à la convaincre de retourner chez ses parents. « Ce n’était pas facile, elle a un sacré caractère, cette petite. Il faut les voir se disputer, on dirait un vieux couple. » Aiolia fut accueilli comme le Messie par sa famille, assez nombreuse. Il avait ramené la jeune Mélina chez elle, ce qui semblait être un exploit. Malgré le jeune âge de leur fille, les parents ne s’opposèrent jamais à leur relation. Enfin, ils le firent une fois, Mélina leur promit de faire les pires conneries si jamais ils osaient se mettre entre eux. Elle tenait beaucoup à Aiolia, non pas parce qu’il était beau et travailleur, mais plutôt parce qu’il l’avait sortie de sa galère. Il n’avait jamais abusé d’elle, il l’avait forcée à quitter son copain qui la battait pour la remettre dans le droit chemin. Il la gâtait, de par ses attentions et son amour pour elle. A vrai dire, elle n’obéissait à personne sauf à lui. Aioros passa les détails, mais il se souvenait parfaitement de la passion d’Aiolia pour cette jeune fille. Au moment où il se sentit attiré par Mélina, il décida d’oublier Marine et de faire sa vie. C’était encore une adolescente, avec des désirs et des caprices d’ado’. Combien de fois s’étaient-ils disputés quand elle refusait de quitter cet appartement surpeuplé, quand elle s’engageait dans des plans foireux ou quand elle ne voulait pas revoir sa famille ? Cela aurait pu ne pas tenir. Aiolia en avait vu de toutes les couleurs avant de la connaître, il n’avait pas quatre ans de plus qu’elle mais une bonne dizaine d’années, si ce n’était plus. Il avait vingt ans, mais il avait trop vécu pour s’embarrasser d’une gamine qui n’en faisait qu’à sa tête et qui pensait connaître le monde. Ce qui les avait fait tenir, c’était cette dépendance qu’elle avait vis-à-vis de lui : elle avait besoin de son attention, de son amour, pour rester vivante. Elle avait besoin de lui pour arrêter ses conneries, pour vivre vraiment sa vie. Et lui, de son côté, il avait besoin d’elle pour oublier son passé, cette vie qu’il avait eue avant. Et puis, ils étaient amoureux. C’était peut-être le meilleur des arguments. « Et puis un jour, elle tomba enceinte. » Aiolia se protégeait, mais il suffit d’une fois, et Mélina tomba enceinte. Terrorisée à l’idée d’être abandonnée, elle s’enfuit de chez elle. On se mobilisa pour la retrouver, et quand ce fut fait, Aiolia dut faire preuve d’une patience à toute épreuve, déjà pour calmer sa petite amie, mais aussi pour faire rentrer dans sa petite tête qu’il était heureux et que cet enfant ne serait pas un poids. Elle était persuadée qu’il disait ça pour lui faire plaisir, mais elle finit par le croire. Ce fut tout de même laborieux… Mélina quitta alors ses parents, qui n’eurent pas la force de s’interposer. Pour la forme, ses frères et sœurs tentèrent de la récupérer en lui conseillant l’avortement, mais la jeune fille fit la sourde oreille et elle emménagea chez les deux frères. De toute façon, jamais Aiolia n’aurait supporté que sa petite amie vive dans sa famille : il voulait pleinement assurer son rôle de père. Le Lion protecteur était de retour… Puis, le douze décembre, naquit le petit Sacha, qui fit le bonheur de ses parents, mais aussi de son oncle. Après les nombreuses questions sur Aiolia, qui se portait comme un charme depuis que son lionceau était né, ce fut au tour justement d’Aioros qu’on s’interrogea, en particulier sur sa rencontre avec Lys. Ecarlates, ils racontèrent le petit chemin qu’ils avaient fait avant de se mettre ensemble. Kanon rit, on aurait dit deux adolescents, mais Rhadamanthe le calma bien vite : il n’était pas mieux dans le genre… Saga ne fit aucune remarque, pas plus que Mû, car ils étaient contents pour eux deux. Le dîner se déroula avec tout autant de bonne humeur. Tous autour de la table, ils dégustèrent leur dîner, entre disputes, rires et vieux souvenirs. Lys découvrait réellement le passé de ses proches, à la fois de Saga, le Grand Pope tyrannique qu’elle avait du mal à imaginer, Kanon, le jumeau délaissé et manipulateur, ou encore Ryan, le juge des Enfers, nommé Rhadamanthe, et Mû, un atlante élevé dans le monde plus ouvert des hommes. Et enfin Aioros, cet adolescent de quatorze ans qui perdit la vie en voulant sauver sa déesse. Lys sentait une colère sourde monter en elle. Ses doigts étaient mêlés à ceux plus bronzé de son amant, et elle ne pouvait s’empêcher de haïr celle qui avait osé l’abandonner. Qu’importe qu’elle ignore leur existence en ce monde, elle était divine, elle ne pouvait ignorer ces choses, ou alors elle devait s’en douter. Saga affirmait que cela s’était déjà produit, et il n’était pas le seul à le penser. Comment cette femme avait-elle pu abandonner celui qui lui avait sauvé la vie ? Il n’était même pas question de Saga ou Kanon, qui ne méritaient pas d’aide, mais Mû, Aioros et Aiolia méritaient un peu de reconnaissance. Et ils n’étaient pas les seuls… Plus tard, bien plus tard, deux clans se formeraient. Ceux qui éprouveraient de la rancune envers leur déesse sans le montrer réellement, par dépit ou lassitude. Ceux-là seraient ceux qui auraient le plus souffert. Et il y aurait ceux qui la haïraient pour ceux qui méritaient de l’aide et qui avaient sombré sans aucune main à laquelle s’accrocher. Lys ferait partie de cette dernière catégorie, et Angelo Médicis emprunterait la même voie. Tandis qu’Aioros et Camus laisseraient aller, préférant penser à leur vie d’aujourd’hui plutôt qu’à celle d’hier. Mais pour le moment, Lys tenait la main d’Aioros, et Saga enserrait celle de Mû. Elle essayait juste de comprendre, d’apprendre. Au bout d’un moment, le nom de Saori Kido s’échappa des lèvres de Kanon. Personne ne vit la lueur démoniaque dans le regard de la femme d’affaires, sauf son adjoint. Il sentit à ce moment-là que Saori paierait. D’une manière ou d’une autre, elle paierait. Cela pourrait prendre des années. Mais viendrait le jour où elle et ses chevaliers régleraient leurs comptes. *** « Je suis épuisé ! - Je veux bien te croire, tu n’as pas arrêté de faire des allers-retours ! et puis, revoir Aioros, ça t’a fait un coup. » Saga acquiesça : c’était le moins qu’on puisse dire. Il était heureux au-delà des mots. Quand il avait appris qu’Aioros était vivant, il avait évidemment été heureux, mais ce n’était rien comparé à ce qu’il avait ressenti quand le grec s’était jeté dans ses bras. C’était comme un retour en arrière : ils étaient à nouveau des adolescents, riant sur la plage la plus éloignée du Sanctuaire, vivant pendant quelques instants leur adolescence sacrifiée au nom de leur déesse. Le serrer dans ses bras lui avait apporté un sentiment de félicité qui ne l’avait pas quitté de toute la soirée. Voir Saga aussi heureux ravissait le tibétain. Il était lui aussi plus que content d’avoir revu Aioros, et savoir qu’Aiolia allait bien aussi l’avait vraiment rassuré. Cela diminuait aussi le nombre de personnes à retrouver, ce qui était une bonne chose. Mû se souvint qu’il avait vu Aiolia dans un de ses rêves avec une femme enceinte. Ce devait être Mélina, elle n’avait pas encore accouché à l’époque. Tandis que Saga sortait ses vêtements pour le lendemain, Mû tenta d’imaginer ce qu’Aiolia avait ressenti quand Marine n’était pas venue le chercher. C’était indescriptible, mais quand deux chevaliers avaient partagé une union charnelle, il était possible de ressentir les émotions de l’autre, même si cette personne se trouvait à des kilomètres et des kilomètres. Pourquoi n’était-elle jamais venue ? Pourquoi n’avait-elle pas ressenti la détresse d’Aiolia ? L’avait-elle assimilée à la sienne, rejetant le fait qu’il puisse être vivant ? Mû s’interrogeait. Aioros n’en avait pas parlé, bien sûr, mais Mû était certain qu’Aiolia avait ressenti la peine de Marine, et il l’avait attendue. Sans qu’elle ne vienne jamais… Et il s’était tourné vers cette jeune fille, cette gamine qui lui avait offert un enfant. Quelle joie avait-il pu ressentir à ce moment-là… Quel bonheur, lui qui rêvait de fonder sa propre famille, en dépit de son serment de fidélité envers Athéna… Et Mû en revint à songer à ses rêves, et en particulier à l’un d’eux, où il se rappelait avoir vu Shura. Avec une femme, aux cheveux verts. Et un bébé entre les bras. Il sentit un sourire naître sur ses lèvres, tandis qu’il redessinait en lui-même la silhouette élancée de Shina, son air de sauvageonne et son indomptable chevelure verte. Et il l’imagina dans ce petit appartement, un bébé dans les bras, et Shura penché vers elle… Combien étaient-ils à avoir quitté le Sanctuaire ? Combien s’était risqués à le quitter ? N’y avait-il que Kiki et Shina qui aient eu assez de cran pour être partis ? Il fut arraché de ses pensées quand Saga se glissa dans leur lit. Le grec posa ses lèvres sur celles de Mû et l’embrassa avec une tendresse infinie. Mû entrouvrit les lèvres, ce qui suffit à son compagnon pour glisser sa langue dans sa bouche, pour un ballet d’abord tendre, puis endiablé. Saga sentit Mû enserrer son cou de ses bras, se rapprochant un peu plus de lui, et le grec entoura ce corps tant désiré pour le serrer contre lui. Le désir montait en eux. Ils avaient fait l’amour la veille, découvrant le corps de l’autre et le possédant avec amour. Ce soir-là, ils voulaient poursuivre ce qu’ils avaient terminé la veille. Revivre toutes ces sensations étranges, ne faire plus qu’un entre les draps… S’aimer au-delà des mots… Saga déshabilla son compagnon, caressant sa peau avec ses mains un peu calleuses. Il la sentait frissonner sous ses doigts, et tandis que ses lèvres glissaient dans le cou blanc de son jeune amant, ses mains redécouvraient la douceur de sa peau, l’arrondi de son épaule, le creux de ses reins. Mû tenta de s’extirper de ces mains câlines pour retirer à son tour le haut de Saga, pour enfin toucher son torse, où les traces de sa musculature demeuraient. Il embrassa les lèvres charnues de son amant, et tandis que des mains s’affairaient à lui retirer son pantalon, les siennes redécouvraient la musculature du grec, son ventre plat, ses épaules carrées et puissantes, cette chevelure océan qui ondulait dans son dos marqué de cicatrices. La suite ne fut que tendresse. Mû se sentait fondre contre le corps plus musclé de Saga, il baignait dans un océan de tendresse et de désir. Saga éveillait ses sens, effleurait ses points sensibles, l’embrassait avec tellement d’amour qu’ils en ressortaient tous deux pantelants. Ses lèvres voyageaient sur son corps, embrassant son cou, malmenant ses tétons, câlinant son ventre plat et blanc, pour enfin descendre plus bas… Mû ne pouvait que glisser ses mains dans les cheveux océan de son amant, sans se douter à quel point ce geste pouvait exciter ce dernier. Saga câlina le sexe de Mû avec sa bouche. Il l’entendait gémir, le corps en feu. Il n’avait qu’à lever les yeux pour voir ses joues écarlates, ses yeux mi-clos, et ses mains longues et fines sur sa bouche pour étouffer quelques gémissements qu’il ne parvenait pas à retenir. Le plaisir déferlait en lui par vagues, c’était indescriptible, et tout son corps tremblait, attendait la libération, cet état de paix que rien ne pourrait troubler. Le jeune homme se redressa sur ses coudes et voulut écarter Saga. Il lui murmura qu’il ne voulait pas être le seul à profiter de telles intentions. Saga fut un peu gêné mais la situation s’inversa. Son désir était plus que visible et quand Mû y posa les lèvres, il plaqua ses propres mains sur sa bouche, en tentant de retenir ses propres gémissement, qui ne manquaient pas de franchir ses lèvres. Il levait les yeux vers le plafond blanc, refusant de regarder le visage angélique de Mû en… pleine activité. Et malgré son inexpérience, Saga sentait qu’il serait capable de monter aux cieux… Mais Mû n’alla pas jusque là. Il se redressa, abandonnant son œuvre inachevée, fit des pieds et des mains pour s’asseoir à califourchon sur Saga qui, un peu dans le brouillard, saisit ses hanches pour l’y aider. Il ferma les yeux quand Mû l’embrassa, chastement, puis quand il glissa sa langue entre ses lèvres, dominant un baiser très tendre. Saga sentait les longues mèches lavande glisser sur sa peau, et il n’avait qu’à entrouvrir les yeux pour admirer ce rideau dissimuler les épaules de son amant. Saga brisa le baiser et présenta trois doigts devant la bouche de Mû, rougies par les baisers, son regard brillant et un léger sourire lubrique sur les lèvres. Mû eut un air coquin sur le visage et il prit ces doigts entre ses lèvres. Humectés, ils se présentèrent devant son intimité. Saga posséda ses lèvres, étouffant les gémissements de son amant, qui retrouvait cette sensation de douleur et de plaisir mêlés. Il était toujours assis sur les hanches de Saga, ses deux mains sur son torse, ses lèvres emprisonnées dans un baiser langoureux, une main de Saga posée sur sa hanche qu’il caressait en mouvements circulaires. Quelques minutes plus tard, il le posséda. Lentement. Son sexe se frayait un chemin dans l’étroit orifice. Saga se redressa, s’asseyant sur le lit, et il caressa le corps tendu de son amant, baisant son cou, ses cheveux, cajolant son bas-ventre et ses reins, dans le seul et unique but d’apaiser sa douleur. Mû avait passé ses bras autour du cou de Saga, serrant les dents, à cause de la douleur. Saga amorça un premier coup de rien. Puis un second. Et un troisième. Le reste ne fut plus que gémissements étouffés sous des lèvres avides de baisers, semblant rythmer le ballet effréné qui se livrait dans cette petite chambre. les deux corps humides de sueur et d’amour se mouvaient l’un contre l’autre, l’un plus pâle, l’autre plus musclé. Des ongles griffant une épaule, une main calée sur une hanche, des regards brillants de plaisir, ce même plaisir qui se répandait dans leurs veines, consumant leur corps, qui ne formait plus qu’une seule et unique chair, un seul et unique être… La libération vint, violente et bienfaitrice. Il y eut un moment de silence, comme si le temps s’était arrêté. Mû sentit Saga se retirer de lui et se laisser aller en arrière, sur le matelas. Il ne pensa même pas à bouger, malgré la chaleur, son esprit encore embrouillé par la jouissance, et le corps trop faible pour remuer. Il sentit une main câline caresser ses cheveux, puis il sombra dans le sommeil, en murmurant un petit « je t’aime ». *** Dernier chapitre prochainement. ;) Si vous souhaitez laisser un commentaire, c'est ici :
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