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''Bolan'' by Adrideo (septembre 2008)
Première partie
Recommandations : à lire en écoutant ce titre de Loreena Mc Kennitt ''Mystic dreams'', par exemple ici.
C'est le titre qui lui a inspiré ce oneshot et on peut dire qu'elle a magnifiquement su rendre l'ambiance mystique de ce morceau !
***
– Laissez-le.
L’homme encapuchonné dans une fourrure épaisse releva un regard effaré vers le chef de clan.
– Mais… mais chef, c’est le plus mal en point… il ne survivra pas deux heures !
Son chef, homme au visage basané, ne répondit pas et laissa son regard grave se poser sur le corps inconscient. Il observa ensuite le reste de ses hommes qui commençaient déjà à transporter les autres blessés du Sanctuaire vers des traîneaux. Il avait une dette envers Athéna, et il s’en acquitterait. C’était la seule raison qui l’avait poussé à venir chercher ces hommes dans la montagne violente et glaciale après leur renvoi sur Terre. Mais celui-ci…
L’homme massif secoua la tête négativement vers l’autre, lui faisant comprendre de ne plus protester davantage.
– Il ne va pas tarder à arriver. Lui seul saura le sauver, et tu le sais.
– Mais… s’Il ne le juge pas digne d’être sauvé ? murmura l’homme en observant d’un air triste le chevalier inconscient étendu à ses pieds.
– Alors c’est que cet homme ne méritait pas de l’être, conclut le chef du village. Son jugement est infaillible. Ce que je sais, moi, c’est que même si nous ramenions ce chevalier avec nous, nous ne pourrions le sauver. Il est bien trop blessé. Le seul qui puisse encore faire quelque chose maintenant, c’est Lui.
Le villageois s’attarda encore un peu près du blessé, mais sans plus chercher à protester. Il savait que son chef avait raison. Il baissa les yeux sur le chevalier, le cœur serré. Il lui coûtait d’abandonner ici un des héros qui les avait sauvé, lui, sa famille et cette Terre. Sa chevelure parme était éparpillée en mèches collées par le sang sur la neige, et peu à peu une auréole rouge formait comme une aura de mort autour de lui, teintant le blanc pur et glacial. Le visage encore jeune était décontracté, plongé dans l’inconscience. L’homme se retourna, les yeux fermés et les lèvres pincées.
Si c’était une plaisanterie des Dieux, c’était cruel. Ce malheureux chevaliers avait sûrement percuté plusieurs rochers avant de stopper sa chute, et pour autant qu’il avait pu en voir, la majorité de ses côtes devaient être brisées, certaines peut-être lui perforant un poumon. L’angle dérangeant que formait son bras dans la neige n’était pas rassurant non plus… et le villageois n’avait fait que l’observer. Il ne voulait même pas imaginer les autres dégâts.
Il observa le ciel, la rancœur emplissant son âme. Il le savait depuis toujours, ces Dieux étaient tous pourris jusqu’à la moelle ! Seul leur propre Divinité valait la peine qu’on se batte pour elle. Seul Lui pourrait encore faire quelque chose. L’homme lança un dernier regard respectueux et désolé vers le chevalier, en espérant qu’Il le juge digne de vivre.
Un silence lourd planait dans la montagne. Seul le vent violent faisait résonner ses sinistres sifflements, entraînant dans sa course toujours plus de flocons. Flocons qui se déposaient peu à peu sur un corps immobile et apparemment sans vie. La peau perdait peu à peu ses couleurs, les cheveux se raidissaient, gelés par le froid, et le corps entier se décolorait progressivement. Il ne faudrait pas beaucoup de temps avant que ce corps abandonné ne fasse partie intégrante du décor glacial.
Mais peu à peu, le vent se calma. Pas dans la montagne. Seulement autour du corps. Les épais flocons se dissipèrent sur une forme massive et sombre. Des pattes puissantes recouvertes d’une fourrure riche et épaisse se posaient presque délicatement sur le sol, ne laissant aucune empreinte après leurs passages. Il était difficile de voir qui s’avançait. Le pelage blanc se confondait bien trop avec la neige pure et immaculée. Mais bientôt, les pattes se détachèrent sur l’aura de sang diffuse dans la neige autour du jeune homme. Des yeux d’un or aux mille reflets se posèrent lentement sur le corps inanimé, les pupilles verticales s’étrécissant tandis que le regard impénétrable évaluait cette pauvre petite chose laissée à ses soins.
Le fauve n’appartenait à aucune race. Il possédait la puissante carrure des lions, la tête élancée des panthères, les oreilles pointues des guépards, le pelage immaculé des tigres blancs… Lentement, il décrivit un cercle autour du corps, poursuivant son examen silencieux. Il baissa le museau avec majesté, et alla effleurer du bout de la langue les doigts légèrement repliés laissés à l’abandon et tâchés de sang. Il plissa les yeux en se redressant, un sourd grondement résonnant dans sa gorge pour finalement se perdre dans cette montagne qui était sienne. Qui était cet impétueux qui osait porter en lui la trace d’un autre Dieu ? S’il souhaitait mourir, il avait fait le bon choix… il ne tolèrerait pas qu’Athéna impose sa présence ici et souille sa précieuse montagne de son cosmos !
Le fauve releva ses babines sur des crocs durs et acérés, le grondement de sa gorge s’amplifiant et faisant trembler les monts. Il se plaça au dessus du corps inconscient et dévisagea son futur sacrifice. Le visage était serein, doux et calme. Rien à voir avec ceux qu’il punissait habituellement… Le grondement autour d’eux gagnait en puissance. Il baissa une nouvelle fois le museau, tout près du visage de l’homme cette fois, et inspira longuement l’odeur qu’il dégageait. Il souffla brusquement, faisant s’envoler les mèches parmes. Tiens tiens, un Atlante…
Le fauve s’était immobilisé après avoir redressé la tête, les yeux d’or toujours fixés sur le visage sous lui. De longues minutes s’écoulèrent, puis brusquement, le museau plongea de nouveau, très rapidement, canines découvertes tandis que le grondement atteignait son apogée. Mais les crocs ne s’enfoncèrent que très légèrement dans l’épaule. Affirmant sa prise, le fauve redressa progressivement le corps blessé en position assise tandis que le grognement s’éteignait doucement. Il fléchit les pattes dans un effort visible pour tirer le corps lourd et immobile sans lui arracher l’épaule.
Finalement, lorsque le chevalier faillit basculer en avant, le Dieu se mit en travers et se coucha presque pour permettre au buste et à la tête de reposer sur son dos. Le félin grogna : c’était la partie la plus facile. Maintenant, il fallait faire bouger l’humain pour que son corps entier repose sur son dos. A force de légers sauts et d’essais manqués, le fauve parvint enfin à caler le chevalier contre sa fourrure, essayant de l’équilibrer au mieux en tirant sa tunique entre ses dents. Lorsqu’il entendit un léger craquement, il jugea qu’il avait fait au mieux.
Alors tout doucement, il avança. Ses pattes de velours marchèrent lentement, pour tester la stabilité du blessé. Puis, tout aussi progressivement, il accéléra l’allure. Bientôt les pattes martelèrent la neige en silence, toujours sans laisser aucune trace. Il effleurait à peine l’étendue blanche, la laissant intacte derrière lui. Le vent se calmait à son approche et les flocons se séparaient pour lui laisser le passage. Le fauve gronda de nouveau : il n’aimait pas sentir cet humain sur son dos. Il avait l’impression d’être chevauché… mais il le sauverait. Une étincelle dans ce cosmos si désagréable parce qu’appartenant à Athéna avait atteint son cœur.
Il allait vite, il le sentait… Mû n’aimait pas se rendre compte qu’il bougeait sans rien contrôler. Ce n’était pas normal. Il tenta de lever un bras, mais il ne sentait plus rien. Enfin si, il sentait du froid sur une moitié de son visage, et du chaud sur l’autre. Mais il ne pouvait rien bouger, rien contrôler, et il détestait ça.
Le chevalier se sentait engourdi par le froid, même son cerveau stagnait sur la même observation au lieu de se demander comment il bougeait. Sous sa joue gauche, il avait l’impression de reposer sur de la fourrure très douce… et il se sentait giflé de cristaux glacés sur l’autre. L’Atlante fit une faible grimace lorsqu’il sentit que son esprit s’évadait encore vers l’inconscience. Non, il voulait d’abord savoir ce qui lui arrivait… Dans un effort désespéré, Mû entrouvrit les yeux pour les fermer aussitôt. Le paysage défilait trop vite devant lui, et une brève vision de pattes puissantes qui galopaient ne l’avait pas rassuré, loin de là. Ce simple mouvement le vida des dernières forces qu’il lui restait, et l’homme perdit à nouveau connaissance…
Peu à peu, le félin ralentit le rythme, une buée blanche rapide s’échappant de sa gueule. Il plissa les yeux en voyant devant lui un trou noir se dessiner. Il avait enfin atteint son repère que les hommes les plus aguerris ne pouvaient même apercevoir. Le fauve blanc marcha d’un pas tranquille à l’intérieur de la grotte, savourant l’air glacial et calme autour de lui. D’un soubresaut des épaules, il se débarrassa distraitement de son fardeau avant de se souvenir que le fardeau en question était blessé. Il poussa un grognement et se retourna vers le corps allongé qui n’avait pas émis un seul son à l’encontre de la lourde chute.
Il retourna d’une patte le chevalier pour le mettre sur le dos et abandonna son idée première qui était de le soigner. De toute manière, dans environ une heure l’humain mourrait de froid, bien avant de mourir par ses blessures. Le Dieu se retourna vers le fond de la grotte profonde et s’y dirigea toujours calmement, ramenant dans sa gueule des fagots de bois liés solidement. Par des mains humaines. Il le jeta négligemment vers un trou aménagé au centre et dirigea son regard impassible sur les branches sèches. Quelques secondes plus tard, un feu chaleureux éclairait toute la grotte. Le fauve rapprocha l’humain juste à côté du feu, puis l’éloigna en voyant ses vêtements roussir. Ces humains étaient bien fragiles…
Il fourra son museau dans le cou de l’homme et plissa une nouvelle fois ses yeux en constatant que la température ne changeait pas vraiment. Ca n’allait pas être suffisant… Alors tout naturellement, il se plaça au-dessus du corps et s’allongea dessus en prenant garde à ne pas l’écraser puisqu’il faisait à peu près quatre fois son poids. Il fléchit précautionneusement les pattes et laissa sa fourrure épaisse faire le reste du travail. Le fauve continua à inspirer l’odeur si particulière, caractéristique des Atlantes.
Il n’avait rencontré qu’un seul de ces êtres étranges par le passé, et cette odeur de poudres, de lys et de… de quelque chose d’autre qu’il ne parvenait pas à identifier le fascinait. Et surtout l’absence d’odeur humaine. Le félin médita un long moment sur ces créatures étranges et se promit d’en savoir un peu plus là-dessus plus tard. Peut-être irait-il visiter un peu l’Atlantide…
Au bout de quelques heures, le Dieu se releva finalement en sentant le chevalier sous lui remuer légèrement, signe qu’il avait bien trop chaud à présent. Il guetta les expressions de son visage, crocs découverts, prêt à plonger au moindre signe menaçant. Sait-on jamais avec ces créatures bipèdes… mais l’Atlante se contenta de se crisper légèrement avant de redevenir calme en sentant la chaleur étouffante le quitter. Lentement, le fauve se détendit, puis quitta le chevalier pour observer son corps d’un œil critique. Il allait en avoir pour des heures de travail… Lâchant un gros soupir mais s’attelant néanmoins à la tâche avec intérêt, le Dieu tira près du blessé une cuve emplie d’eau dont il se servait habituellement, ainsi que plusieurs plantes cueillies doucement lors des brefs arrêts de son voyage.
Comme tout à l’heure, il referma ses mâchoires sur l’épaule du chevalier et tenta tant bien que mal de le redresser contre le mur en position assise. Après plusieurs minutes d’efforts, il se rendit compte que de toute manière, il ne pourrait pas le soigner avec ses pattes aux griffes tranchantes comme des lames de rasoirs. Perplexe, le fauve s’assit un instant et fixa le feu en méditant. Il n’avait pas pensé à ce léger problème…
Soudainement, il sursauta et secoua la tête. Son corps se tendit une minute, puis se relâcha. Aussitôt son apparence commença à changer. Son pelage disparut lentement, ses griffes se rétractèrent, remplacées par des ongles encore trop longs, et tout son corps s’amincit, se métamorphosant peu à peu. Face au feu se trouvaient maintenant deux hommes. L’un était mal en point, adossé contre le mur et du sang s’écoulait régulièrement de ses blessures.
L’autre était bien plus grand que la moyenne, semblait être taillé dans une armoire et possédait des cheveux blancs longs, de même que ses sourcils qui abritaient des yeux or au regard scrutateur et dérangeant. Il était complètement nu, son corps puissant parsemé de cicatrices. L’homme grogna, s’ébroua, passa une main maladroite dans ses cheveux et se dirigea une nouvelle fois dans le fond de la grotte pour en revenir vêtu d’une sorte de poncho en peau de bête, agrémenté d’une lourd cape et d’une capuche.
– J’avais oublié ce corps… grogna l’homme d’une voix basse et rauque.
Il s’éclaircit la voix avant d’attraper un bol empli d’herbes d’une main, et l’épaule du chevalier de l’autre. Il s’arrêta net en voyant une légère grimace déformer les traits du blessé et relâcha sa prise. Il n’avait pas l’habitude de côtoyer des créatures aussi faibles que les humains. Il agrippa la tunique de l’homme, ainsi certain qu’il ne le blesserait pas encore plus, puis le maintint droit ainsi. Il le fixait, l’observant attentivement lorsqu’il le secouait de temps à autre, comme pour voir comment bougeait son corps. Finalement il le reposa contre le mur et lui fit avaler de l’eau lentement, grognant légèrement sous l’effort qui lui réclamait cette douceur inhabituelle.
***
Suite de ce oneshot ici ! ;)
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