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''Etroite collaboration'' by Ariesnomu / Mu Saga 4 ever (décembre 2008)
Chapitre 7 : Investigations
Mais où est donc passé Saga ? Réponse ci-dessous ! (le pauvre ... ;D) Bonne lecture ! :)
Il reprit connaissance lentement, se réveillant avec de violents maux de tête, un contact dur et froid dans son dos, le corps affreusement courbaturé et engourdi, les bras fatigués et l'esprit embrumé.
Une douleur aigüe et lancinante lui vrillait la tête, comme si des aiguilles y enfonçaient leurs pointes acérées par intermittence, l'obligeant à garder les yeux fermés sous l'intensité de la torture infligée, les traits déformés par la souffrance.
Son corps lui semblait lourd et pesant comme un poids mort, vidé de toute énergie, ses bras lui faisaient mal et une douleur récurrente semblait lui déchirer les poignets comme si des couteaux tranchants y plantaient leurs lames effilées à intervalles réguliers.
Tous les muscles de son corps lui semblaient douloureux et horriblement ankylosés. Il eut vaguement conscience qu'il se trouvait en position verticale, bien qu'affalé, et que ses bras étaient relevés, mais ses jambes engourdies le soutenaient à peine, il était prêt à tomber et ne savait par quel miracle il tenait encore debout.
Il inspira profondément et fronça les narines, frappé par une odeur d'humidité et de renfermé, et son corps fut parcouru par un long frisson sous la sensation de fraîcheur qui sembla soudain agresser chaque pore de sa peau réveillée.
Puis la douleur dans sa tête sembla s'estomper et il ouvrit lentement les yeux, au prix d'un effort considérable qui lui parut presque surhumain. Ses paupières étaient si lourdes... Et lorsqu'enfin elles se relevèrent pour découvrir ses orbes verts, ses pupilles ne rencontrèrent que l'obscurité.
Il réalisa cependant qu'il était bel et bien adossé tout contre un mur, sa tête lourdement appuyée sur son épaule et son avant-bras gauches, ses deux bras relevés en croix de chaque côté.
Instinctivement, il releva la tête et voulut bouger pour adopter une position plus confortable, mais il reçut instantanément une vive douleur aux poignets et aux mollets qui lui arrachèrent un cri de surprise autant que de douleur, tandis qu'un bruit métallique de chaînes résonna comme en écho dans un cliquetis macabre et froid, amplifié par le silence glacial qui régnait, et que quelque chose de dur et compact comprimait douloureusement son ventre et ses cuisses, immobilisant et retenant implacablement son corps tout contre le mur.
Il baissa la tête et força ses yeux à s'accoutumer à la pénombre. Il devina bientôt une lourde gaine de métal qui enserrait sa taille et son bas-ventre, le maintenant prisonnier et empêchant tout mouvement de son bassin.
Quant à ses jambes, il sentit qu'elles étaient fermement enserrées par du métal au niveau de ses cuisses et retenues par des chaînes enroulées autour de ses mollets, solidement arrimées au mur à hauteur de ses genoux et de ses chevilles, les immobilisant ainsi complètement.
Enfin, deux puissants anneaux de métal retenaient ses poignets contre le mur froid de part et d'autre au-dessus de sa tête. Il sentait la morsure glaciale du métal lacérer ses poignets où un filet de sang frais s'écoulait en recouvrant le sang séché qui zébrait sa peau bronzée, déjà durement martyrisée pendant la durée où il avait perdu connaissance.
Serrant les dents et concentrant le peu de forces qu'il ressentait dans son corps perclus de douleurs et engourdi, il redressa avec précaution son corps légèrement affaissé dans son sommeil pour se tenir droit et prendre un meilleur appui sur ses jambes, puis il essaya à nouveau de bouger pour se libérer, tirant comme un forcené sur les chaînes et les anneaux de métal pour les arracher au mur, mais ce fut peine perdue, et dans le fracas métallique des chaînes qu'il secouait avec toute son énergie, il ne gagna qu'une nouvelle série de blessures vives à ses poignets et des meurtrissures à ses mollets à travers l'épais tissu de son pantalon, qui lui arrachèrent des feulements rauques de frustration et de douleur mêlées.
Il finit par renoncer et s'immobilisa, pantelant et reprenant péniblement son souffle. Il tenta alors d'analyser la situation et d'inspecter l'endroit où il se trouvait, tous ses sens désormais en éveil.
Où se trouvait-il ? Depuis combien de temps ? Et comment était-il arrivé là ?
Un silence sépulcral régnait. Seuls résonnaient le son de sa propre respiration devenue rauque et le bruissement de ses vêtements ou de ses cheveux lors de ses mouvements, ou l'infernal cliquetis métallique des chaînes qui le retenaient, aussi dur et froid que le métal, faisant écho ainsi en le narguant à sa respiration haletante et à ses rugissements sous la douleur et l'effort dans ses vaines tentatives de se libérer.
Il ne perçut aucune autre présence que la sienne, aucun son et aucun mouvement.
Il était seul dans une pièce vide et humide, entouré de murs dépourvus de fenêtre et plongé dans l'obscurité.
Il inspira profondément et ferma les yeux, et fit alors appel à son cosmos pour le déployer et se débarrasser de ces chaînes et de ces gaines métalliques une bonne fois pour toutes. Mais à sa grande surprise, il ne ressentit rien d'autre qu'un grand vide en lieu et place de son puissant cosmos.
Son coeur manqua un battement et ses yeux se rouvrirent en s'écarquillant de stupéfaction.
Comment ?! Fronçant les sourcils, il recommença, encore et encore, écarquillant de plus en plus les yeux dans l'obscurité sous la stupeur et l'incompréhension, se concentrant davantage et avec acharnement pour retrouver cette sensation unique et si caractéristique, cette partie de lui qui avait grandi en lui et coulait en lui dans ses veines et dans son sang, ce flux d'énergie semblable à aucun autre, apaisant et si puissant, dans lequel il puisait toute sa force et son énergie, qu'il pouvait sublimer à volonté, faire brûler et exploser pour faire face aux situations critiques les plus extrêmes, de ses seuls poings, de sa seule volonté...
Mais tous ses efforts furent vains. Une vague de panique commença à s'emparer de lui, le faisant transpirer, les yeux exhorbités par l'angoisse et l'effroi, le coeur battant à tout rompre, la respiration agitée et le souffle de plus en plus court. Mais malgré toutes ses tentatives réitérées, il ne parvint pas à appeler son cosmos. Une vague de désespoir le submergea soudain.
Son cosmos avait disparu.
Non, non, ce n'était pas possible... Il devait être en train de rêver, cela ne pouvait être autrement...
Un cauchemar... C'était sûrement ça... Il allait bientôt se réveiller. Pourtant, tout cela lui semblait si réel, si horriblement réel...
Mais comment était-ce possible ? Ou était-ce une illusion ? Il tenta de se raisonner et se concentra à nouveau, réfutant cette abomination inconcevable et sans nom... Mais sans plus de succès. Plus il essayait, plus son cosmos semblait lui échapper en le narguant, comme des volutes de fumée insaisissables au vent frémissant.
Il ne renonça pas pour autant. Il devait y avoir une explication. Il devait rêver et allait bientôt se réveiller... Mais pourtant...
Il ferma les yeux et se concentra pour tenter de déterminer ce qui pouvait provoquer cette sensation de vide intense là où normalement son cosmos était bien vivant en lui et fluide. Lui, le maître des illusions, allait bien trouver une explication rationnelle...
Entre rêve et réalité, il fit un effort pour fouiller dans son psychisme et plongea inconsciemment dans sa mémoire, tentant de se remémorer ce qui s'était passé et de reconstituer le fil des évènements, comment il avait pu atterrir ici, avec cette sensation déplaisante et si réelle de se trouver enchaîné, dans un lieu obscur et dépourvu de son cosmos... Son esprit cotonneux erra vaguement dans une brume épaisse pendant un moment, avant qu'un souvenir cohérent lui revînt enfin...
Il s'était rendu l'autre soir au rendez-vous que lui avait fixé Minos... Il était arrivé au point de rendez-vous un peu en avance et avait attendu le griffon, scannant les environs pour détecter sa venue et prêt à appeler son armure si nécessaire. Il se méfiait du Juge, il était bien capable de venir avec son surplis pour se venger de lui, après leur petite baston qui avait tourné court la veille et où, il devait bien le reconnaître, il avait pris le norvégien en traître... Alors, connaissant l'orgueil du griffon et son sadisme au combat dont son frère avait fait les frais durant la guerre contre Hadès, il s'attendait à tout...
Il avait perçu une aura ténue mais malveillante se rapprocher et avait entendu un bruissement dans les feuillages derrière lui. Il s'était vivement retourné et tenu prêt, sur le qui-vive, guettant l'arrivée du Juge en provenance du bois qui bordait l'arrière du village... Mais il s'était juste agi d'un oiseau, d'un vulgaire corbeau qui s'ébrouait dans les branchages en sautillant de son vol gauche et maladroit d'un arbre à l'autre.
Il n'avait pu s'empêcher de sourire en le voyant... Oiseau de mauvais augure ! Il lui avait vraiment fait croire que c'était Minos qui arrivait !
Il s'était alors retourné en se fustigeant pour scanner les alentours et puis sans prévenir et sans l'avoir vu venir, il avait ressenti un impact suivi d'une violente douleur, vive et intense qui l'avait paralysé. Il s'était effondré et très vite, un voile noir avait brouillé sa vue et tous ses sens. Il avait juste eu le temps d'entrapercevoir une silhouette floue et encapuchonnée se pencher vers lui et quelque chose briller avant de perdre connaissance...
Et maintenant, il se trouvait là, enchaîné et maintenu prisonnier dans cette pièce vide, seul et dans l'obscurité, sans plus ressentir une seule once de son cosmos...
Qu'est-ce que cela signifiait ? Où était-il et qui le retenait ainsi ? Qui pouvait parvenir à lui faire croire que son cosmos avait disparu ? Pouvait-ce être Minos ? Mais à sa connaissance, il n'était pas doté de pouvoir psychique et le griffon devait être surveillé par Mû, il ne pouvait quand même pas prendre ce risque... Avait-il commandité sa séquestration, puisque c'était bien de cela dont il s'agissait, à un de ses sbires des Enfers ? Aurait-il osé braver l'accord de paix entre Hadès et Athéna ? Aurait-il osé prendre ce risque sur les terres-même de la Déesse protectrice de la Terre, à l'encontre de la volonté du Seigneur et maître qu'il devait fidèlement servir ? Le griffon était-il retors et machiavélique à ce point ? Juste pour mettre la main sur le bélier ?
Non, cela n'avait aucun sens. Ou alors, le griffon était complètement fou et aveuglé par la passion et son orgueil mal placé.
Puis il entrevit soudain une solution. Comment n'y avait-il pas pensé plus tôt ? Il appela tout simplement son frère par leur lien psychique. C'était élémentaire ! Mais à sa grande surprise, il ne parvint pas à joindre son jumeau, se heurtant comme à un mur invisible lorsqu'il étendit son esprit à la recherche de celui de son frère.
Il fronça à nouveau les sourcils, perplexe.
Il appela alors son armure. Il l'avait vérifiée avant de se rendre au rendez-vous fixé par Minos, et l'armure l'avait revêtu même au-delà de la mort devant le Mur des lamentations. Elle le retrouverait bien, elle, où qu'il soit, et viendrait à lui, obéissant fidèlement à sa volonté. Le lien qui unissait un chevalier à son armure était indéfectible, jusque par-delà la mort, elle obéissait à son esprit qui restait présent dans la constellation qu'elle représentait elle aussi lorsqu'il en devenait une étoile et demeurait ainsi soumise à sa volonté.
Il étendit à nouveau son psychisme vers la protection dorée représentant son signe zodiacal mais ne parvint pas davantage à joindre la fidèle vêture d'or. Quelque chose semblait bloquer sa connexion avec son armure tout comme avec son frère. Une nouvelle vague d'angoisse le saisit.
Il chercha alors à appeler Athéna, sa déesse. Ce lien-là était indestructible et inaltérable, fortifié par sa foi profonde et son dévouement inconditionnel envers sa déesse, à qui il avait à nouveau juré allégeance et fidélité à genoux lors de leur résurrection. Ce lien-là, nul ne pouvait le détruire et aucune force ne pouvait s'y opposer. A travers les monts et les océans, quelle que soit la distance, quel que soit le lieu, sous-marin ou souterrain, elle l'entendrait bien à travers son cosmos, elle.
A nouveau, il déploya son esprit à la rencontre de la seule personne sur terre capable de le retrouver et de lui insuffler cette énergie et ce souffle homérique capable de donner des ailes à n'importe lequel de ses protecteurs où qu'il soit et quel que soit son état, appelant le cosmos divin qui partout le localiserait, mais à nouveau, il eut la même sensation désagréable de se heurter à un mur invisible qui stoppait net tous ses élans psychiques.
Abasourdi, il resta comme tétanisé par cet état de fait.
Qui pouvait bloquer à ce point son psychisme ? Qui et comment ? Et pourquoi ?
Comme pour lui répondre, un bruit sourd et lugubre de métal et de bois résonna soudain, claquant sèchement en se répercutant de façon sinistre dans la pièce vide, amplifié par le silence glauque et pesant, bientôt suivi par le grincement sinistre d'une lourde porte qui s'ouvre dans un long crissement plaintif et sans fin.
Une lumière ténue s'infiltra dans la pénombre de la pièce dans laquelle il était plongé, révélant un haut mur de pierre, puis des bruits de pas résonnèrent sur le sol froid et bientôt une silhouette sombre et encapuchonnée se détacha dans la semi-obscurité, porteuse d'une torche enflammée qu'elle accrocha derrière elle au mur avant de s'approcher doucement de son prisonnier, le visage caché dans l'ombre de sa capuche.
Une sorte de gloussement rauque se fit entendre, avant qu'une voix rocailleuse et masculine ne brisât le silence pesant et froid :
– Alors, mon jeune ami, tu as bien dormi ?
Ce n'était pas la voix de Minos. A moins qu'il utilisât un appareil pour déguiser le timbre de sa voix. Mais il ne reconnaissait pas non plus son aura.
Ebloui par la lumière soudaine distillée par la torche juste en face de lui, Saga avait plissé les yeux et ne répondit pas.
Quelque chose brilla alors au niveau du cou de l'inconnu et Saga sentit immédiatement les maux de tête revenir à la charge, plus aigüs que jamais, le faisant crier en se tordant de douleur comme il le pouvait le long du mur où il était retenu prisonnier, ouvrant de nouvelles blessures vives à ses poignets déjà meurtris et à son corps engourdi, tandis qu'un ricanement sinistre et gras résonnait dans la pièce, se répercutant sans fin sur les épais murs de pierre lisses et froids.
– Ha ha ha ha ha ! Tu essayais de me faire croire que tu n'étais pas réveillé, n'est-ce pas ? Mais tu as tant de choses à me dévoiler et à faire pour moi... Mon jeune ami... Tu crois donc pouvoir me duper ?! Comme c'est vilain... Pour la peine, tu seras puni...
L'inconnu s'approcha, diffusant brusquement son aura malveillante qui sembla frapper le gémeau comme un coup de fouet.
Deux yeux jaunes effilés et mauvais brillèrent dans la pénombre, tels ceux d'un prédateur affamé, tandis qu'un sourire cruel et cynique s'esquissait sur les lèvres cadavériques du peu qu'il distinguait du visage de l'individu à contre-torche.
Il y eut un mouvement rapide puis il sentit une piqûre dans son bras gauche, suivie immédiatement d'une douleur épouvantable et aigüe qui lui parcourut le bras et se propagea dans tout son corps avec une violence et une acuité inouïes.
Il sut alors qu'il ne rêvait pas et qu'il ne s'agissait pas non plus d'une illusion.
Il hurla, recevant pour seule réponse un sourire sournois et cruel doublé d'un rire caverneux et sinistre qui emplit toute la pièce, couvrant ses hurlements de douleur en résonnant indéfiniment sur les impassibles murs de pierre.
***
Retour au présent, Sanctuaire :
Mû se téléporta avec Minos et Kanon à l'entrée du Sanctuaire et de là demanda une audience en urgence à Shion par télépathie. Celui-ci la leur accorda immédiatement, compte tenu des circonstances, et ils montèrent tous les trois en toute hâte au palais du Pope, avec les restes du corbeau, la lettre et l'enveloppe.
Ils exposèrent rapidement la situation à tour de rôle, à commencer par Kanon, puis Minos qui expliqua qu'il n'avait absolument rien à voir avec la lettre et enfin Mû qui présenta à son ancien maître les restes du corbeau et du collier à miroir que l'oiseau portait et par lequel il avait apparemment été tué.
Shion étudia attentivement la lettre et l'enveloppe, la sondant à son tour, ainsi que le cosmos ténu qui émanait encore des restes de l'oiseau et de l'étrange collier qui l'avait ceint. Il eut la même sensation que Mû : un cosmos étranger et malveillant s'en dégageait, qu'il ne parvenait pas à identifier malgré ses 261 années d'expérience.
Lui-même étendit ses pouvoirs psychiques à la recherche de Saga mais ne trouva nulle trace du gémeau sur l'île.
Mais tandis qu'il faisait léviter le collier à miroir devant lui pour mieux l'étudier, les deux chevaliers d'or et le Juge qui lui faisaient face aperçurent alors des traces de symboles au dos du miroir reconstitué. Il le retourna avec précaution et ils les observèrent attentivement tous les quatre, tentant de les déchiffrer, mais ils étaient difficiles à visualiser à cause des traces d'éclats, des rayures et des brûlures occasionnés par l'éclair qui en avait surgi pour désintégrer l'oiseau.
Shion décida d'informer Athéna de la disparition de Saga sans attendre. Il se rendit dans ses appartements privés pour lui demander audience pendant que Mû, Kanon et Minos attendaient seuls et angoissés dans la grande salle du Pope dans un silence pesant, trop inquiets pour oser se regarder ou échanger un seul mot.
Saga était un chevalier très puissant, probablement l'un des plus puissants de l'ordre d'Athéna, polyvalent et complet. Comment pouvait-il avoir disparu sans laisser de trace ? Et comment était-il possible que ni son frère jumeau auquel il était psychiquement lié, ni même le Pope ne puisse entrer en contact avec lui ?
Etait-il possible que... Arlès soit revenu et l'ait à nouveau aliéné ? Ou pire... que Saga ait totalement... disparu ?... Mais comment ? Et qu'est-ce que c'était que ce cosmos inconnu ?... Et cet étrange collier aux symboles non identifiés...
Shion revint bientôt accompagné de la jeune déesse qui souhaita voir elle-même les éléments rapportés pour les sonder à son tour, mais elle ne put davantage identifier les bribes du cosmos qui commençaient à s'estomper.
Elle tenta également d'entrer en contact avec Saga par le biais de son cosmos qui normalement pouvait toucher n'importe lequel de ses chevaliers où qu'il soit, mais elle ne parvint pas non plus à le joindre ni à le localiser.
Kanon blêmit violemment et Mû n'en menait pas beaucoup plus large, même s'il ne montrait pas ses sentiments, au prix d'un effort considérable sur lui-même.
Ils se tournèrent tous vers Minos qui proposa immédiatement de contacter Eaque pour s'enquérir de l'arrivée ou non du gémeau dans les Enfers...
Athéna abaissa alors son cosmos pour permettre à Mû de se téléporter au premier temple et rapporter la petite radio avec laquelle le griffon contactait quotidiennement son confrère.
Mais Eaque dut se renseigner car il n'était pas de permanence au Tribunal, que se partageaient Rhadamanthe et Rune en l'absence de Minos.
L'attente ne dura que quelques minutes, mais elle leur parut insupportablement longue et interminable, et il s'avéra finalement que l'âme de Saga n'avait pas pénétré le Royaume d'Hadès. Pas encore...
Ils émirent tous un soupir de soulagement. Ils pouvaient donc raisonnablement supposer que Saga était toujours en vie. Mais n'avoir aucune nouvelle de lui et ignorer où il se trouvait n'était cependant guère rassurant et il fallait le retrouver au plus vite. Mais comment ? Sans plus d'information que les maigres indices dont ils disposaient...
Qui avait envoyé cette lettre à Saga et dans quel but ? Et est-ce que le gémeau avait découvert quelque chose en se rendant à ce mystérieux rendez-vous et suivait-il une piste ? Mais pourquoi était-il injoignable, dans ce cas ? Etait-ce parce que Athéna avait donné l'ordre de ne quitter le Sanctuaire sous aucun prétexte et qu'il avait préféré suivre sa piste sans en référer à quiconque ? Et comment dans ce cas arrivait-il à se cacher d'Athéna ?
Mû demanda alors à Kanon à voir l'armure des gémeaux. Il voulait essayer quelque chose... Le résultat n'était pas garanti mais au point où ils en étaient, ils n'avaient rien à perdre à le tenter.
Il retourna avec lui au temple des gémeaux et Kanon sortit l'armure de l'urne pour Mû. Celui-ci s'en approcha. Il ferma les yeux et se concentra intensément pour sonder l'armure d'or et tressaillit en sentant le cosmos de Saga imprégner le métal et se déverser sur lui. Mais il ne s'agissait que des souvenirs de l'armure. Ils semblaient si vivaces, cependant... Comme si le gémeau était présent auprès d'eux. Ce qui n'était pas le cas.
Mû calma ses esprits et se concentra à nouveau pour entrer en harmonie avec l'armure, se trouver en phase avec elle et l'inciter à rechercher son porteur. En effet, les armures obéissant à la volonté de leurs porteurs lorsqu'ils étaient parfaitement accordés, quand un chevalier avait besoin de sa protection, même sans être télépathe, il pouvait faire appel à elle d'où qu'il fût et elle se dirigeait aussitôt vers lui, guidée par leur lien et son cosmos. En l'occurrence, c'était à lui de provoquer la recherche du chevalier par son armure, par sa capacité héritée de ses origines atlantes à communiquer avec toutes les armures, quelles qu'elles soient, pour qu'elle établisse le contact avec son propriétaire du moment.
Il essaya pendant de longues minutes sous le regard inquiet de Kanon, mais sans succès, comme malheureusement il s'y attendait. Tout comme Athéna n'était pas parvenue à joindre Saga, il n'arrivait pas davantage à établir la connexion entre l'armure des gémeaux et Saga, ce qui n'était guère rassurant.
Il rouvrit les yeux et se tourna vers Kanon qui le fixait, anxieux, à la fois plein d'espoir et d'inquiétude. Il le regarda d'un air désolé en lui faisant un petit signe négatif de la tête.
Mais il restait la solution des souvenirs que pouvait conserver l'armure d'or... En effet, l'armure gardait en mémoire tout ce qui la liait à son porteur, alors, peut-être que...
Mû se concentra à nouveau en fermant les yeux, calmant sa respiration qu'il sentait malgré lui devenir saccadée et les battements de son coeur qu'il sentait s'accélérer sous l'angoisse de ne pouvoir localiser le gémeau.
Il entra à nouveau en communion avec l'armure d'or, pour sonder sa mémoire, cette fois, et tria les souvenirs de ses derniers porteurs dont elle gardait la trace, démêlant ceux qui étaient liés à Saga de ceux qui se rapportaient à Kanon.
Il se concentra alors sur les derniers souvenirs liés à l'ainé des gémeaux...
Il entrevit d'abord un épais voile noir, puis un rai ténu de lumière apparut au-dessus de sa tête et se transforma soudain en un voile plus clair, au-dessus de la ligne de séparation marquée par le faible rayon.
Il distingua des bords droits et réguliers qui l'entouraient et le plongeaient dans la pénombre sous la ligne de leur bordure, et remarqua des motifs géométriques familiers disposés partout sous ce liseré, puis il perçut un léger froissement de tissu et un mouvement au-dessus de lui dans la semi-obscurité silencieuse.
Une main s'approcha par le haut puis bientôt apparut le visage de Saga qui l'observait. Son visage était serein, presque satisfait, à demi-baigné par une lueur frêle. Derrière lui se détachait une fenêtre haute qui laissait faiblement passer une lueur blanche et ténue. On aurait dit la pâle luminescence de la lune. Il semblait donc se trouver dans une pièce sombre éclairée par la seule lumière opaline de l'astre nocturne.
La main sembla le toucher et il sentit le cosmos de Saga se déverser en lui, sa force et sa puissance communiquée avec assurance entrant en résonnance avec lui, et toute la confiance du gémeau dirigée vers lui, comme si celui-ci posait sa main sur lui avant quelque chose d'important en espérant pouvoir compter sur lui prochainement.
Mû comprit qu'il vivait un moment partagé entre le gémeau et son armure, du point de vue de celle-ci, du fin fond de son urne que Saga venait d'ouvrir, impression renforcée par les motifs géométriques bordant le haut des parois sombres qui l'entouraient et qu'il distinguait maintenant parfaitement, ses yeux s'étant habitués à la pénombre. Il s'agissait de l'exacte réplique des gravures extérieures de l'urne des gémeaux. Son impression lui fut confirmée lorsque la pénombre fondit à nouveau sur lui par le haut et que dans un cliquetis métallique aussi léger que soudain, l'épais voile noir initial revint.
Il ne distingua plus rien pendant quelques instants, puis au bout d'un moment, il ressentit comme une légère alerte, comme si l'armure recevait une alarme et se tenait sur le qui-vive, prête à intervenir à l'appel de son maître, toujours plongée dans la pénombre intérieure de son urne.
Puis bientôt, une image se forma devant lui. Il reconnut l'arrière du village de Rodorio baigné dans l'obscurité, faiblement éclairé par la lune qui parvenait à peine à transpercer les nuages sombres, puis l'image se déplaça en tournant comme s'il s'agissait d'une caméra effectuant un mouvement circulaire pour balayer les lieux.
L'endroit était apparemment désert et un silence religieux semblait y régner.
L'image se stabilisa puis reprit son mouvement en sens inverse, beaucoup plus lentement, jusqu'à s'arrêter. Mû sentait tous les sens de Saga en éveil à travers leur résonnance dans l'armure d'or.
Voyait-il à travers l'armure et le lien de celle-ci avec son porteur ce que Saga observait de ses yeux ? Il était vrai que pour localiser son chevalier, l'armure se guidait à son cosmos mais également à ce que le chevalier voyait pour éviter les obstacles. Saga était apparemment entré en résonnance avec son armure pour qu'elle se tienne prête à intervenir à son appel et leur lien lui transmettait tout ce qu'il percevait.
Puis soudain, l'image tourna et vacilla brutalement, devenant brusquement floue, le décor sembla basculer et s'inverser, et ce fut le sol sec et pierreux qui occupa le premier plan de son champ de vision. Puis, sans prévenir, ce fut l'obscur ciel brumeux et tourmenté qui le remplaça, à peine éclairé par les lointaines étoiles qui tentaient de percer l'épais velours des nuages sombres qui défilaient, encadrés par les troncs effilés des hauts pins vus d'en bas.
Saga était-il tombé ? Une étrange sensation de torpeur et de flottement envahit Mû, qui se concentra davantage mais ne ressentit aucun appel du gémeau vers son armure, qui à travers leur lien restait passivement spectatrice de ce que son porteur vivait.
Puis quelque chose sembla bouger sur la droite, alors que l'image se brouillait de plus en plus. Dans un dernier effort, elle redevint un peu plus nette un bref instant, et Mû distingua une forme sombre encapuchonnée s'approcher et se pencher vers lui. Quelque chose brilla devant lui, juste au niveau du cou. Un rai de lune la rencontra soudain lorsque la forme se pencha et un médaillon apparut, sombre et brillant.
Il était rond, apparemment fait de métal à en juger par son éclat, et semblait ancien, soigneusement travaillé et porteur de divers symboles profondément gravés.
Mû écarquilla les yeux de surprise et suffoqua en reconnaissant le symbole principal qui ornait pratiquement toute la surface du disque métallique.
C'était l'oeil de Râ.
Puis l'image se brouilla à nouveau et l'épais voile noir initial revint.
***
Suite du chapitre ici. ;)
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