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''Etroite collaboration'' by Ariesnomu / Mu Saga 4 ever (janvier 2009)
Chapitre 8 : Enquête conjointe
– Alors, où est-ce qu'on se retrouve avec Kagaho et Pharaon ? – demanda Mû en observant le désert à l'horizon.
– Ce n'est plus très loin... – répondit Minos – Ils ont aménagé une planque dans le sous-sol d'une vieille usine désaffectée aux abords extérieurs de la ville où on pourra dormir la nuit. On pourra surtout y aller et venir en toute discrétion sans se faire remarquer, par les tunnels des égouts. Ce n'est pas le grand luxe mais il y a les commodités minimales...
– De toute façon, on sera plus souvent à l'extérieur qu'à l'intérieur...
– Oui, c'est clair, mais ça nous permettra d'avoir d'un pied-à-terre pour faire le point et étudier au calme le plan de la région en fonction de ce qu'on aura trouvé, le mettre à jour et décider des lieux où mener les investigations. Et puis, on pourra aussi observer le ciel dans de bonnes conditions, loin des lumières de la ville et sans se faire remarquer. Ils ont sondé les environs, il n'y a pas de rôdeurs, même pas un serpent ni un scarabée ou un scorpion qui traîne dans le coin, même la nuit où ils sont habituellement de sortie !... Tant mieux, parce que j'ai horreur de ces bestioles ! – ajouta le griffon avec une légère grimace de dégoût.
Mû ne put s'empêcher de sourire malgré l'inquiétude qui le minait au sujet de Saga. Lui non plus ne raffolait pas de ces braves petites bêtes qu'il avait vues pour la première fois en Grèce à son arrivée au Sanctuaire, un peu avant ses sept ans. Elles avaient certes leur utilité, comme le lui avait expliqué son maître, mais bien qu'elles aient attisé sa curiosité lorsqu'il les avait découvertes avec son regard d'enfant, il n'en aurait pas fait un élevage, c'était clair. Au contraire de Milo qui, par la force des choses, était fasciné par les scorpions et avait dû étudier de près ces arthropodes que représentaient son armure et sa constellation, et dont le puissant venin était lié à l'attaque qu'il devait employer. Mû revit avec amusement le vivarium grouillant de ces bestioles étranges qu'il avait aperçu dans un coin du salon la première fois qu'il avait dû traverser le temple du Scorpion, alors accompagné de son maître Shion...
Un tout jeune enfant aux cheveux bleutés et bouclés s'amusait avec l'un des arachnides, qu'il tenait dans sa petite main et faisait courir sur son bras nu en l'observant attentivement de son regard bleu pétillant, une expression à la fois amusée, attendrie et émerveillée sur son visage rieur et espiègle. Mais il ne fallait pas se fier aux apparences, personne n'avait intérêt à se moquer ou à faire du mal à ces petites bêtes qu'il chérissait comme des animaux domestiques courants, car le diablotin, en plus d'être volubile et virulent en paroles, était également un petit coquin farceur toujours prêt à jouer un tour à quiconque il avait dans le collimateur, du haut de ses six ans. Mais ce n'était jamais bien méchant, c'était même parfois très drôle et même son maître avait des difficultés à se retenir de rire lorsqu'il devait le réprimander pour ses frasques.
Mais la voix du griffon tira le bélier de ces lointains souvenirs.
– Je crois que c'est par là... – annonça Minos en désignant une voie abandonnée en contrebas, au loin, qui s'engouffrait dans un tunnel – Tant mieux, ce soleil est en train de me tuer...
Il faisait une chaleur de plomb, encore plus écrasante et étouffante que celle qui sévissait en Grèce, ce qui n'était pas peu dire. L'air était de surcroît très sec, et un vent chaud et très poussiéreux soufflait contre eux, comme cherchant à les déshydrater doublement . Lui qui était habitué au froid et à l'humidité de son pays natal, il était servi !
Quant à la lumière, elle était extrêmement vive et éblouissante, presque aveuglante, le soleil brûlait et agressait dans toutes ses composantes en dardant impitoyablement ses rayons ardents et vifs sur ce pays aride qui avait été le berceau de la civilisation de cette partie du monde.
Minos souffrait moins cependant qu'il le craignait car fort heureusement, la chaleur était très sèche. Une chaleur moite telle qu'on en rencontre dans les régions tropicales et, pire, équatoriales, l'aurait déjà achevé, et finalement, il avait été entraîné en quelque sorte aux températures élevées par son petit séjour en Grèce.
Ils marchaient tous les deux côte à côte, couverts de la tête aux pieds de vêtements amples en lin pour protéger leurs corps de l'exténuante chaleur environnante, utilisant pour ce faire les épaisseurs de tissus pour emprisonner l'air, le meilleur isolant thermique qui puisse exister, enveloppés dans une longue cape couleur sable pour se fondre dans le décor et la tête enfouie dans leur capuche qui ne laissait entrevoir que leurs yeux, qu'ils maintenaient plissés à cause de la lumière ardente du soleil et du vent sec et poussiéreux. Le côté positif de ce dernier était qu'il effaçait leurs traces de pas surle sol.
Ils étaient arrivés aux portes du désert et leur regard balaya l'immensité désolée et aride qui s'étendait devant eux à perte de vue, laquelle se brouillait au loin, comme si une fine nuée faisait onduler et danser la ligne d'horizon.
A l'issue d'un rapide briefing tenu avec Shion et Athéna à mi-journée, pour leur permettre de prendre un repos répérateur en matinée, après leur longue nuit passée à observer le ciel étoilé, ils étaient arrivés en fin d'après-midi pour ne pas être trop gênés par la chaleur. Mais celle-ci demeurait néanmoins redoutable, ce qui promettait pour les jours à venir.
Ils avaient prévu toutefois d'enquêter en surface essentiellement tôt le matin et en soirée, pour effectuer des repérages, et d'arpenter et étudier les labyrinthes et passages secrets menant à divers lieux stratégiques et temples dans la journée. De plus, pour gagner du temps sans trop se faire remarquer, car certaines régions étaient très touristiques ou habitées, Mû allait les téléporter tous les deux d'un point à l'autre une fois qu'ils auraient repéré les lieux, ce qui allait leur faire considérablement gagner du temps et limiter leur exposition à la chaleur étouffante de la journée. Et éviter également de laisser des traces de leur passage. Car ils étaient en terrain ennemi. Si déjà Isis et Osiris s'étaient réincarnés, nul doute que leurs protecteurs veillaient.
Bien sûr, ils mettraient leur cosmos en veilleuse mais ne connaissant pas le visage de leurs adversaires, qui devaient disposer de nombreux points d'observation et de guet, il était impératif de limiter leurs déplacements physiques.
D'autant qu'en dehors des villes et autres lieux habités, ils pouvaient difficilement se faire passer pour des touristes, n'étant que deux et non motorisés. Avait-on déjà vu des touristes s'aventurer seuls, sans guide et à pied dans les endroits les plus reculés et hostiles du désert ? Même les chasseurs de temples et pilleurs de tombes s'organisaient en bandes et étaient équipés.
Ainsi, ils étudieraient la topographie des lieux et les sonderaient depuis les hauteurs le matin et le soir, repérant les points où mener leurs investigations ainsi que les endroits où ils pourraient apparaître et disparaître à l'abri de tout regard indiscret, car si Mû pouvait se téléporter sans aucun problème, il avait besoin de connaître le point d'arrivée pour se repérer dans l'espace si la destination était très éloignée et n'était pas visible à l'oeil nu.
Ce fut d'ailleurs ce qu'il fit en visualisant la voie abandonnée en contrebas. Il observa et sonda les alentours en se retournant pour s'assurer que personne ne pouvait les observer et noter leur étrange disparition par dématérialisation, ou leur apparition soudaine et inexpliquée plus loin. Certes, les mirages et hallucinations étaient loin d'être inhabituels dans le désert sous l'effet de la chaleur, mais mieux valait éviter d'attirer l'attention et la curiosité d'entrée ! Puis il prit la main de Minos et ils disparurent instantanément comme par enchantement, pour réapparaître une micro-seconde plus tard dans le tunnel, à l'abri du soleil.
Minos fut pris d'une légère sensation de vertige en sentant son corps se mouvoir ainsi dans l'espace. Il pouvait lui-même se déplacer à la vitesse de la lumière mais alors, il contrôlait tout et son corps ne perdait à aucun moment sa matérialité. Alors que là... Sentir son propre corps se... désagréger, pour ne pas dire se dissoudre, et traverser l'espace de façon aussi fulgurante sans rien contrôler, puis reprendre forme aussi vite qu'il l'avait perdue était extrêmement perturbant.
Instinctivement, il avait convulsivement serré la main du bélier dans la sienne. Pourtant, rien, mais absolument rien dans la vie ne l'effrayait, et Hadès ou Zeus savaient combien il était amateur de sensations fortes, toujours prêt à se lancer dans de nouvelles expériences même les plus farfelues, mais ça, c'était quand même extrêmement troublant et le plus étrange qu'il ait jamais connu. Mais pas déplaisant. Au contraire... C'était même assez excitant. Il se dit intérieurement qu'il n'était pas au bout de ses surprises avec son bélier. Ni de ses sensations... Ce qui le fit légèrement sourire par anticipation...
Pendant que Minos reprenait vaillamment ses esprits tout en rêvant éveillé de son séduisant compagnon et de ses étonnants pouvoirs atlantes, Mû sondait le long couloir sombre et vide devant eux, avant de se tourner vers le griffon en sentant sa main se desserrer autour de la sienne.
– Ca va ? – lui demanda-t-il avec préoccupation mais aussi une petite pointe d'amusement.
– Oui, oui, ça va, merci ! Je ne suis pas du tout habitué, mais ça va. Enfin, c'est une drôle de sensation, quand même !
– Tu t'y feras vite – lui répondit Mû avec un demi-sourire – On y va ?
– Oui, c'est bon, je suis remis de mes émotions ! Je bois juste un coup et on y va...
Ils rabattirent chacun la capuche qui les couvrait et burent une longue goulée à la gourde que chacun avait apportée. L'eau était devenue tiède mais comparée à la chaleur extérieure, elle leur parut malgré tout rafraîchissante, puis ils s'engagèrent dans le tunnel.
– Jusqu'où doit-on aller ? – demanda Mû.
– On suit le tunnel jusqu'au deuxième croisement, ensuite, il y a une petite porte dérobée sur la droite, on remonte le long des canalisations par là et ça devrait nous conduire à la cour intérieure de l'usine. Le bâtiment où se trouve la planque sera celui qui est situé derrière les silos.
Ils suivirent consciencieusement le chemin en s'éclairant d'une lampe-torche. Ils constatèrent avec stupéfaction que les murs étaient taggés en divers endroits, mais ils ne rencontrèrent pas de rôdeurs, ni même de petits rongeurs et ils parcoururent le tunnel en silence, marchant sur les rebords surélevés qui bordaient les côtés.
Minos ne put s'empêcher d'observer le bélier. Celui-ci regardait droit devant lui, le visage fermé et indéchiffrable, mais il le savait soucieux et préoccupé. Impatient surtout, même s'il ne le montrait pas, de se rendre dans la fameuse chambre secrète pour pouvoir comparer les traces de cosmos relevées par Kagaho et Pharaon avec celles du corbeau et de la lettre.
Comme pour le rassurer, et meubler aussi la conversation, il déclara :
– Kagaho et Pharaon nous attendent, ils nous accompagneront à la chambre secrète du temple de Râ puis ils partiront enquêter sur de nouvelles pistes, pendant que nous ausculterons la bibliothèque de Râ. J'espère qu'il y a toujours des traces de cosmos...
– Je l'espère aussi... – Mû répondit d'une voix neutre.
Ils poursuivirent leur chemin en silence puis après divers croisements et plusieurs montées, ils arrivèrent enfin à la bouche d'égout qu'ils pensait être celle donnant sur la cour de l'usine désaffectée. Ils soulevèrent la lourde plaque en fonte et s'extirpèrent du conduit, pour déboucher dans une cour vide en plein soleil, entourée de bâtiments longs et bas à la peinture délavée, aux portes défoncées et aux nombreuses vitres brisées. Il n'y avait pas âme qui vive alentour et seul le sifflement du vent sec et poussiéreux qui soufflait venait rompre le silence environnant. Ils repérèrent rapidement les imposants silos et les contournèrent, et aperçurent une longue bâtisse juste derrière.
La porte de la bâtisse s'ouvrit et un jeune homme brun et svelte aux cheveux mi-longs en sortit, suivi d'un autre, tout aussi jeune et mince et brun également mais coiffé au carré égyptien, qui resta en arrière en les observant tranquillement.
Le jeune homme à la chevelure d'ébène mi-courte se dirigea prestement vers eux.
– Seigneur Minos... – fit Kagaho en inclinant la tête en signe de respect et de salut – Chevalier du bélier... – ajouta-t-il à l'adresse de Mû.
– Voici Kagaho du bénou – le présenta Minos à l'intention de Mû– et Pharaon du sphinx – lequel se tenait plus loin et les salua de la tête.
– Je suis heureux de faire votre connaissance – leur dit Mû en les saluant de la tête et en leur adressant un sourire poli mais grave. Il ne les avait pas rencontrés, ces deux-là, lorsqu'il avait dû descendre aux Enfers pour récupérer les armures d'or.
– Nous aussi – répondirent les deux spectres en lui rendant poliment son salut.
Puis ils les invitèrent à entrer dans la bâtisse et leur firent visiter rapidement les lieux, au premier sous-sol, en commençant par les commodités, qui étaient les plus proches.
– Voici les toilettes et la salle d'eau – indiqua Kagaho en désignant une porte et en en ouvrant une autre, donnant sur une pièce étonnamment vaste comportant de nombreuses cabines de douches – C'est une ancienne usine chimique et les gens devaient se doucher à la fin de chaque journée, ce qui explique la présence d'une grande salle d'eau... On a rétabli l'alimentation en eau en trafiquant les vannes en amont, et on a raccordé l'électricité aussi en bidouillant les câbles électriques à l'extérieur avec les lignes à haute tension plus loin... Dans cette partie du bâtiment, il y avait aussi un local social et deux salles de repos, alors on les a aménagés en conséquence. On peut faire chauffer de l'eau, on a récupéré un four à micro-ondes et une gazinière aussi, ainsi qu'un vieux frigo. On l'a rempli pour la semaine... On a apporté des tasses, des assiettes et des couverts, de quoi laver et essuyer et des serviettes aussi pour la douche.
– On a apporté des matelas, des draps, et des couvertures chaudes également, car les nuits sont très froides ici, surtout si on veut observer les étoiles... Et de toute façon, il n'y a pas de chauffage, ils n'en avaient pas besoin ici, il ne travaillaient pas la nuit – ajouta Pharaon.
Minos eut envie de sourire, car contrairement aux deux spectres égyptiens, il n'était pas du tout frileux, en fier Norvégien qu'il était, et Mû, habitué à ses hautes montagnes himalayennes à plus de 6 000 m d'altitude, ne craignait pas le froid non plus. Ce qu'il regrettait grandement, d'ailleurs, il aurait bien aimé le réchauffer en l'entourant de ses bras et pelotonner son corps tout contre le sien...
Mais il ne désespérait pas. Avec la très forte amplitude thermique qui régnait dans le désert égyptien, pouvant atteindre plus de 50°C entre les températures caniculaires de jour et celles glaciales de nuit, il n'était pas impossible après tout qu'un petit échange calorifique soit le bienvenu, aussi bien pour lui-même que pour le bélier, d'ailleurs, lorsqu'ils observeraient les étoiles dans le ciel, assis et immobiles à scruter la voûte céleste pendant des heures... Car si lui était habitué aux températures hivernales, il n'était pas accoutumé aux différences drastiques de températures dans une même journée, au contraire du jeune Atlante qui y était entraîné avec le chaud climat de la Grèce.
Un prétexte idéal donc pour un rapprochement. Physique. Et romantique à souhait de surcroît, à observer ensemble les étoiles au-dessus d'eux. Seuls ou presque. Il s'arrangerait pour éloigner Kagaho et Pharaon. Qu'ils prennent un peu de repos dans le sous-sol pendant que lui et Mû étudieraient attentivement et consciencieusement le langage des astres...
Ou comment allier l'utile à l'agréable... Sauf que Mû penserait probablement au stupide gémeau pour lequel il se faisait un sang d'encre, même s'il essayait de ne pas le montrer.
Bah... A lui de lui faire oublier l'autre schizo durant leurs petits moments de repos et de transformer ces séances d'observation des étoiles en un moment plus... intime...
Ils passèrent ensuite dans l'une des salles de repos où, outre des tables et des chaises de récupération, il y avait deux petits matelas posés à même le sol recouverts de draps et de couvertures épaisses, et dans l'autre, un sofa et un grand matelas surélevé, couverts également de draps et de couvertures propres pliés sur chacun d'eux. Très clairement, les deux spectres avaient préparé cette deuxième salle pour lui et Mû.
Un sofa et un grand matelas...
Minos ne put s'empêcher de sourire. Oui, les nuits allaient s'avérer... très...intéressantes. Ils allaient faire chambre commune. Une avancée considérable par rapport à son séjour au Sanctuaire... Et qui sait... Matelas commun ? De plus, les deux salles de repos étaient éloignées l'une de l'autre, pour leur garantir encore plus d'intimité, étant séparées par plusieurs salles de tests et laboratoires où l'on pouvait encore voir de nombreux bacs et éviers scellés au mur ou au sol. L'une d'elles servait d'ailleurs au développement des photos que Kagaho et Pharaon prenaient, ils avaient apporté tout le matériel nécessaire pour ce faire.
Oui, le séjour ici s'annonçait sous des auspices des plus attrayants...
Ils firent le tour de la bâtisse pour se repérer puis observèrent les dernières photos que les deux spectres avaient prises, annotées de leurs commentaires, puis étudièrent la carte détaillée de la région et firent le point ensemble, puis ils se mirent ensuite en route en direction du temple abandonné de Râ.
***
Le temple était situé bien plus loin dans le désert, dans un canyon étroit et encaissé. Il était accessible depuis une caverne dont l'entrée était cachée par d'énormes éboulis. Il semblait que tout un pan de la montagne rocheuse s'était écroulé sur une largeur conséquente, dissimulant ainsi l'entrée de la grotte derrière une épaisse et longue rangée de gravats et de pierres. Probablement à dessein, à l'issue du départ du dieu jusqu'à sa prochaine réincarnation sur terre. Il y avait de nombreux éboulis identiques tout le long du canyon, pour donner le change et mieux garder secret l'accès au temple.
Kagaho et Pharaon avaient fini par localiser l'entrée à partir des indices fournis par un alignement particulier d'hiéroglyphes mis en valeur au moment où le soleil se lève, quand il se situe à son zénith et au crépuscule sur l'obélisque de la mythique cité d'Héliopolis, antique haut lieu de culte de Râ, aujourd'hui quartier de banlieue du Caire où l'obélisque trônait dans l'indifférence la plus totale, au milieu d'un parc de musée en plein air essentiellement fréquenté par des touristes agglutinés devant l'imposant monument qu'ils mitraillaient de leurs appareils photos. Les deux spectres s'étaient aisément mêlés à eux pour les imiter et photographier sous toutes ses coutures le monument érigé en l'honneur du dieu.
Ils aménagèrent un petit passage et se faufilèrent tous les quatre entre les blocs de pierre jusqu'à arriver à une grotte d'où partaient divers tunnels en un dédale des plus tortueux, mais qui en fait formaient une boucle.
S'éclairant des torches qu'ils avaient apportées, ils s'engagèrent dans l'une des galeries et longèrent de longs couloirs, rencontrant de nombreux renfoncements et bifurquèrent plusieurs fois avant de se trouver face à un mur en apparence comme les autres. Mais dans le renfoncement, en haut, sur le côté, Kagaho actionna une pierre à peine visible à l'oeil nu qui fit basculer une portion du renfoncement avec un lugubre bruit guttural, s'ouvrant sur un autre tunnel dans lequel ils s'engouffrèrent.
A partir de là, de nombreux pièges étaient disposés tout le long du chemin. Le sol était pavé et il leur fallait en premier lieu poser le pied en certains endroits précis pour ne pas disparaître dans un gouffre qui s'ouvrait brusquement sous leurs pieds. Kagaho en avait fait les frais la première fois et avait été rattrapé d'extrême justesse par son compagnon d'armes. Ensuite, il y avait des filets métalliques qui happaient le passant non averti en tombant sans prévenir du plafond et le remontaient aussi sec à travers une trappe, ne laissant aucune trace de l'intrus. Pharaon y avait laissé quelques mèches de ses cheveux de jais. Un système de poulies et de rails faisait également débouler d'énormes pierres surgies du néant à une vitesse fulgurante dans un bruit de roulement macabre et tonitruant, qui emportaient tout sur leur passage d'une paroi à l'autre, lesquelles s'ouvraient et se refermaient alors tout aussi soudainement. Et il y avait probablement bien d'autres pièges encore qu'ils n'avaient pas eu la malchance de déclencher, grâce à leur sixième sens aiguisé, et qu'ils ne tenaient pas spécialement à tester.
Ils franchirent donc tous les obstacles, connus et inconnus, que pouvait comporter le chemin, tous leurs sens en éveil.
Les deux spectres montrèrent en chemin des morceaux de torches accrochés au mur qui avaient apparemment servi assez récemment, quelques semaines tout au plus, signe que quelqu'un était passé par là... mais aucun cosmos ne s'en dégageait.
Ils s'arrêtèrent enfin au milieu d'une galerie devant une paroi en apparence anodine, sans aucune marque distinctive à première vue. Pharaon actionna une roche sur le côté et une portion du mur coulissa avec un bruissement léger puis se referma tout aussi discrètement derrière eux lorsque Kagaho appuya sur un pavé, une fois qu'ils se furent tous engouffrés dans ce nouveau passage. Ils marchèrent encore un peu le long de ce nouvel et étroit couloir puis à nouveau, le spectre du sphinx actionna une pierre et ce fut le mur qui bascula devant eux, dévoilant une porte recouverte de symboles disposés en cercles concentriques.
Pharaon appuya sur plusieurs symboles avec sa torche pour ne pas laisser d'empreinte et la porte coulissa dans un bruit sourd, découvrant une sorte de hall sombre suivi d'une pièce immense et haute bordée d'imposantes et élégantes colonnades de chaque côté. Elle était évasée en forme de trapèze, comme s'il s'agissait d'une pyramide.
Mais ce qui frappa Mû et Minos avant tout était qu'elle était parfaitement éclairée... Par la lumière du jour. Qui entrait abondamment par le haut de chaque côté. Et pourtant, ils ne virent pas de fenêtre et ne sentaient aucun appel d'air. Devant leurs regards médusés, Kagaho et Pharaon sourirent.
– Le temple est construit à l'intérieur de la montagne, et cette partie, qui est la plus basse, est en forme de pyramide, ce qui permet d'apporter la lumière du soleil par un savant jeu de miroirs.. Il y a deux étages au-dessus de cette salle, toutes éclairées naturellement aussi, par un système similaire...
– C'est impressionnant... – lâcha Minos, admiratif.
– Les salles en haut donnent sur l'extérieur côté canyon, à flanc de montagne. On ne voit rien du tout de l'extérieur, mais par contre, du temple, on peut observer de loin tout intrus approcher. Il y a même un chemin de ronde qui fait le tour intégral de la montagne et permet de voir dans toutes les directions, avec même un système de miroirs qui permet de visualiser à 360 ° ce qu'il y a au sommet si quelqu'un s'aventurait par la voie des airs. Personne ne peut approcher sans être vu, qu'il passe par le canyon, par l'autre côté de la montagne ou par le haut...
– Très impressionnant... – renchérit Mû en observant le lieu avec curiosité, les yeux écarquillés contemplant l'architecture avec admiration.
L'endroit était désert et très poussiéreux. Pas un bruit, pas même un souffle d'air malgré l'aération très ingénieuse, aucune trace même infime d'une barrière divine empêchant l'accès ou diminuant les pouvoirs de visiteurs non désirés, aucun cosmos perceptible...
Au fond se trouvait une vaste stalle, un siège d'apparat qui ressemblait à un trône et un autel au-dessus duquel était suspendu un immense disque de métal gravé de l'oeil de Râ. Tout était couvert de poussière. Des tentures semblant vieilles de plusieurs siècles tant elles étaient ternies, poussiéreuses et élimées par endroits pendaient des murs et des colonnades.
Une allée de chaque côté menait au fond de l'immense pièce et donnait sur des salles austères à peine meublées, tout aussi délaissées et bien éclairées. On aurait dit des salles de garde, qui veillaient sur l'accès aux escaliers de chaque côté qui menaient aux niveaux supérieurs. Les salles de l'étage étaient tout aussi désolées. Du peu de mobilier qui les ornait, recouvert d'un drap poussiéreux, et de la disposition des pièces, il s'agissait de chambres, d'une cuisine et de salles d'eau très simples.
Ils s'étonnèrent de ne rien voir de plus... richement aménagé. Il y avait probablement des salles cachées, les appartements privés du dieu où étaient sûrement conservés le trésor du Temple, les attributs du Dieu, ses vêtements d'apparat ainsi que les armures de ses protecteurs. Et probablement des bains plus élaborés. Ils avaient du mal à imaginer qu'un tel dieu ne disposât pas de bains dignes de son rang pour se rafraîchir et se détendre.
Le temple paraissait complètement à l'abandon. Vide, inhabité, couvert de poussière. Du dernier niveau, ils purent observer le désert aride alentour ainsi que le défilé du canyon en contrebas, tout aussi désert.
Le temple était vraiment très ingénieusement construit et caché, invisible et indétectable de l'extérieur tandis que les occupants pouvaient voir en tout instant tout ce qui se passait à l'extérieur et repérer tout intrus. C'était très astucieux, notamment avec cette entrée souterraine insoupçonnée.
Et la construction apparente en forme de pyramide au creux-même de la montagne permettait probablement de dissimuler nombre de choses, à commencer par les voies d'eau, le système d'aération et le procédé d'éclairage par le jeu de miroirs. Et très certainement des pièces secrètes dont les accès étaient réservés. Avec une telle épaisseur de roche, il était quasiment impossible de les détecter car aucune paroi ne sonnait creux.
Ce fut d'ailleurs par hasard que Kagaho et Pharaon avaient réussi à trouver la bibliothèque. Elle était accessible par une porte dérobée située dans un renfoncement derrière l'autel caché par des tentures. Ils avaient déclenché le système d'ouverture en se contorsionnant et en s'appuyant contre le mur pour essayer de détecter d'en bas et depuis un certain angle d'où provenait la lumière.
Ils s'y rendirent enfin et Mû sentit son coeur battre plus fort comme ils s'y dirigeaient tous les quatre. Aucun cosmos n'avait été perceptible dans la grande salle ni aux différents étages, pas même sur les restes de torches rencontrés le long des galeries, et il espérait qu'il restait encore quelques bribes de cosmos dans l'espace confiné de la bibliothèque.
Pharaon actionna une des pierres sur le mur latéral et un pan du mur en face d'eux se releva avec un bruit sourd, dévoilant une porte ornée de hiéroglyphes. Celle-ci s'ouvrit en appuyant sur divers symboles qui la recouvraient et un étroit et court tunnel apparut, au bout duquel une nouvelle porte se dressait, qui coulissa lorsque le spectre appuya sur un pavé, découvrant une salle obscure.
C'était la chambre secrète qui abritait la bibliothèque du temple.
Ils y pénétrèrent en s'éclairant de leurs lampes-torches. Elle était très haute et au contraire des autres pièces, avait la particularité de ne pas être baignée par la lumière du jour. Ce qui était très surprenant à première vue. Mais cela permettait de protéger les innombrables papyrus qui y étaient soigneusement entreposés des dégradations causées par la lumière. Ils éteignirent leurs torches et allumèrent une lampe à huile qui reposait sur le bureau.
En entrant, tous ses sens en éveil et le coeur palpitant plus que de raison, Mû avait immédiatement perçu de faibles bribes de cosmos entremêlés. Ce n'étaient pas ceux de Kagaho et de Pharaon, qui avaient réussi à rendre le leur indétectable. Et ils étaient trop ténus pour qu'il puisse les rapprocher de ceux du corbeau et de la lettre.
Minos jeta un regard en coin au bélier. Lui aussi avait perçu ces restes d'aura, mais il n'arrivait pas non plus à faire le lien avec le peu qu'ils connaissaient.
Pharaon leur montra où il semblait manquer des papyrus et leur expliqua comment ils avaient compris l'agencement de la bibliothèque, d'après les inscriptions qui ornaient les vitrines et les quelques documents qu'ils avaient étudiés parmi la multitude qui y était conservée.
La partie immédiatement située derrière le fauteuil près du bureau comportait les cartes du ciel au jour le jour à plusieurs heures cruciales de la nuit et ce, depuis la nuit des temps. La voûte céleste vue depuis le désert égyptien... Autant dire une mine d'or qui pourrait peut-être les renseigner sur les évènements en cours s'ils parvenaient à les déchiffrer. Les plus récentes qu'ils avaient trouvées dataient toutefois de deux siècles. A croire que personne n'en avait dressé depuis le départ du dieu. Ou que les dernières avaient été emportées par la ou les personnes qui s'étaient introduites dans la bibliothèque et y avaient laissé des traces de leur cosmos. Toutefois, les cartes du ciel étaient toutes espacées d'environ deux siècles, signe que les réincarnations avaient lieu selon cette fréquence et que personne n'en effectuait la continuité durant l'absence du dieu. Ils en avaient étudié une partie, infime au regard de la quantité présente, qu'ils avaient photographiées et tenté d'exploiter, mais sans résultat jusqu'à présent. Cela intéressa au plus haut point Mû et Minos qui fouilleraient le soir-même le ciel à la recherche des étoiles annonciatrices du retour sur terre de divinités et de leurs protecteurs pour essayer d'y voir plus clair.
Les autres sections décrivaient les modes de vie au fil des siècles, l'évolution des technologies et retraçaient l'histoire des évènements de par le monde rapportés par des ambassadeurs envoyés sur tous les continents, enrichis par des études issues de la grande bibliothèque d'Alexandrie, signe que Râ s'intéressait à la planète entière en envoyant des émissaires un peu partout et tenait à se situer par rapport à la grande marche de l'Humanité depuis la nuit des temps.
Ils avaient cherché des rapports sur d'autres Sanctuaires et sur les guerres qui auraient été menées contre leurs ennemis mythologiques, Apophis pour Râ et Seth pour Isis et Osiris, mais ils n'avaient pas réussi à les localiser dans l'immensité des documents entreposés, et ce malgré les indications portées sur les vitrines. Il n'était pas impossible qu'ils soient en fait cachés à l'intérieur-même des sections. Ou entreposés dans un endroit secret de la bibliothèque, voire du temple, qu'ils n'avaient pas su détecter. Ils ne voyaient peut-être que la partie visible destinée aux grands prêtres avant que le dieu réincarné apparaisse, les informations stratégiques étant précieusement conservées dans un lieu encore plus sûr. Peut-être à l'étage, avec le Trésor du temple ? Ou peut-être tout simplement se trouvaient-ils là devant leurs yeux, mais cachés selon une savante combinaison que seul le génie égyptien savait créer.
Sur ce, Kagaho et Pharaon les quittèrent pour poursuivre leurs recherches.
Egyptiens pur jus, les deux spectres se mêlaient à la population avec facilité et allaient se fondre dans les villages environnants.
Car si au moins Isis et Osiris s'étaient réincarnés avec leurs protecteurs, il fallait bien que quelqu'un fasse les courses pour nourrir tout ce petit monde et ils espéraient détecter et pister les préposés aux commissions pour les conduire aux temples sacrés.
Les chevaliers et gardes du Sanctuaire d'Athéna étaient bien alimentés par le village de Rodorio, et eux-mêmes, les spectres, étaient ravitaillés via le château de Hadès en Allemagne par un village voisin. Ce qui nécessitait toute une intendance, compte tenu de leur nombre, de leur diversité et des nombreux gros gabarits qui requéraient d'imposantes réserves. En conséquence, ils surveillaient les convois par charrette au départ des marchés ou des étals de petites échoppes le matin et en fin de journée.
Mû et Minos quant à eux s'activèrent rapidement dans la bibliothèque.
En sondant intensément les vitres, plus particulièrement celles qui avaient été soigneusement nettoyées, ils finirent par identifier un cosmos qui les imprégnait encore très légèrement.
Mû sentit son souffle se couper en reconnaissant l'aura malveillante émanant de la lettre et du corbeau...
Il approcha ses mains de chaque vitre sans la toucher et ferma les yeux, concentré, ses points de vie froncés. Minos le regarda faire sans rien dire. Ils étaient sur la bonne voie mais n’avaient pas pour autant plus d’information sur l’identité du ravisseur de Saga ni sur la raison pour laquelle il l’avait enlevé. Et encore moins où il le retenait prisonnier...
Et il y avait d'autres traces de cosmos également. Qui n'émettaient pas sur la même longueur d'onde. Et qui leur étaient inconnus.
D’un commun accord, ils décidèrent d’opérer méthodiquement et entreprirent alors d'étudier les cartes du ciel aux dates qu'ils avaient relevées au Sanctuaire lors de leurs recherches de la veille avant d'observer le ciel. Mû sortit et déroula les papyrus par télékinésie pour ne pas y laisser d'empreinte et les disposa sur le bureau un à un pour permettre à Minos d'en prendre des photos, après les avoir attentivement étudiés.
Ils ne pouvaient pas décemment emporter ces précieuses reliques avec eux pour observer le ciel ce soir, ils se trouvaient dans un temple sacré étranger sans y avoir été invités et avaient déjà l'impression d'en violer l'intimité. Comment réagiraient-ils si des intrus s'introduisaient dans la grande bibliothèque d'Athéna ou anciennement celle de Hadès et pillaient son contenu ? Ils avaient la très désagréable sensation de violer un endroit sacré, mais ils avaient besoin de réponses, et vite. Après tout, ils ne détruisaient rien. Et c'était l'oeil de Râ que Mû avait vu sur le médaillon de la personne qui avait enlevé Saga...
Ils passèrent plus de deux heures à étudier de nombreux documents, cartes du ciel et autres, quand soudain, ils relevèrent vivement la tête tous les deux, au même moment.
Ils l'avaient perçu en même temps.
Un cosmos approchait.
Qui n'était pas celui de Kagaho ni de Pharaon...
Un bruit sourd de pierre qui coulisse... Le mur derrière l'autel donnant sur le couloir court et étroit menant à la porte de la bibliothèque...
Quelqu'un approchait... Le long du couloir...
Ils ne pouvaient donc sortir sans être vus. Car il n'y avait pas d'autre issue. Mû envisagea de les téléporter tous les deux à l'extérieur mais il leur fallait découvrir qui approchait et qui sait de toute façon s'il n'y avait pas quelqu'un d'autre qui faisait le guet ? Dehors, ou pire, depuis le chemin de ronde, ce qui les ferait repérer...
Vite, ils s'entre-regardèrent et cherchèrent un endroit où se cacher. Et d'où observer en même temps. Mais il n'y en avait pas. Il n'y avait pas de fenêtre dans cette pièce et donc pas de tentures derrière lesquelles se tapir. Il n'y avait que des étagères vitrées au mur et pleines, aucun recoin, aucun renfoncement, aucun endroit où se terrer ou qui pouvait rester dissimulé à l'oeil nu, ce qui était plutôt bien conçu, d'ailleurs. Un intrus était ainsi vite repéré et piégé. Sans parler des odeurs dégagées par la lampe à huile. Oui, au fond, c'était très bien conçu...
– Minos, je vais nous téléporter en hauteur dans la pièce et nous rendre invisibles – lança Mû à toute vitesse par télépathie au griffon tandis qu'il rangeait précipitamment par télékinésie les papyrus qu'ils avaient étudiés – Peux-tu éteindre la lampe à huile et la refroidir, s'il te plaît ?
Minos s'exécuta aussitôt et Mû lui attrapa la main pour le téléporter avec lui au plafond juste au-dessus de l'entrée, faisant disparaître les derniers volutes de fumée par télékinésie en en dispersant les particules d'odeur en hauteur avec eux, juste au moment où la porte s'ouvrait en coulissant. Ils retinrent tous les deux leurs souffle, les yeux rivés en-dessous d'eux.
Une silhouette de haute stature et encapuchonnée resta un instant dans l'encadrement de la porte, une torche à la main, scrutant et scannant la pièce avant d'y pénétrer. Puis elle s'avança et referma soigneusement la porte, et alluma la lampe à huile, qu'elle porta en hauteur pour éclairer le lieu, qu'elle ausculta de nouveau en un mouvement circulaire, cette fois en pleine lumière, du moins celle que diffusait en vacillant légèrement la lampe à huile. Celle-ci prit encore plus d'altitude, portée à bout de bras, et la haute figure leva la tête pour observer les étagères supérieures.
Mû et Minos restèrent totalement immobiles en retenant leur souffle. Ils voyaient la silhouette qui pour l'instant leur tournait le dos se tourner de plus en plus dans leur direction tandis qu'elle scrutait attentivement les rayonnages.
– Tu es sûr qu'il ne peut pas nous voir ? – demanda Minos par la pensée en espérant que le bélier lirait dans son esprit.
– Normalement, non – fut la réponse chuchotée par Mû dans sa tête par télépathie – Je peux nous rendre invisibles en absorbant la lumière qui ne renverra donc pas notre image à ses yeux, et de toute façon, je peux aussi lancer des illusions *. S'il lève la tête vers nous, il ne verra que le mur et les livres comme si nous étions totalement transparents.
– Pourquoi ne pas nous téléporter plutôt de l'autre côté avant qu'il se tourne vers nous ?
– Parce que même s'il ne nous voit pas, cela risque de créer un mini-appel d'air qu'il pourrait ressentir dans un espace aussi confiné s'il a des perceptions étendues. Si nous disparaissons d'ici, l'air va se déplacer, même très légèrement, pour remplacer nos corps, et inversement : là où nous réapparaîtrons, une masse d'air va se mouvoir pour nous laisser la place... Il ne faut pas attirer son attention...
Puis ils stoppèrent leur échange télépathique, car la silhouette s'orientait maintenant vers eux.
Le temps parut s'arrêter pendant les brèves secondes que nécessitèrent cette rotation puis ils virent enfin le visage basané d'un homme plus âgé qu'eux aux traits nobles et fins et aux grands yeux bruns dont le regard perçant sembla les traverser, rehaussé par une frange de cheveux d'un noir de jais parfaitement égalisée. Il ne parut pas les voir cependant, car il ne s'attarda à aucun moment sur eux.
Ils remarquèrent alors sur l'annulaire de sa main droite tenant la lampe qu'il portait une élégante bague ornée d'un symbole finement ouvragé, qu'ils reconnurent immédiatement.
C'était une croix ansée. Le symbole de la déesse Isis.
***
Suite du chapitre ici. :)
* cf manga tome 5 où Mû lance des illusions aux chevaliers d'argent, dont Misty, qui cherchent les bronze après l’épisode du mont Fuji + manga/animé quand Shiryu ne voit pas Mû ni ne perçoit sa présence en arrivant à Jamir, alors qu’il se tient juste à côté de lui ! Egalement, Saga durant la bataille des 12 maisons croit que c’est Mû ou Dokho qui lui a envoyé une illusion...
Bref, il en a des pouvoirs, le Mû, qui passent presque inaperçus sous le simple prétexte qu’il se bat rarement... Seulement quand c’est nécessaire, en fait ! Signe de feu mais posé et réfléchi, le bélier ! ;DDD
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