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''Etroite collaboration'' by Ariesnomu / Mu Saga 4 ever (février 2009)
Chapitre 9 : La menace se précise
Minos tournait en rond comme un fauve en cage dans le local social qui leur servait de cuisine et également de pièce d'étude, où toutes les cartes et photos étaient étalées sur deux grandes tables, sa radio vissée à l'oreille.
– Je t'avais prévenu, Minos...
– Oui, bon, ça va, ce n'est pas la peine d'en rajouter, hein !
– Je ne suis pas en train de te faire la morale, Minos, mais il fallait t'y attendre ! Et arrête de tourner en rond comme ça, tu me donnes le tournis !
Minos s'arrêta brusquement :
– Comment sais-tu que je fais les cents pas ?
– Je t'entends marcher, qu'est-ce que tu crois ? Et puis, je te connais...
– Je me sens mal, Eaque... Je me sens très mal – reprit Minos d'une voix lasse en se laissant finalement tomber sur une chaise – J'ai l'impression d'avoir tenté d'abuser de lui...
– Parce que tu as un problème de conscience, maintenant ?
Minos soupira.
– Et bien, oui, figure-toi ! Tu avais raison, il aime ce stupide gémeau... Et moi, je n'ai rien trouvé de mieux que d'essayer de profiter de la situation... D'un petit moment où il était vulnérable...
– Alors qu'il n'est qu'un caprice pour toi... – termina le garuda pour son confrère – Bon, c'est déjà bien de t'en rendre compte...
– Oui, mais ça ne m'avance pas vraiment, parce qu'on doit travailler ensemble pour enquêter et retrouver ledit gémeau... Je ne sais pas si j'arriverai à regarder Mû en face... Et puis, on dort dans la même chambre...
A l'autre bout, le garuda ne put s'empêcher d'éclater franchement de rire.
– Ce n'est pas drôle, Eaque... – le fustigea Minos.
– Excuse-moi, mais je n'ai pas pu m'en empêcher ! Attends, c'est une idée de toi, ça, de partager la même chambre ? Il n'y a pas assez de pièces dans cette grande usine désaffectée ?
– Non, ce n'est pas une idée à moi mais de Kagaho et de Pharaon, pour ta gouverne ! – s'offusqua le griffon, encore que l'idée avait été loin de lui déplaire... – Et il se trouve que la plupart des pièces à ce niveau de la bâtisse sont d'anciens laboratoires avec plein de bacs et d'éviers, et que les deux salles de repos sont les seuls endroits où on peut décemment "loger" près des commodités...
– Ma parole, ils ont dû lire dans ta pensée ! – poursuivit Eaque en continuant de pouffer de rire – ou bien, ils te connaissent, tout simplement...
– J'ai si mauvaise réputation que ça ? – s'enquit soudain le norvégien, brusquement soucieux.
– Mais non... Enfin... Un peu... Oui, bon, on te connait, toi et tes pensées lubriques, c'est ce qui fait partie de ton charme ! Et puis, on sait très bien que ce n'est pas méchant...
– Je devrais peut-être lui dire que ses sentiments envers le gémeau sont réciproques pour me racheter...
– Non, Minos, ce n'est pas à toi de le lui dire. Laisse-les régler ça entre eux... Et puis... Comment le sais-tu, d'abord ?
– Ben... Il me l'a avoué implicitement...
– ...Mmmmm ?!?!?...
– En fait... On a... euh... eu une explication un peu... musclée... Saga et moi... au sujet du bélier... Et il a fini par reconnaître qu'il en pinçait pour lui. Il m'a menacé si je tentais de le séduire. Et évidemment, je l'ai un peu... disons... titillé...
– Tu es en train de me dire que tu t'es mis sur le nez avec Saga, à cause de Mû ?! – demanda Eaque en écarquillant les yeux d'incrédulité, abasourdi par la nouvelle.
– Euh... Oui... En clair et en résumé, c'est ça , oui... – reconnut piteusement le norvégien. Mais en même temps, il se sentait soulagé de l'avouer.
A nouveau, le rire clair du garuda résonna dans la petite radio, faisant lever ses beaux yeux au ciel au griffon.
– Ouais, bon, ça va, hein !
– Dis donc, tu te rends compte que ç'aurait pu aller loin ? – le réprimanda toutefois son confrère lorsqu'il fut remis de son fou rire – J'imagine que le gémeau n'y est pas allé de main morte et que toi non plus, n'est-ce pas ?! Tu aurais pu créer un incident diplomatique grave, et tout ça juste pour une de tes lubies !
– Ne parle pas de Mû comme ça, s'il te plaît ! C'est quelqu'un de bien...
– Je te l'avais dit, non ?
– Oui, oui, tu me l'avais dit ! Tu es content ?
– Là n'est pas la question, Minos. Au fait... Qui a gagné ?
– Ben, en fait... Personne. Mû nous a surpris au moment où on faisait sérieusement chauffer nos cosmos... Après qu'on se soit balancé de violentes vagues d'énergie...
– Il sait que vous vous êtes battus tous les deux pour lui ? – s'exclama Eaque, ahuri.
– Non, non ! Bien sûr que non !
– Et il ne s'est pas étonné que Saga et toi étiez en train de vous bastonner ? – rétorqua ironiquement le garuda, soupçonneux.
– C'est-à-dire qu'au début, je m'entraînais bien tranquillement avec Mû, et Saga est venu nous interrompre pour que Mû monte voir Shion. Alors, j'ai continué l'entraînement avec Saga...
– Qu'est-ce que tu appelles ''bien tranquillement'' ? – demanda Eaque avec un sourire à peine voilé dans la voix.
– Oh ça va, hein ! Et ça ne te regarde pas, d'abord !
– Il y a beaucoup d'autres choses comme ça que tu m'as cachées ?
– Je ne t'ai rien caché du tout !
– Tu ne m'avais pas dit que tu t'étais battu avec le gémeau... Et pour le bélier, en plus...
– Et bien, maintenant, tu le sais ! Bon, je ne t'appelais pas pour ça, à vrai dire... – répliqua Minos en tentant de ramener la conversation à son sujet initial.
– Tu as raison, revenons à nos... moutons ! – Eaque ne put s'empêcher de répondre, un nouveau sourire dans la voix.
Car oui, Minos l'avait appelé pour lui rendre compte de leur journée, comme tous les soirs, mais il lui avait rapidement fait part de l'incident avec Mû. Il avait manifestement eu besoin d'en parler et semblait visiblement soulagé d'avoir quelqu'un à qui se confier. Eaque avait senti son malaise dans sa voix dès ses premiers mots et lui avait demandé ce qui n'allait pas. Minos semblait vraiment touché, ce qui l'avait surpris, lui toujours si sûr de lui...
Minos avait des remords, ce qui était plutôt rare, et du vague à l'âme aussi. Incorrigible coureur et toujours conquérant, il n'était pas du tout habitué à essuyer un refus et faisait ordinairement tourner les autres en bourriques, comme bon lui semblait, prenant du bon temps avec puis délaissant rapidement ses conquêtes en leur faisant clairement comprendre qu'il s'était simplement agi d'un amusement. Heureusement, tous ici-bas le savaient et acceptaient ce petit jeu. Mais là, c'était son amour-propre qui venait d'en prendre un sérieux coup. Et puis, peut-être son coeur, aussi...
Oh, ce n'était rien dont il ne pourrait se remettre. Mais quand même... Le griffon semblait réellement s'intéresser au bélier à la façon dont il lui en avait parlé dès les premiers jours. Il lui plaisait, c'était très clair, mais Eaque soupçonnait malgré tout que ce n'était qu'une passade, l'attrait de la nouveauté, doublement rehaussé par les faits combinés qu'il s'agissait d'un chevalier d'or, l'élite du Sanctuaire d'Athéna et descendant atlante de surcroît, et que le bélier semblait indifférent aux tentatives réitérées du norvégien. Le syndrome du casanova pris à son propre jeu, en somme, en tombant sur une proie réfractaire malgré les trésors de séduction déployés, à commencer par son quasi-string de bain... Eaque imaginait le fier bélier regarder stoïquement et avec la plus grande indifférence son confrère se pavaner devant lui en essayant les maillots de bain. Ce qui avait dû bien aviver l'intérêt de Minos qui avait dû redoubler de stratagèmes et d'efforts pour séduire le jeune Atlante.
Et non seulement celui-ci n'avait pas succombé aux nombreux charmes irrésistibles du griffon, et Hadès savait combien il en était doté, mais en plus, il avait carrément repoussé ses avances. Pour un autre dont il ignorait tout des sentiments. En même temps, Minos ne lui en voulait pas et avait même de l'estime pour le jeune bélier. Pour sa droiture d'esprit, sa franchise et la sincérité de son coeur. Ce pour quoi il culpabilisait maintenant d'avoir tenté d'abuser de lui.
Ah, si seulement son confrère voulait bien se ranger et arrêter de folâtrer à tour de bras, comme ça, pour enfin accepter la relation qu'il avait lui-même avec son bras droit, pensa Eaque.
Minos avait beau prétendre qu'il n'y avait rien de sérieux entre eux, qu'ils ne faisaient que passer du bon temps ensemble en toute connaissance de cause sans rien attendre l'un de l'autre, il était sa constante et revenait toujours vers lui. Après avoir joyeusement batifolé à gauche et à droite avec une bonne moitié des spectres des Enfers, tout à sa boulimie de chair et à sa soif de sensations et de nouveautés. Le faisant souffrir sans s'en apercevoir avec ses incessants libertinages. Et malgré tout, lui continuait de l'attendre, digne et stoïque...
Et nul doute que Minos reviendrait très probablement vers lui après cette petite déception essuyée avec le bélier. Mais peut-être que cette fois-ci, ayant subi un échec au lieu d'avoir jeté lui-même une de ses conquêtes, le griffon allait enfin ouvrir les yeux et accepter cette relation comme telle... Comme une relation réelle, authentique et sûre. Et réciproque.
Il serait temps, car Eaque soupçonnait qu'au fond de lui, Minos était loin d'être insensible à son bras droit mais qu'il avait juste peur de s'engager. Peur de s'attacher et de ne plus se sentir libre comme il croyait l'être en badinant à tout va. Alors qu'il ne s'agissait que d'une simple fuite en avant de sa part. Une fuite éperdue qui leur faisait du mal à tous les deux...
Eaque décida de profiter de l'occasion pour mettre subtilement le sujet sur le tapis. Savoir que son bras droit s'inquiétait pour lui lui donnerait peut-être du baume au coeur et lui ouvrirait les yeux sur ce qui comptait réellement dans la vie, en relativisant l'importance de tous ces flirts sans lendemain.
– Au fait, tu as le bonjour de Rune...
– Ah ? Merci. Comment va-t-il ? Il ne m'avait jamais remplacé aussi longtemps.
– Non, en effet. Il assume parfaitement sa charge, comme toujours. C'est juste... que...
– Quoi donc ? – demanda Minos, rendu perplexe par la soudaine hésitation de son confrère.
– Et bien... Je crois qu'il s'inquiète pour toi...
D'abord surpris par cette réponse, Minos éclata vite de rire. Quoi, ce n'était que ça ?!
– C'est gentil à lui mais il n'y a pas de quoi ! Tout va bien pour l'instant, et puis, on est quatre, ici, hein !
–Oui, mais au Sanctuaire...
Il était vrai que Minos lui-même avait appréhendé son séjour en Grèce, les jours précédant son départ des Enfers, ce qui n'avait pas échappé à son bras droit, même si ce dernier n'avait rien dit.
– Ah oui, j'étais un peu tendu avant de partir, mais c'était avant de rencontrer Mû... Grâce à lui, ça s'est très bien passé, il n'a pas à s'inquiéter...
Mais Eaque était bien placé pour savoir qu'au contraire, cela ne pouvait qu'augmenter ses craintes... Car sous ses allures de moine austère et intransigeant ne supportant pas le moindre bruit, même le plus infime, Rune cachait une grande sensibilité.
Lui donnant tous les jours des nouvelles de son Juge de tutelle et connaissant les sentiments du balrog envers celui-ci, Eaque ne lui avait bien sûr pas soufflé mot, ni à personne d'autre, d'ailleurs, des tentatives de séduction de Minos sur le bélier, mais la réputation de coureur du norvégien était telle que nombre de spectres se demandaient quel ou quels chevaliers le griffon tenterait de séduire durant son court séjour en terre hellène. Il en avait même entendu plusieurs parier sur le sujet et plus encore lorsqu'il avait été question que le griffon accompagne le bélier en mission d'investigation en Egypte, où officiaient déjà Kagaho et Pharaon depuis plusieurs semaines. Eaque savait que Rune les avait entendus aussi. Et que cela le minait, même s'il essayait de n'en rien montrer. Mais son visage aux traits tirés et aux joues de plus en plus creusées parlait pour lui.
Eaque le croisait tous les jours car remplaçant Minos au Tribunal, le balrog prenait son service juste après lui. Et son confrère wyvern qui le relevait ensuite ne lui trouvait pas non plus très bonne mine. Mais Rune prétextait juste qu'il souffrait d'insomnie à cause du raffût causé par les travaux de reconstruction, qui avaient lieu jour et nuit, à lui en faire perdre l'appétit... Apparemment, autant Rune arrivait à supporter les vagabondages du griffon au sein du Royaume souterrain, autant il semblait atteint par l'éventualité d'une idylle de son compatriote avec un chevalier d'Athéna. Les spectres n'étaient que de simples subordonnés pour le Juge et autant de passe-temps insignifiants, alors qu'un représentant de l'élite du Sanctuaire d'Athéna revêtait une toute autre dimension... Dans son esprit, du moins. Il se sentait sérieusement menacé. Et puis, le bélier était un signe de feu, tout comme Minos...
Eaque n'insista pas toutefois car ce n'était pas le moment approprié pour informer Minos de la quasi dépression dans laquelle son bras droit sombrait tout doucement. Il était tard, Minos était en mission d'investigation en terrain ''ennemi'' et devait prendre du repos pour être opérationnel dès les premières heures de l'aube. Mais au moins, il lui avait glissé un mot de la sollicitude de son compatriote à son égard. Et il veillerait sur Rune en attendant le retour de son confrère.
Cependant, avant de le quitter pour enfin aller dormir, il lui fit une dernière recommandation, ou plutôt une requête :
– Bon... Tu veilles bien sur Kagaho, hein ?
– Parce que Pharaon, il peut se gratter ?
– Mais non ! C'est juste que Pharaon est plus mature et plus posé !
– Ah oui, c'est vrai que tu aimes les prendre au berceau, toi... – répondit le griffon, trop heureux de pouvoir titiller son confrère à son tour sur ses choix sentimentaux.
– Tu sais que tu es fatigant, quand tu t'y mets ?
– C'est toi qui me déteins dessus !
– Ben, voyons !
– T'inquiète donc pas pour ton bénou, c'est un grand garçon, il a juste besoin de se défouler et c'est l'occasion rêvée pour lui...
– Justement, tu sais très bien qu'il a besoin d'être canalisé, parfois. C'est une tête brûlée...
– Pharaon est là et le tient très bien. Ils forment une bonne équipe, d'ailleurs, tous les deux...
– Si tu le dis... En tout cas, je compte sur toi pour les surveiller et t'assurer qu'il ne lui arrivera rien...
– Mais oui, ne t'inquiète pas ! Que ne ferais-je pas pour toi...
Eaque songea pensivement qu'ils se retrouvaient à veiller chacun sur la moitié respective de l'autre. Lui sur Rune et Minos sur Kagaho... Echange de bons procédés... Et sur ce, ils mirent fin à leur conversation. Minos rangea sa radio, jeta un oeil las sur les cartes qui étaient étalées sur les tables devant lui puis sortit de la pièce pour rejoindre la chambre qu'il partageait avec le bélier.
***
Mû rentra sans faire de bruit. Il était tard et bien qu'il n'eût aucune envie de dormir, il lui fallait prendre un peu de repos, car leur journée serait probablement longue le lendemain. Ou plutôt ce matin... Il leur fallait à tout prix trouver la trace du temple d'Isis et Osiris, et d'une manière ou d'une autre, entrer en contact avec eux pour comprendre ce qui se passait.
Faire preuve de diplomatie et de persuasion surtout pour qu'ils acceptent qu'ils n'étaient en rien des ennemis. Car son intuition lui disait qu'ils pourraient bien oeuvrer dans la même direction. L'homme qu'ils avaient surpris n'avait-il pas semblé contrarié de découvrir que le médaillon de Râ avait disparu ? Et à en juger par les traces du cosmos aux ondes négatives laissées par le voleur, qui correspondaient à celles du ravisseur de Saga, cela n'augurait rien de bon. Ils pourraient collaborer ensemble pour les retrouver...
Mais dans l'immédiat, il allait devoir affronter Minos et n'en avait aucune envie. Dire qu'ils devaient partager la même pièce... Cela l'ennuyait beaucoup après ce qui venait de se passer.
Il envisagea de dormir dans une autre salle et d'y téléporter le sofa pour s'y allonger, mais cela mettrait une barrière entre Minos et lui. Or, ils avaient besoin de travailler ensemble. En toute confiance. Et en bonne entente. Pour retrouver Saga. Et puis, le griffon ne méritait pas ça. Il n'avait pas insisté lorsqu'il avait fini par lui avouer ses sentiments pour le gémeau. Après tout, il avait tenté sa chance, c'était son droit, il n'avait rien fait de mal et ne devait pas se sentir très à l'aise lui non plus après ce qui s'était passé. Et il était resté correct, malgré tout.
Mû marchait le long du couloir, pensant avec un peu d'appréhension à ce qu'il dirait à Minos pour détendre l'atmosphère et laisser ce petit incident derrière eux. Il passa devant la salle qui servait de chambre à Pharaon et Kagaho, qui semblaient dormir profondément. Les pauvres étaient rentrés épuisés de leur longue journée.
Puis, en passant devant le local social qui leur servait de pièce d'étude, Mû entendit Minos parler à voix basse. Apparemment, le norvégien était en train de rendre compte à Eaque par radio. Les investigations avaient considérablement avancé en quelques heures mais elles avaient soulevé plus d'interrogations qu'elles n'avaient apporté de réponses.
Lui-même avait longuement rendu compte à Shion après le départ de Minos, avant de rentrer.
Ils avaient trouvé une piste. Qu'ils avaient perdue aussitôt. Mais au moins, ils avaient retrouvé dans la bibliothèque de Râ les traces de l'aura malveillante qui avait imprégné le corbeau et la lettre, ils avaient vu un représentant de la déesse Isis et avaient eu tout loisir de s'imprégner de la longueur d'onde de son cosmos. Même s'ils n'avaient pu le pister, ils pouvaient ainsi espérer trouver les traces du temple d'Isis et Osiris, ou, tout du moins, celles de leurs serviteurs, en sondant les environs.
Mais surtout, il semblait que la personne qui était entrée en possession du médaillon portant l'oeil de Râ n'était pas Râ, dont aucune trace de la réincarnation n'était perceptible, même dans les étoiles. Même son temple était encore à l'abandon, signe que ses protecteurs non plus n'étaient pas encore réapparus.
Mais qui avait bien pu s'emparer de l'attribut du dieu du soleil et pour quelle raison ? Qui surtout avait pu acquérir la connaissance pour trouver l'entrée cachée, passer tous les obstacles et les pièges tendus tout le long du chemin, pénétrer dans la bibliothèque voilée et, enfin, débusquer le coffret contenant le médaillon ? Certes, Pharaon et Kagaho étaient parvenus à entrer, mais...
Des pilleurs de tombes ? Non, ce n'était pas possible. Il s'agissait de quelqu'un doté d'un cosmos, émettant des ondes malfaisantes, de surcroît.
Une autre divinité ? Mais ils n'avaient pas trouvé trace d'une autre déité égyptienne susceptible de s'être réincarnée, tout particulièrement Apophis et Seth, les ennemis mythologiques du dieu.
Une divinité étrangère, alors ? Mais dans l'un ou l'autre cas, comment aurait-elle su ?
Ou un protecteur, tout simplement ? Un prêtre d'un de ces autres dieux, réincarné en premier ? Un prêtre de l'un des ennemis séculaires de Râ ? Mais qui à part les protecteurs du dieu solaire aurait pu savoir où se trouvait le médaillon ?
Il y avait bien ce représentant d'Isis qui manifestement connaissait le chemin vers le temple et également celui de la bibliothèque. Il avait même découvert où le coffret était dissimulé. Mais son aura n'avait absolument rien de malveillant et n'était pas liée au cosmos malfaisant qui avait imprégné les vitres de la bibliothèque, la lettre et le corbeau. Ils n'émettaient pas du tout sur la même longueur d'onde.
Peut-être qu'en tant qu'amis, voire alliés, ils avaient la possibilité de se rendre les uns et les autres dans le temple du dieu ami, pour préparer sa venue ? Pour vérifier que tout était en ordre avant le retour imminent du dieu ? Puisqu'il ne semblait pas y avoir de continuité dans le service attaché à celui-ci, à en juger par les siècles séparant les cartes du ciel soigneusement rangées dans la bibliothèque.
Au Sanctuaire d'Athéna, la continuité du savoir et sa transmission étaient assurées par les Atlantes*, qui en étaient les grands Popes et qui par leur longévité exceptionnelle, s'étendant sur plus de deux siècles, permettaient la protection du domaine sacré, ainsi que la reconstruction en temps et en heure d'un nouvel ordre prêt à défendre sa déesse lorsque celle-ci se réincarnait.
S'il n'y avait personne pendant deux cents ans entre chaque retour du dieu sur la planète, le seul moyen pour que les successeurs trouvent l'entrée du Temple et le but de leur mission sur terre était de distiller des indices que eux seuls pourraient comprendre. Kagaho et Pharaon avaient réussi à déchiffrer ceux fournis par l'obélisque d'Héliopolis à certaines heures de la journée pour localiser l'entrée du temple.
Il y avait certainement bien d'autres indices pour amener ces êtres d'exception vers le temple qu'ils allaient servir, pour leur dévoiler leur rôle sur terre et leur destinée. Peut-être était-ce la raison pour laquelle la bibliothèque était relativement facilement accessible... Certes, il y avait tous ces pièges tendus le long du chemin avant d'accéder au Temple d'abord, mais peut-être qu'ils constituaient une épreuve à passer pour être reconnu comme digne de servir le dieu. Car en dehors de cela, ils n'avaient pas eu besoin de recourir à un artifice ou d'utiliser un objet particulier pour y entrer.
Par contre, l'oeil de Râ, lui, permettait peut-être d'accéder à autre chose... Aux appartements privés du dieu, par exemple ? Aux armures de sa garde rapprochée ? A des documents stratégiques conservés à part avec le Trésor du temple ? Ou tout simplement à éveiller en lui l'intégralité de son essence divine et à lui conférer ses pouvoirs ?
Alors, devant faire face à deux ennemis communs qui pouvaient revenir avant eux ou en même temps qu'eux, peut-être que les temples d'Isis et Osiris d'une part, et de Râ, d'autre part, s'entraidaient-ils, chacun veillant sur l'autre en attendant le retour du dieu ?
Mû repensa aux tous premiers éléments qu'Athéna leur avait exposés, ainsi qu'aux premiers rapports de Kagaho et Pharaon. Ceux-ci avaient, depuis les Enfers, ressenti des remous dans leur cosmos et perçu des ondes négatives en provenance de leur pays d'origine. Et à plusieurs reprises, sur place, ils avaient ressenti d'étranges perturbations dans l'air, comme des ondes négatives ou des interférences, comme si quelque chose ne tournait pas rond. Comme si l'ordre des choses était perturbé par un événement majeur.
Comme si l'équilibre de cette partie du monde avait été rompu.
Etait-ce la découverte de l'oeil de Râ par un intrus qui avait provoqué ces perturbations ?
Un intrus doté d'un cosmos puissant et malfaisant, qui s'était emparé de l'attribut emblématique du dieu solaire...
Dans quel but?... Et que venait faire Saga dans tout ça ?...
Sur ces interrogations sans réponse, Mû entra dans le local qui leur servait de chambre à Minos et à lui. Il se dirigea vers le sofa et entreprit de déplier les draps et l'épaisse couverture qui y étaient posés pour les disposer sur le sofa et s'y allonger. Il était las et perturbé par cette journée qui avait été rude en émotions, tout compte fait, et s'allongerait avec joie, même s'il savait qu'il ne trouverait sûrement pas le sommeil de sitôt, tout perturbé et soucieux qu'il était. Il se dit vaguement qu'il aurait mieux valu attendre Minos par politesse, mais ce dernier devait encore être occupé à converser avec Eaque et il aurait été encore plus impoli de les interrompre juste pour lui dire qu'il souhaitait prendre le sofa pour dormir.
Mais au moment où il s'installait sur ledit sofa, Minos arriva et s'arrêta tout net dans l'entrée en le voyant faire.
– Mû, attends ! Prends le matelas, ça ne me dérange pas du tout de dormir sur le sofa !
– Moi non plus, ne t'inquiète pas ! En fait, je préfèrerais prendre le sofa si tu n'y vois pas d'inconvénient ?
– Mais le matelas sera bien plus confortable... Et puis, je tiens à m'excuser pour tout à l'heure, Mû...
– C'est oublié, Minos... N'en parlons plus.
– Je tiens sincèrement à me faire pardonner, Mû... Et puis, tu m'as très bien reçu dans ton temple, alors, ce sera un juste retour des choses... Encore que ce ne soit pas comparable car ce n'est pas le grand luxe ici...
– Mais c'est parfait pour dormir. Et puis, je me suis déjà installé...
– Mais rien ne vaut un matelas ! Et d'ailleurs, il est tellement grand... Je crois bien qu'on pourrait même y dormir tous les deux...
Mû se raidit et tourna vers Minos un regard en biais soupçonneux. Etait-ce une impression ou le griffon n'abandonnait-il pas ? Celui-ci s'empressa alors de préciser pour dissiper tout malentendu :
– Il n'y a aucune pensée malhonnête de ma part ! On peut faire comme il est traditionnellement d'usage dans mon pays : dormir tous les deux sur le matelas... avec une épée au milieu pour délimiter le territoire de chacun, à ne pas franchir ne serait-ce même que d'un millimètre...
– Parce que tu as une épée sous la main ? – demanda Mû en haussant un de ses points de vie, suspicieux.
– Non, mais on peut utiliser autre chose... – commença le griffon.
– Un couteau de cuisine ? – suggéra le bélier – Ou une pelle à fromage ? – ajouta-t-il avec un regard presque amusé. Il avait remarqué deux pavés de fromage de chèvre au caramel dans le réfrigérateur...
– Plutôt quelque chose de non contondant, si ça ne t'ennuie pas ! J'ai tendance à bouger un peu, la nuit...
Mû ne put s'empêcher de sourire, cette fois. Non, le griffon n'abandonnait jamais...
– Un mur de cristal, alors... Ca ne coupe pas et ça délimitera parfaitement le territoire de chacun...
– Ca veut dire oui ? – demanda le griffon, une lueur d'espoir au fond des yeux.
– Non, je suis trop fatigué pour dormir d'un seul oeil et maintenir un mur de cristal toute la nuit. Et puis, une longue journée nous attend demain. Ou plutôt tout à l'heure... Bonne nuit, Minos...
Et sur ce, Mû se glissa sous le drap dans la largeur du sofa, s'allongea et ferma les yeux, mettant fin à leur petite discussion. Le griffon soupira :
– Bonne nuit, Mû...
Il se dirigea sans faire de bruit vers le grand matelas et accomoda rapidement draps et couvertures pour s'y pelotonner et s'endormir lui aussi, après avoir éteint la lumière.
Il entendit bientôt la respiration régulière du bélier rythmer l'atmosphère et le rejoignit rapidement dans les bras de Morphée. A défaut de le serrer dans ses bras...
***
L'Ennemi réfléchissait.
Il ne les avait pas vraiment remarqués, ces deux-là. Ces deux égyptiens qui se fondaient parfaitement dans la foule et se faisaient passer pour de jeunes étudiants. Et depuis un certain temps, en plus...
Pourtant, il les avait croisés, il s'en souvenait maintenant, car il avait entendu des rires d'enfants en passant près d'un village et il s'était retourné juste pour les voir de loin prendre de jeunes enfants surexcités en photo à tour de rôle, perchés sur leurs épaules, l'un d'eux jouant avec les cheveux d'ébène de son porteur aux yeux perçants.
Jamais il n'avait soupçonné qu'ils étaient des spectres, ils avaient bien camouflé leurs cosmos, les bougres. Il était vrai que lui-même était concentré sur d'autres objectifs à ce moment précis et était passé en courant d'air. Ce n'était que la veille, en les voyant aux côtés du bélier et du griffon dans la bibliothèque cachée de Râ, qu'il les avait démasqués. Pas immédiatement. Mais il avait remarqué le regard pénétrant de l'un d'eux et avec le recul, en soirée, il avait fini par faire le lien avec ce jeune étudiant entraperçu quelques semaines plus tôt dans ce village.
Pourtant, il ne les avait pas vus entrer dans le temple de Râ et encore moins dans la bibliothèque cachée, où il avait dissimulé de minuscules miroirs sans tain qui lui renvoyaient sur une grande glace via le médaillon l'image de tout ce qui s'y passait à tout moment, lui permettant ainsi de surveiller les lieux et les intrus à distance. Or, ils avaient semblé la veille avoir déjà visité les lieux, à en juger par leurs explications à l'attention du jeune Atlante et du norvégien. Ils avaient dû réussir à y pénétrer pendant que lui-même s'était rendu au Sanctuaire pour capturer le gémeau et s'occuper de ce dernier, trois jours plus tôt.
Découvrir deux spectres aux côtés du bélier et du griffon l'avait fortement contrarié, mais se rendre compte qu'ils officiaient depuis un certain temps déjà sur place et qu'ils pouvaient se fondre aussi facilement dans la foule l'inquiétait bien davantage.
La situation se corsait.
Il lui fallait absolument trouver un stratagème pour les séparer. Tous. Pas nécessairement les éliminer, car il pourrait se servir d'eux s'il s'y prenait bien. Mais il devait dans un premier temps les séparer pour que le contrôle de la situation ne lui échappe pas. Il était si près du but...
Oui, il devait trouver un moyen de les séparer.
Séparer le bélier du griffon en priorité, d'une part. Et séparer le Juge des deux spectres, d'autre part.
Et se servir ensuite et méthodiquement de tout ce joli monde pour mener à bien ses noirs desseins. Car après tout, il y avait moyen d'utiliser ces petits imprévus à son avantage, tant que personne ne le soupçonnait lui. Et leur faire porter le chapeau...
Il n'avait pu localiser leur cachette cependant. La tempête de sable avait fait perdre la piste des deux égyptiens à ses espions volants et rampants et quant au chevalier d'Athéna et au Juge, ils s'étaient téléportés, rendant impossible leur filature.
Il lui faudrait les repérer rapidement lors de leurs prochaines investigations et les mener ensuite sur de fausses pistes. Et ensuite... Il n'aurait plus qu'à manoeuvrer... En semant le trouble dans l'esprit de tous...
Tout compte fait, c'était encore mieux, il entrevoyait déjà un stratagème pour monter tout ce petit monde les uns contre les autres en assurant ses arrières, jusqu'à ce qu'il ne soit plus que le seul dieu sur terre avec le pouvoir absolu... Oui, c'était parfait. Encore mieux qu'il aurait pu l'espérer.
Finalement...
***
Suite du chapitre ici. :)
* Grands Popes : au moins Shion et, durant la guerre précédente, Hakurei et son frère Sage dans "The Lost Canvas". ;)
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