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''Souviens-toi'' by Ludi Chapitre 16 « Saga !! Dépêche-toi, je vais être en retard !!! » Saga leva les yeux au ciel en soupirant. Mû pouffa et ne put s’empêcher de glisser quelques mots à son oreilles. « Qu’est-ce que ça va être, quand il aura son premier rendez-vous galant… - Je ne veux surtout pas y penser. » Le grec prit Mû dans ses bras, se dirigea vers la porte de la salle de bain que le jeune homme ouvrit. Kiki poussa un cri de joie et se rua dans la pièce qu’il ferma à double tour. Saga et Mû éclatèrent de rire, tandis que l’enfant ronchonnait derrière la porte. La maman de Valentine, pour se faire un peu excuser auprès de sa fille, lui avait proposé d’aller au cinéma. La jeune fille avait décidé de voir « Arthur et les Minimoys », accompagnée de Kiki et Anthony. La maman devait venir chercher Kiki à onze heures, et il fallait dire que l’enfant était très excité. Il avait fouillé dans son armoire pour trouver des vêtements appropriés. Il n’avait malheureusement pas prévu que Saga lui tombe dessus : il dut ranger tout son foutoir et correctement, où ça allait chauffer dans les chaumières. Il perdit donc un temps précieux. De plus, Saga prenait toujours son temps pour habiller Mû dans la salle de bain. A se demander ce qu’ils faisaient là-dedans… Le grec déposa son précieux fardeau dans leur chambre. Si Mû avait pu marcher, il serait certainement resté devant la porte de la salle de bain pour écouter Kiki, qui s’était mis à chanter une chanson de Noël. Enfin, c’était une chanson de Noël, à la base, mais ce n’était plus vraiment le cas… Saga fit rapidement le lit et souleva à nouveau son amant pour le déposer sur les draps. Puis, il s’assit à son bureau et alluma son ordinateur afin de continuer son nouveau roman. Il enfila ses fines lunettes, Mû ne put s’empêcher de lui dire que cela lui allait bien. Saga eut un sourire : lui n’aimait pas vraiment les porter, mais il pouvait s’estimer heureux de ne les avoir sur le nez que pour lire, écrire ou regarder la télévision. Certaines personnes, comme Ludivine, devaient les porter tout le temps. D’ailleurs, il avait eu de ses nouvelles, récemment. Elle avait pu sortir de l’hôpital pour les fêtes et elle vivait chez ses parents, le temps qu’elle s’en remette. Ils iraient lui rendre visite le lendemain. Elle semblait s’ennuyer. D’après elle, les séries à la télé n’étaient pas terribles et elle avait déjà vu tous les « Tintin ». Ne lui restait plus que la lecture, mais comme elle disait, ça allait bien deux minutes. Kanon entra dans la chambre, un sourire moqueur aux lèvres. « Frangin, y’a ton fils qui chante sous la douche. - Il a un rendez-vous ! - Sérieux ?? » Kanon s’assit sur le lit de Mû. Il déteignait sérieusement sur le tibétain, qui commençait à devenir une vraie commère. Il fallait dire que les petites aventures sentimentales de Kiki, et également de Kanon mais ça, il ne le savait pas, l’amusaient au plus haut point. Où était donc passé le timide et sage enfant qu’il avait connu ? Sûrement laissé quelque part dans une baignoire… « La maman de Valentine vient le chercher, ils vont au cinéma. - Tu crois qu’il va me piquer du parfum ? - Je ne crois pas, il n’aime pas l’odeur. - Saga ! Dis tout de suite que ça pue ! - Je peux ? - Saga !! J’ai fini !!! » Kanon se rua hors de la chambre et éclata de rire. Kiki apparut dans l’encadrement de la chambre, fier comme un coq. Il avait, pour une fois, fais des efforts vestimentaires, sans mettre des vêtements qui juraient affreusement : un jean bleu foncé avec un pull azur qui mettaient en valeur ses yeux clairs. Ses cheveux indisciplinés avaient enfin rencontrés un peigne, qui se trouvait pourtant pas très loin du lavabo. En somme, Kiki était beau comme un ange, et non comme le petit diablotin qu’il était d’habitude. « Tu vas plaire à ta belle-mère ! - Mais on n’est pas mariés ! » Kiki avait les joues rosées, et elles semblèrent rougir quand ils entendirent la sonnerie retentir dans l’entrée. Kiki dévala les escaliers, suivi de Kanon, qui semblait avoir la pêche. Son frère et son amant, à l’étage, se retinrent avec mal d’éclater de rire, mais quand l’homme d’affaires remonta quelques minutes plus tard, ils explosèrent. Tout en mimant avec ses mains, Kanon décrivait la gêne de Kiki, son air de petit ange, la mère radieuse et les joues rouges de Valentine. « Je te dis, Kiki sera un séducteur, plus tard ! - Vu comment il est à peine 11 ans… - Ça va défiler, ici ! » Kanon se marrait bien, imaginant sans mal l’enfant avec quelques années de plus. Un peu de sport en plus et il serait à croquer. Saga voyait très bien le tableau et ne pouvait s’empêcher d’en rire. Quant à Mû, il était déjà plus inquiet : toutes ces filles n’allaient-elles pas se servir de sa naïveté naturelle ? That is the question… *** Kiki rentra à la maison vers deux heures, avec Anthony et Valentine. La séance de cinéma avait été agréable, de même que leur déjeuner à McDonald’s. Kiki mangeait rarement dans les fastfoods, Saga avait horreur de ça et Kanon avait rarement l’occasion de traîner là-dedans. De toute façon, l’enfant n’en était pas friand, mais il c’était tout de même agréable de manger des hamburgers de temps en temps. La mère de Valentine, à la demande de celle-ci, les avaient laissés chez Kiki : Saga ne refusait jamais quand il voulait inviter ses amis chez lui, au contraire. Il avait beau être assez strict, il était quand même assez cool de ce point de vue-là. Mais la venue des deux adolescents contrecarra les plans du diabolique Kanon, qui voulait cuisiner Kiki pour savoir comment cette sortie s’était passée. Saga avait beau lui dire que Kiki n’était pas en âge pour rouler des patins à Valentine, surtout en présence de sa mère, Kanon était bien décidé à harceler l’enfant. Les trois enfants s’enfermèrent dans la chambre de Kiki. Elle n’était pas bien grande mais assez douillette. Les murs étaient tapissés de bleu et une moquette sombre recouvrait le sol. Son lit était placé contre le mur, et juste en face, se trouvait son bureau chargé de livres et cahiers, puis la télévision avec sa Playstation, de façon à ce qu’il puisse jouer en restant assis sur ou contre son lit. Il y avait également une armoire près de la porte où se trouvaient toutes ses affaires. « On joue à la Playstation ?? - T’as continué ta partie dans Kingdom Hearts ? - Ouais ! J’en suis à la Forteresse oubliée ! » Anthony alluma la télévision, la Playstation et mit le CD dans l’appareil. Kiki attrapa la manette et joua. Anthony n’arrêtait pas de crier en lui disant où il devait aller alors qu’il n’était même pas encore à ce niveau-là, tandis que Valentine trouvait les Sans-cœur vraiment trop moches. A l’étage du dessous, Kanon manigançait un plan. Celui qui consistait à cuisiner Kiki était tombé à l’eau à cause du meilleur ami de ce dernier et de son amoureuse, donc il devait, pour le moment, préparer un autre plan, à savoir comment entrer chez Lys avec une raison en béton, pour ne pas se faire exploser la tête, et dans le but de découvrir qui était son amoureux mystère. Mû qui épluchait le journal que Kanon lui avait ramené, énonçait d’une voix vague tout un tas de raison plus ou moins farfelues. Dans son fauteuil, Kanon les notait sur son bloc-notes. Mais aucune idée ne lui plaisait. Pour être franc, il avait vraiment peur de se faire allumer par sa patronne. Il avait toujours été adorable avec elle, sans jamais lui demander quoi que ce soit sur son amant, mais maintenant qu’il était à Paris, et après toutes ces journées où il fut harcelé par M. Taylor, il devait… il avait même besoin de savoir. Et il le saurait… « Au lieu de ruminer dans ton coin, tu pourrais aller promener Sayuri ? - J’ai autre chose à faire ! » Saga soupira. Il venait de descendre de sa chambre, il avait mal à la tête à force d’avoir tapé sur son ordinateur. Il avait encore ses lunettes sur le nez, et il n’était pas du tout d’humeur à promener la chienne. « Je veux savoir qui est son amant ! - Justement : va t’aérer, tu auras les idées plus claires. - Pas le temps. Je dois rappeler Baptiste pour… Mais voilà !! J’ai mon idée !! » Kanon se leva, partit chercher un dossier dans sa chambre, puis redescendit les escaliers comme un mammouth, enfila ses chaussures et traîna Saga dans le garage. Ce dernier eut beau pester, il fut mis de force sur le siège du conducteur, ses chaussures sur les genoux, et Kanon s’installa à côté de lui. Sachant pertinemment que son jumeau adoré sauterait dans tous les sens s’il n’abdiquait pas, Saga enfila ses pompes et démarra, sans même avoir enfilé un manteau. Mû leva les yeux au ciel, en se disant qu’il était tombé dans une famille de fous. *** Kanon entra dans l’immeuble sans trop de difficultés. Il avait la clé du rez-de-chaussée, et aussi celle de l’appartement. Il se demandait même s’il n’était pas le seul à avoir un double. Ouais, il devait sans doute être le seul, mais ce n’était pas comme s’il allait fouiller chez elle. Le chemin n’avait pas été long et Saga était parti dès que Kanon fût sorti de la voiture. Il était sans doute sur le chemin du retour, Kanon n’aurait qu’à appeler un taxi pour le chemin du retour. Si retour il y avait… Le motif de sa visite n’était pas extraordinaire en soi, mais il avait besoin de son avis. M. Cléron, ayant fait du détournement d’argent comme Kanon l’avait suspecté, et il leur fallait donc un nouveau comptable, le travail était trop important. Il avait reçu un certain nombre de propositions, mais même si c’était lui qui dirigeait les affaires en ce moment, Kanon estimait que ce n’était pas à lui de choisir ses employés. Nous étions le vingt-six décembre, Noël était donc passé, la date limite avant qu’il ne puisse venir l’emmerder dépassée, donc il avait tout à fait le droit de ramener ses fesses pour lui parler de comptables. L’adjoint monta dans l’ascenseur et appuya sur un bouton. La cabine s’éleva dans les étages, jusqu’à s’arrêter au sien, et il sortit pour se retrouver dans un couloir. La porte de l’appartement de Lys l’attirait comme un aimant, mais quand il fut devant, il hésita à frapper. Tout son courage tombait à l’eau. Il poussa un soupir, inspira, pour se donner un peu de courage, puis sonna. Il entendit alors une voix masculine, qu'il lui semblait avoir déjà entendu, mais vu le nombre de fois où ça lui arrivait, il valait mieux ne pas compter sur ses oreilles. On ouvrit la porte, et l’inconnu mystère apparut. Kanon mit sa main devant sa bouche, éberlué, tandis que l’autre en faisait de même. Puis, ils éclatèrent de rire. *** Les trois adolescents sortirent de la maison, suivant Sayuri qui s’ébrouait devant eux. Mû leur avait gentiment demandé de sortir la chienne, étant donné que Saga avait été kidnappé par un Kanon tout excité. Autrement dit, ils avaient le temps de dîner et d’aller se coucher avant que Kanon ne laisse partir son frangin. Kiki, adorable enfant qu’il était, accepta volontiers de promener le Shiba inu. Sans laisse, Sayuri marchait devant eux, et quand elle s’écartait du chemin, les trois enfants la rappelaient. C’était étrange comme elle pouvait être obéissante. Ses maîtres l’avaient sans aucun doute bien dressée. Kiki ne comprenait pas comment ils avaient pu abandonner une chienne si gentille. Il ne pensait pas qu’elle se soit enfuie de chez elle, elle n’avait jamais fait ce genre de chose depuis qu’elle était avec eux. C’était un grand mystère… Ils arrivèrent dans un petit parc, aux allées bordées d’herbe gelée et d’arbres dégarnis. Un petit vent soufflait, leur donnant des frissons, malgré leur épais manteau. Valentine s’assit sur un vieux banc et elle poussa un petit cri quand ses fesses touchèrent le bois froid. « C’est tout froid. - Reste debout, alors ! - Kiki, tu te rappelles ? C’est ici qu’on l’a trouvée ! » Anthony avait raison, c’était dans ce petit coin du parc qu’ils avaient trouvé Sayuri, abandonnée à elle-même. A présent, la chienne était plus propre et ses poils avaient été un peu coupés. Elle était belle comme tout. Kiki s’assit à côté de Valentine, et Anthony prit place à côté de lui. Dans le silence, ils regardèrent la chienne qui reniflait à droite et à gauche. Puis, voyant qu’ils ne bougeaient plus, elle revint vers eux et se fit câliner la tête par la jeune fille. Ce fut Anthony qui brisa le silence. « Demain, ma mamie vient à la maison. Elle m’a promis qu’elle me ferait visiter Paris. - J’y suis jamais allée, moi. Mes parents ne m’y emmènent jamais. Et toi, Kiki ? - On est allé visiter la tour Eiffel avec Saga et Kanon, un jour. » C’était quelques temps après s’être installés dans la capitale. Kanon travaillait pour Mlle Taylor, et un samedi, ils avaient décidé de visiter un peu, tous les trois. Kiki se rappelait très bien de ce jour-là : ils avaient sillonné Paris à coup de rames de métro. Kanon avait refusé de monter les marches menant au Sacré Cœur, Saga voulait absolument voir Notre-Dame, Kiki avait fait des pieds et des mains pour monter dans la tour Eiffel. Et c’était sans doute son plus beau souvenir de Paris. C’était également à partir de ce moment-là que leur vie s’améliora : Kanon monta les échelons, les problèmes de santé de Saga s’améliorèrent. Kiki se revoyait, tout en haut de la tour Eiffel, avec les jumeaux à sa droite et à sa gauche. Paris s’étendant devant ses yeux, le soleil brillant haut dans le ciel. Il eut comme une sensation de vide. Une délicieuse sensation de vide, à laquelle il s’abandonna, sans réfléchir. Les yeux fermés, il savoura ce sentiment de plénitude qui le submergeait. Soudain, il sembla retomber sur terre. Il ouvrit grand les yeux et poussa un cri peu masculin, qui eut un étrange éco, alors qu’un vent froid lui fouettait le visage. Halluciné, il vit Valentine et Anthony, près de lui, d’une pâleur extrême, les mains devant la bouche, complètement pétrifiés. Ils avaient quitté le parc. Ils étaient maintenant au deuxième étage de la tour Eiffel. *** « Kanon et ses manigances, je te jure… - Assis-toi au lieu de rouspéter. - Même pas eu le temps de mettre un manteau… » Saga se laissa tomber à côté de Mû qui lui jeta un regard amusé. Il fit tourner son visage vers lui, un léger sourire flottant sur ses lèvres. « Même pas eu le temps de retirer tes lunettes. » Mû attrapa les branches entre ses doigts et se pencha vers Saga pour l’embrasser. Ce dernier eut un sourire et glissa sa main derrière la nuque de son amant pour approfondir le baiser, mais le téléphone sonna. Il grommela et fut tenté de ne pas répondre, mais son sens du devoir le força à se lever et à décrocher. « Allô ? - Saga !!! C’est Anthony !!! - Hein ? - On est sur la tour Eiffel !! - Hein ?! - Que tu es loquace, Saga… - Mû, c’est pas le moment ! - Saga !! Venez nous chercher !! » Anthony semblait complètement paniqué. Il entendait la voix de Valentine, derrière, ainsi que le bruit des voitures, et même un klaxon de bus. Mais qu’est-ce que c’était que ce délire, encore ?! « Saga !!! - Anthony, calme-toi, je t’entends ! Qu’est-ce qui s’est passé ?! Qu’est-ce que tu fais sur la tour Eiffel ?! - Bah Kiki nous a dit qu’il s’était téléporté. - Je me disais aussi. - Saga, c’est horrible !!! Venez nous chercher !! » Les deux autres criaient la même chose, derrière. Saga se dit qu’il était vraiment maudit. Il tenta de calmer Anthony, en lui demandant précisément où il était, et également où il avait atterri exactement. L’enfant lui raconta qu’ils étaient arrivés au deuxième étage de la tour Eiffel, avec Sayuri en plus. Ils ne savaient pas si les chiens étaient autorisés sur la tour Eiffel, mais ils avaient préféré ne pas prendre de risque. Alors Kiki s’était calmé et avait fait un immense effort pour se téléporter à nouveau avec ses amis et la chienne autre part que sur la tour, et ils étaient tombés au milieu des pigeons au pied de l’édifice. Il était complètement crevé et tenait à peine sur ses jambes. Ils avaient fait un chemin fou, en plus, pour trouver une cabine téléphonique. Par chance, Kiki avait une carte sur lui, et Saga n’osa pas préciser que c’était fait exprès pour ce genre de situation. Le grec raccrocha après avoir fait promettre à Anthony de ne surtout pas bouger de là et de n’appeler personne. Il n’avait pas envie que sa mère ou qui que ce soit d’autre soit au courant, il ne manquerait plus que ça, tiens ! Il se retourna donc et partit mettre ses pompes et, cette fois, son manteau. Il attrapa ses clés de voiture et se pencha vers Mû pour lui mettre ses chaussures. « Tu n’as vraiment pas de chance, aujourd’hui. - Non, tu crois ? - Au fait, je ne t’ai pas dit ! Kanon a appelé, tout à l’heure, juste au moment où les enfants partaient. - Et qu’est-ce qu’il voulait me dire ? - Qui était l’amant de sa patronne. Tu ne devineras jamais. - Justement, dis-le-moi. - C’est Aioros. » Saga leva les yeux au ciel et Mû éclata de rire. Il avait presque envie de dire que c’était évident, mais Mû le fit pour lui. Il le prit dans ses bras et le souleva, tandis que Mû comptait sur ses doigts. Kanon n’avait pas arrêté de lui répéter que ce type était censé être naïf, voire un peu enfantin, ce dont Mû ne doutait pas étant donné qu’il avait perdu treize années de sa vie. En plus, Lys partait en Grèce, et Aioros était grec. Tandis qu’ils montaient dans la voiture, Saga lui demanda s’il n’avait pas tout deviné depuis le début. Les joues de Mû prirent alors une teinte rosée et il lui fit un sourire innocent. « Si ce n’était pas lui, alors ce n’était pas un chevalier. - Kanon sait que tu le savais ? - Il était furieux parce que je ne lui ai rien dit. - Tu caches bien ton jeu. - C’est ce qu’il m’a dit aussi. » Saga était trop préoccupé par Kiki et ses amis pour penser à Aioros. Mais, de toute façon, il ne pouvait qu’aller bien : il était avec Lys, elle était enceinte de lui, et il semblait décidé à rester vivre à Paris. Il ne pouvait qu’être en bonne santé, et il en était sans doute de même pour Aiolia. Saga se sentait soulagé, il se promit d’appeler Lys le soir même pour prendre des nouvelles. Mais en attendant, il avait des enfants à sauver. Ils mirent du temps à arriver, au grand dam de Saga, qui ne connaissait malheureusement pas Paris par cœur. Il s’était trompé au moins une fois de rue et il se maudissait intérieurement. Mû ne pipait mot, il aurait bien été incapable de se retrouver dans toutes ces rues. Quand ils arrivèrent devant la tour, Saga se gara et partit chercher les adolescents. Il revint quelques minutes plus tard, portant Kiki sur son dos. Il semblait épuisé mais il n’était pas à l’agonie, non plus. Saga l’assit sur la banquette arrière, entre ses deux amis, et il s’assoupit contre Anthony. « Vous m’en aurez fait voir de toutes les couleurs, vous trois ! - C’est pas notre faute ! » Valentine avait raison, mais tout de même… Pendant une bonne partie du voyage, Saga fit promettre à Valentine et Anthony de ne jamais parler de ça à qui que ce soit, et les deux enfants acquiescèrent avec vigueur. Ils étaient très impressionnés par ce que Kiki était capable de faire et ils croyaient dur comme fer à cette histoire étrange qu’il leur avait raconté. Il avait omis nombre de détails, comme par exemple que Saga avait été un Grand Pope tyrannique, mais dans l’état qu’il était, il n’était pas vraiment d’humeur à expliquer toutes les subtilités de la situation. *** Une forte fièvre le clouait au lit. Depuis qu’ils étaient rentrée, Kiki semblait s’être considérablement affaibli. Il arrivait à peine à bouger ses membres et la température de son cœur avait augmenté de plusieurs degrés. Saga avait été tenté d’appeler un médecin, mais il savait que ce dernier ne saurait trouver son mal. Mû l’avait rassuré, il suffisait de donner quelques médicaments à Kiki, et il s’en remettrait. Malgré cela, Saga demeurait inquiet pour l’enfant. Il n’arrivait pas à comprendre le calme du jeune homme, qui ne semblait nullement inquiété par l’état de l’enfant. Ne pouvant plus supporter le visage tourmenté de Saga, Mû se sentit obligé de lui expliquer que la téléportation était un exercice terriblement difficile et épuisant pour les enfants. Saga ne comprit pas vraiment, il avait toujours vu Mû se téléporter à travers le Sanctuaire. Le tibétain eut alors une expression un peu gênée, et il lui avoua que c’était en partie pour cette raison qu’il tombait souvent malade : ses défenses immunitaires s’affaiblissaient, son corps s’épuisait à mesure qu’il se déplaçait de cette façon. Il fallut attendre des années avant qu’il ne puisse réellement se téléporter sans subir le moindre choc. Mû expliqua aussi que Kiki n’avait quasiment plus de cosmos, ou certains restes. Se téléporter une fois par accident était fatiguant, mais provoquer ensuite une nouvelle téléportation, avec d’autres personnes, l’avait tout simplement épuisé, vu qu’il avait perdu tout son entraînement. Mû baissa les yeux quand il sentait le regard énervé de son aîné : et dire qu’il avait passé tout ce temps à courir après ce gamin fiévreux parce qu’il abusait de la téléportation ! « Tu étais vraiment inconscient ! - Sion me le disait souvent. Mais c’était plus rapide ! Et puis, ce n’est pas seulement à cause de ça que je tombais malade, il y avait aussi la chaleur… - Ne te trouve pas d’excuses. - Si tu avais su, tu ne m’aurais pas couru après ? - Si j’avais su, je t’aurais botté les fesses. » Mû éclata de rire. Il prit le bras de Saga et posa ses lèvres sur sa joue. Mais le grec était loin d’être attendri : toutes ces années à s’inquiéter de sa santé instable à cause de ces fichues téléportations… Et dire qu’il l’avait plaint… Il ne dirait jamais à quel point Camus était raisonnable : lui, au moins, il restait à l’ombre et n’allait pas s’aventurer à droite et à gauche sous un soleil de plomb. Soudain, la porte de la maison s’ouvrit avec tellement de grâce que le couple savait déjà qui entrait en fanfare sans même avoir vu sa tête. Ils faillirent soupirer de dépit quand ils virent Kanon, la mine joyeuse, comme s’il était fier de son coup. Et, dans le fond, il l’était… « C’est moi ! - On l’avait remarqué. » Ils avaient parlé en même temps et Kanon se dit, à juste titre, qu’ils étaient vraiment faits pour être ensemble, ces deux là. « J’ai enfin élucidé le mystérieux mystère de l’amant mystère ! - C’est ce que j’ai cru comprendre. » Kanon s’installa dans le fauteuil et partit dans le récit de son après-midi. Quand on lui avait ouvert la porte de l’appartement, Aioros était apparu. Il était l’un des rares chevaliers à connaître son existence, et la dernière fois qu’il l’avait vu, c’était peu de temps avant sa mort, quand il avait quatorze ans. Quand Kanon le vit sur le pas de la porte, avec une quinzaine d’années en plus, la stupéfaction, puis le bonheur avait envahi son cœur. Ils avaient éclaté d’un grand rire, sans que Lys, sortant de sa salle de bain avec juste un peignoir sur le dos, ne comprenne quoi que ce soit. Elle fut encore plus surprise quand les deux hommes se serrèrent dans leurs bras. Lys ne fit pas de scandale sur le fait que Kanon soit venue la déranger, mais elle faillit piquer une crise de tous les diables parce qu’ils avaient tenté d’échapper aux explications. Après un regard hésitant, Kanon et Aioros finirent pas se lancer. Si la jeune femme n’avait pas été confortablement assise dans son canapé, elle se serait écroulée de stupeur. Il fallait dire que ce n’était pas tous les jours que son adjoint lui racontait avoir passé la quasi-totalité de sa vie dans des Sanctuaires dédiés à des Dieux, et c’était encore plus rare que son amoureux lui avoue qu’il était décédé quand il avait quatorze. Autant dire que Lys, bien qu’elle soit solide, avait mis un peu de temps, déjà pour les croire, puis pour s’en remettre. Saga demanda comment allait Aioros. Ce dernier semblait en bonne santé, bronzé et souriant, comme autrefois. Il était épanoui et bavard. En somme, il n’avait pas changé. Et c’était cela qui avait titillé Kanon : Aioros avait très peu changé depuis qu’il l’avait vu pour la dernière fois. Certes, c’était un adulte, un homme droit et responsable. Mais il avait toujours des manières d’enfant. Dans le fond, il restait l’adolescent qu’il avait été, certes prématuré, mais il y avait certains de ses mots, certains de ses gestes, de ses regards, qui laissaient entendre ce gouffre, ces années de mort qu’il n’avait pu combler en l’espace de deux ans. Kanon doutait que cela passe un jour, on ne pouvait se relever facilement après avoir passé tant d’années dans l’ombre. Néanmoins, Aioros avait l’air en forme et il n’avait pas du tout l’air soumis, bien au contraire. Kanon était certain qu’avec ses manières et son sourire à tomber par terre, il avait mis Lys à ses pieds. Saga lui disait qu’il exagérait, mais Kanon affirmait qu’il n’avait jamais vu sa patronne obéir autant à quelqu’un, c’était même affolant. Enfin, tout ça pour dire qu’Aioros allait très bien. Mû lui demanda quand même ce qu’il avait fait pour en arriver là, et Kanon lui expliqua qu’il avait trouvé un boulot dans un bar à côté de l’hôtel où Lys allait à chacun de ses voyages à Athènes. Les choses s’était faites naturellement, étant donné qu’elle aimait traîner dans les rues au lieu de moisir dans des restaurants luxueux. Il avait eu aussi des nouvelles d’Aiolia. Ce dernier travaillait dans un restaurant. Il était marié à une fille plus jeune que lui qui venait d’accoucher d’un petit garçon. A mesure que Kanon leur faisait ces révélations, Saga et Mû sentaient un poids s’alléger sur leurs épaules. Ils étaient rassurés, plus qu’ils n’auraient su le dire. Mais cette sensation de joie disparut totalement quand Kanon leur demanda comment s’était passé leur après-midi. Quand Saga lui raconta la mésaventure de Kiki, Kanon s’écroula de rire sur son fauteuil. Comment vous plomber la journée en cinq minutes… Il monta quand même à l’étage voir comment allait l’enfant, qui regardait la télévision. Il n’avait pas l’air spécialement en forme, mais suffisamment pour rire avec Kanon. Evidemment, quand des trucs marrant se passaient, il fallait qu’il ne soit pas là… Enfin, pour rien au monde, il n’aurait voulu que quelqu’un d’autre que lui découvre Aioros chez sa patronne. Tant de mystère pour si peu… « Mais attends ! Rhadamanthe était au courant, lui ! » Il se rua hors de la chambre, sous les rires de Kiki, et il composa le numéro de son crétin d’amant. Il avait bien dû se moquer de lui, intérieurement… *** Suite du chapitre ici. ;)
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