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''Souviens-toi'' by Ludi
Chapitre 16
(suite)
« Saga, si jamais je t’entends rire, crois-moi que tu vas le regretter.
- Moi ? Rire ?
- Ouais, toi, rire, espèce d’abruti. »
Malgré lui, Saga éclata de rire. Mû et Kiki levèrent les yeux du manuel de chinois et l’interrogèrent du regard. Le grec appuya sur un bouton et la voix de Rhadamanthe se fit entendre.
« Mais t’es sourd où t’es bouché ?!
- Je suis charcutier !
- Le gosse, la ferme !
- Tu me feras toujours rire, Rhadamanthe.
- Mais c’est pas marrant du tout. Et j’en fais quoi, moi, maintenant ?
- Oh, ce n’est pas si terrible ! Eaque n’est pas désagréable…
- Ça c’est toi qui le dis ! »
Au lendemain des fêtes de Noël, Eaque avait décidé d’offrir un petit voyage en Ecosse à sa chère et tendre Corinne, qui avait accepté volontiers. Surtout que son ami lui avait affirmé que le château où il avait réservé une chambre appartenait à un ami à lui. A présent, Rhadamanthe se maudissait d’avoir accepté la demande de son père, consistant à installer des chambres dans leur château. Cela ne remontait qu’à quelques mois et le succès était appréciable. Il maudissait aussi Eaque d’avoir réservé chez lui. Il ne pouvait pas en vouloir à sa copine, elle n’était pas censée savoir que c’était lui qui tenait l’affaire…
« Mais qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ?
- Sûrement quelque chose de bien.
- Le pire, c’est que sa copine est adorable, alors je ne peux pas pester devant elle. Elle le prendrait mal.
- Et si tu pestes après Eaque ?
- Si elle ne voulait pas venir, il ne venait pas.
- Donc c’est de la faute à Corinne s’ils sont venus.
- Il est vicieux, hein ? »
Ignorant Kiki, qui demandait ce que voulait dire le mot « vicieux », Saga acquiesça : c’était bien le genre à Eaque, ça. Il mettait tout sur le dos de Corinne car il savait que Rhadamanthe n’oserait pas lui gueuler dessus. Il s’en fichait complètement de Corinne, elle ne le dérangeait pas le moins du monde, mais le cloporte qu’elle traînait avec elle, il aimait déjà moins.
« Tu embrasseras Corinne pour moi.
- Si Eaque me laisse l’approcher, ce Garuda est un vrai chien de garde.
- Au fait, Kanon t’a appelé tout à l’heure, non ?
- Excité de la vie.
- Comment tu as su pour Aioros ?
- Déjà, c’était pas un type commun : pas de diplômes, pas d’expérience professionnelle, pas de famille, hormis son frère, de sept ans son cadet, qui était dans la même galère. En gros, il n’avait pas de passé. Ensuite, laisse-moi finir, il avait un comportement assez enfantin par moments.
- Ça ne veut rien dire.
- T’écoute quand je te parle ?
- Vas-y, termine.
- Bien. Ensuite, il était brun. Saga, tais-toi ! Donc, il était : brun, les yeux verts, pas de passé, langage et comportement de jeune, la trentaine, et un frère plus jeune. Et il est sagittaire. C’est pas pour rien que j’ai pensé à lui. Il savait cuisiner et il aimait les pommes. Saga, tout le monde connait la passion d’Aioros du Sagittaire pour les pommes ! Il parait qu’il en mangeait à se donner mal au ventre. Même quand j’ai intégré l’armée de Hadès, les cuisinières du Sanctuaire continuaient à en cuisiner en son souvenir le jour de sa mort ! On trouvait ça vraiment louche, Minos était persuadé que cela avait vraiment une signification, toutes ces pommes…
- Oui, je m’en rappelle. Kiki, tu veux bien arrêter de rire ? C’est valable pour toi aussi, Mû…
- Enfin, et c’est ça qui m’a mis la puce à l’oreille, c’était qu’il avait de la force. Entre nous, soulever une table à bout de bras, je connais pas grand monde qui en est capable. Autre chose, Lys me disait qu’il savait se battre, et il lui faisait penser à Kanon. Tu veux d’autres détails ?
- Pas besoin, j’ai déjà eu un rapport détaillé par Mû.
- C’est bien, Saga, tu n’as pas choisi un abruti pour amant. Quand je vois le mien… »
Ils entendirent un cri de colère, qui semblait venir de Kanon, qui écoutait depuis tout à l’heure la conversation depuis la cuisine, où il était au téléphone avec on ne savait qui. Kiki était écroulé de rire sur son canapé, Mû avait abandonné son initiative de l’aider à faire ses devoirs.
« Il y en a au moins un qui sauve l’honneur, quoi.
- Je peux savoir ce que ça signifie ?
- Mais rien du tout, Saga. Mais je pense que Kanon et toi n’êtes pas jumeaux pour rien. »
Ce fut au tour de Saga de protester, en cœur avec Kanon, qui commençait sérieusement à passer pour un crétin. A l’arrière, installés dans le canapé, Mû et Kiki se marraient. Même Sayuri semblait rire d’eux, aboyant gaiment.
« Y’a que la vérité qui blesse.
- Compte pas sur moi pour te réinviter à la maison.
- M’en fous, j’irai chez Lys. C’est pas son cher et tendre qui va me contredire, j’en suis sûr. »
Kanon attrapa le combiné, éteignit le son, et se mit à rouspéter contre son amant, qui semblait bien s’amuser, mine de rien, à l’autre bout du fil.
***
Saga sortit de la baignoire et attrapa une serviette éponge, avec laquelle il se frictionna le corps. Puis, il enfila son pyjama, qui lui était essentiel pour bien dormir la nuit. Cela faisait plus d’un an qu’il vivait en France, mais il était toujours incapable de s’endormir torse nu en hiver, malgré le chauffage. Quand il fut changé, il rinça la baignoire et il eut soudain une vision qui le fit rougir de gêne : Mû installé contre son torse, et ses propres mains voyageant sur son corps.
La température sembla soudain monter, mais il calma de suite ses ardeurs : hors de question de prendre une nouvelle douche à cause de son trop-plein d’hormones. Il avait quand même plus de tenue que ça. Du moins, il l’espérait, car c’était de plus en plus difficile de dormir avec Mû sans avoir envie de le toucher.
Depuis leur petite « séance » du vingt-quatre, Saga sentait son envie de lui faire l’amour se faire de plus en plus pressante. Avant, il avait tendance à beaucoup le regarder, et aussi à le désirer. A présent, il ne rêvait plus que de ça, et il se sentait sale d’espérer ce genre de rapport. Malgré tout, il continuait à avoir quelques remords, même s’il avait touché intimement le tibétain. Il n’osait pas aller plus loin, il avait peur de souiller la pureté de Mû. Il avait été enfermé par une folle, subi les coups et la présence de cette femme dérangée, mais jamais il n’avait subi d’abus sexuel. Par il ne savait quel miracle, il était aussi vierge que le jour de sa naissance, et Saga se demandait s’il était vraiment celui qui devait le posséder, après tout le mal qu’il lui avait fait.
Pourtant, Mû essayait de le tranquilliser. Sans être audacieux, Mû l’entourait de sa tendresse, quand ils se couchaient le soir, se lovant contre lui. Il lui parlait, aussi, de son passé. De son enfance. De toutes ces années passées à Jamir, seul ou avec Kiki. Mû lui dévoilait sa vie, celle qu’il avait menée autrefois. Il lui accordait sa confiance, car il savait que Saga en manquait. Et puis, Saga était important pour lui. Il le lui avait dit.
Saga rejeta toutes ces pensées. Il était temps d’aller dormir. Kiki était couché, Sayuri dans sa chambre, et Kanon avait besoin de se reposer car il avait un rendez-vous important le lendemain. Ou, plutôt, il y avait un évènement qu’il ne voulait absolument pas louper : la présentation d’Aioros à ses beaux-parents. Cela risquait d’être… folklorique.
Le grec sortit de la salle de bain, après s’être brossé les dents, puis retourna dans sa chambre, où Mû l’attendait, couché dans le lit. Il semblait plongé dans ses rêveries, mais il en sortit quand la porte s’ouvrit. Il eut un sourire, et Saga ne put s’empêcher de contempler son visage.
Mû avait les traits fins et quelque peu asiatiques, bien que sa peau soit blanche. Ses yeux bleus brillaient comme des saphirs, surmontés de deux points écarlates, qui se mouvaient quand il haussait un sourcil inexistant. Son visage androgyne et typiquement atlante était encadré par de longs cheveux mauves, s’accordant parfaitement avec son teint et la couleur de ses iris. La lumière tamisée de la lampe de chevet donnait un teint chaud et légèrement orangé à son visage serein.
Il était beau. Vraiment, il était beau. Le genre de beauté que l’on n’aperçoit qu’une fois dans sa vie, et qui n’existe nulle part ailleurs. Une beauté étrange, que l’on ne peut rencontrer que dans les endroits reculés, tels que Jamir.
Saga songeait cela, sans penser une seconde que Mû se faisait la même réflexion, tandis qu’il détaillait la figure plus masculine de son amant.
Le grec portait bien sa nationalité. En dépit de son manque d’exercices physiques, Saga semblait être taillé comme une statue grecque, ayant un corps bien bâti, aux épaules larges, les bras solides et les jambes inébranlables. Quant à son visage, encore légèrement halé, il possédait une beauté virile. Ses lèvres étaient charnues et bien dessinées, ses yeux d’un bleu profond qui lui faisaient penser à l’océan, lui procurant un regard franc et doux à la fois. Ses cheveux bleus bouclaient autour de son visage et sur ses épaules en mèches libres et peu ordonnées. Saga avait trente ans, et cela ne faisait que rehausser davantage son charme.
« Tu aurais pu éteindre sans moi.
- Je préfère t’attendre. Je ne suis pas épuisé. »
Saga se glissa à son côté dans le lit. De suite, Mû se cala contre lui, savourant la chaleur de son corps. Il revit pendant un instant le chevalier puissant et respecté qu’il avait été, et lui, petit garçon, qui le regardait de loin en espérant un peu d’attention de sa part. Il faisait toujours exprès de se téléporter, pour s’affaiblir et tomber malade. Il savait que Saga lui courrait après pour le ramener dans sa chambre, car il était le seul à connaître ses cachettes. Dans ces moments-là, le chevalier de quinze ans le prenait dans ses bras et le serrait contre lui. Peut-être que Sion avait deviné, autrefois, son admiration et sa tendresse vis-à-vis du Gémeau. C’était peut-être pour cela qu’il ne faisait que le gronder, sans jamais le punir…
Leurs lèvres se rencontrèrent naturellement. Lèvres contre lèvres, le baiser n’était que chaste, mais il se fit plus intense quand Saga glissa sa langue dans l’étroite ouverture, pour caresser celle de son amant. Mû répondait, mais il se sentait maladroit. Saga semblait avoir plus d’expérience, en matière de baiser, et sans doute pas seulement là-dessus. Avec combien d’hommes ou de femmes avait-il fait l’amour ? Combien avait-il eu d’amants avant lui ? Mû ne put empêcher la jalousie monter dans son cœur. Il avait toujours été un peu jaloux avec Saga. Jamais avec les autres, chacun avait ses mérites et ses faiblesses. Mais Saga, c’était différent. Tout était différent avec lui…
Le baiser prit fin. Mû se sentit troublé par le regard empli d’amour que Saga lui envoyait. Ses lèvres brûlaient de mille questions, et il décida de se lancer, au risque de le surprendre.
« Tu as eu beaucoup d’amants avant moi ? »
Saga sembla stupéfait. Ses yeux s’ouvrirent de surprise. Visiblement, il s’attendait à beaucoup de questions, mais certainement pas à celle-là. Même si c’était assez gênant, il préféra répondre. Après tout, il n’avait rien à lui cacher.
« Pas énormément.
- Ma question te gêne ?
- Un peu, oui. Voyons…
- Ça veut dire que tu en as eu beaucoup.
- J’en ai eu quatre.
- Quatre ? »
C’était peu, du moins pour un chevalier, mais beaucoup vis-à-vis de Mû qui, malgré ses vingt-deux ans, n’avait jamais partagé le lit de qui que ce soit. Voyant que Mû était bien décidé à vouloir savoir de qui il s’agissait, Saga fut obligé de répondre, mais il tenta quand même de se taire. Mais c’était mal connaître le tibétain qui le menaça : plus de baisers, plus de câlins, niet, nada, s’il ne répondait pas. Autant dire que Saga préférait ne pas faire d’embrouilles…
« Ne viens pas te plaindre si ça ne te plait pas. »
D’abord, il voulait savoir, et ensuite il pourrait se plaindre. Saga soupira et parla du premier. Ils se fréquentaient quand il avait quatorze ans et les choses s’étaient faites naturellement, si on pouvait dire. C’était un chevalier de bronze de son âge, celui du fourneau. Mû haussa un sourcil mais ne dit rien. Il voyait parfaitement de qui il s’agissait : Connor, grand et séduisant, avec ses cheveux écarlates et ses yeux émeraude. Ce coureur de jupons avait fini par mourir d’une bête maladie, que l’on appelait communément Sida. Et lui qui se vantait de n’avoir jamais réussi à choper une maladie…
Saga avait tout de même souffert de sa mort, car il était tout de même son ami, mais après toutes les conneries qu’il avait faites, c’était triste à dire, mais il n’avait que ce qu’il méritait. Son second amant, il l’eut vers ses vingt-et-un ans. C’était le chevalier du Lynx, Kale. Mû tiqua à nouveau : deux hommes, deux tempéraments forts. Il avait aussi connu cet homme-là, et il se souvenait parfaitement de sa plastique avantageuse : une peau bronzée, des cheveux noirs, un visage pas beau dans le sens strict du terme, mais qui avait un certain charme. Le tibétain n’avait pas de mal à imaginer quelles avaient été les soirées de Saga avec cette force de la nature.
« Ne va pas t’imaginer des choses, on ne se voyait pas souvent.
- Vos soirées devaient être passionnantes.
- Ne me dis pas que tu es jaloux ? »
Mais tout sur son visage montrait qu’il l’était. A vrai dire, c’était la première fois qu’il voyait Mû jaloux, et mine de rien, c’était assez agréable. Il poursuivit, sans s’étaler sur la fin de sa relation avec le chevalier du Lynx, qui se mit à devenir extrêmement jaloux, au point que cela en était insupportable. De plus, il n’arrêtait pas de faire toute sorte de sous-entendus, le menaçant de tout révéler. La partie mauvaise de Saga l’avait terrifié au plus au point dans un combat dont le chevalier d’argent ressortit plus que perdant. Il n’osa plus jamais approcher le Grand Pope, même s’il lui fut toujours fidèle.
Tout le monde connaissait la fin de cet impétueux chevalier. Ayant perdu Saga, même si personne ne le savait, il voulut s’approprier Aphrodite, qui était lui aussi dans la confidence, connaissant pertinemment l’identité du Grand Pope. Kale le suivit un jour jusqu’en France, où vivait la maîtresse et l’enfant du chevalier d’or, et pour le libérer de son fardeau, il voulut tuer Noémie et Julia. Officiellement, le chevalier du Lynx fut tué lors d’une embuscade. Mais tout le monde savait que c’était Aphrodite qui avait mit fin à ses jours, sans qu’on ne sache réellement pourquoi. Personne ne protesta : on ne conteste pas la parole d’un chevalier d’or.
Pendant un temps, Saga fréquenta une femme, une servante, la fougueuse Veronica, mais il s’en sépara bien vite quand elle se mit en tête de lui faire un enfant. Non pas que Saga n’en voulût pas, mais disons que, tant qu’à faire, il préférait que son Autre ne possède pas une arme supplémentaire contre lui.
Enfin, son dernier amant fut un jeune garde, qui avait échoué lors de son combat pour l’armure du Petit lion, remportée par Ban, un enfant de Mistumasa Kido. Il était assez jeune, ils avaient plus de dix ans d’écart, mais la partie maléfique de son être avait été plus que tentée par cet apollon aguicheur, qu’il tua sans vergogne quand il devint trop encombrant. Bien qu’il n’ait eu aucune attirance pour cet éphèbe, Saga fit violence à son Autre pour ce qu’il venait de faire, et cette rage dura jusqu’à sa mort. Roland n’avait pas mérité son sort, et Saga était au comble de l’exaspération : son Autre était d’une puérilité morbide.
Etant donné que ses aventures avec la servante et le garde furent brèves, et plus ou moins consenties par Saga qui n’était plus tout à fait maître de son corps, Mû en déduisit que Saga avait eu deux véritables amants dans sa vie. Et ni des plus laids, ni des plus passifs, bien au contraire.
« Enfin, c’est du passé. Je n’y pense plus, aujourd’hui.
- Il n’empêche que tu es devenu un homme à quatorze ans…
- Mû ! Notre corps et notre esprit sont plus développés que les hommes normaux…
- Fais de moi un homme.
- Pardon ? »
Le regard de Mû était plongé dans le sien. Il ne vit aucun doute dans ses prunelles sombres.
« Je ne l’ai jamais fait. Je suis à moitié un homme. Rends-moi entier, Saga. »
Et il l’embrassa, enroulant ses bras autour de son cou.
***
Plus rien n’existait autour d’eux. Ni la maison, ni ses autres habitants. Il n’y avait plus que la chambre, où une lampe unique diffusait une petite lumière douce et tamisée, éclairant à peine leurs visages.
Les vêtements étaient déjà tombés sur le sol, formant de petits tas de tissus étalés sur la moquette, éparpillés autour du lit. Seule la couette épaisse recouvrait leur corps, les protégeant de tout regard indiscret. Mais plus rien n’avait d’importance, pour eux, à part le regard, les mains, le corps de l’autre.
Saga l’embrassait voracement, comme si c’était la dernière fois qu’il le faisait. A plusieurs reprises, il avait tenté de s’extraire de ces lèvres tentatrices, mais les mains de Mû, plongées dans ses cheveux, ne cessaient de le ramener vers elles. Le jeune homme ne pouvait supporter d’être séparé de cette bouche, de ces baisers qui avaient un goût de paradis. Saga lui transmettait sa passion, son désir, avec sa langue taquine, et Mû sentait tous ces intenses sentiments se déverser en lui. Son cœur battait la chamade dans sa poitrine, il le sentait frapper, comme s’il voulait sortir.
Ils étaient nus, tous les deux. Saga avait retiré son pyjama, Mû en avait fait de même avec celui du grec qui, allongé sur lui, parcourait son corps de ses mains larges et puissantes, caressant son torse, ses épaules, puis descendant sur ses hanches, ses fesses, ses cuisses. Les mains plus fines mais tout aussi habiles de Mû voyageaient sur son dos, et il découvrait du bout des doigts d’ancienne cicatrices que le temps n’avait pu effacer. Il toucha l’arrondi de ses fesses, puis remonta vers les épaules.
Leurs corps n’étaient plus que braises. Leurs sexes durcis se touchaient, se caressaient, à mesure que leur peau au teint distinct se frottaient l’une contre l’autre, en accord avec leurs mains qui ne cessaient de se faire plus audacieuses. Mû hoqueta quand Saga glissa ses doigts autour de sa virilité. Il se sentit durcir davantage quand son amant se mit à le caresser. Mû pensa vaguement à ses autres conquêtes, à ces deux hommes qu’il avait touché de la même manière et qui lui avaient apporté du plaisir. Il se sentait ridicule à côté, passif, sans la moindre expérience.
Refusant de se laisser submerger par le plaisir et voulant aussi en donner, le tibétain prit le membre de Saga dans sa main. Ce dernier gémit et brisa le baiser, pour ensuite glisser ses lèvres sur le cou blanc du Bélier qui le caressait timidement, voire même avec maladresse. Mais le Gémeau sentit son excitation grimper encore davantage, car Mû le touchait, il avait cessé d’être passif. Il sentait son cœur cogner contre sa cage thoracique, il avait envie de plus, de tellement plus, mais il n’osait pas aller plus loin. Comment lui dire qu’il voulait le posséder ?
Mû le fit à sa place. Il écarta ses jambes, invitant Saga à aller plus loin. Les lèvres du grec étaient descendues sur son torse, chopant un téton pour le suçoter, le mordre doucement. Mû gémit et il eut un regard étonné quand Saga prit ses deux mains qu’il posa sur ses propres épaules, cessant les caresses que le tibétain lui prodiguait. Le grec prit possession de sa bouche avec une tendresse infinie. Mû se sentit fondre, et il entendit plus qu’il ne vit la main de Saga fouiller dans le tiroir de la table de chevet. Quand le baiser prit fin, il vit un tube et il se sentit rougir. Saga lui glissa que cela faisait bien une semaine que Kanon ne cessait de le remettre dans le tiroir, des fois que Mû le trouve et accélère les choses. Le tibétain ne put que pouffer devant la puérilité de Kanon.
Saga lubrifia ses doigts, puis il disparut sous la couette. Mû savait que ses joues étaient en feu, son corps tremblait d’anticipation, et il faillit crier quand il sentit la langue de Saga parcourir son sexe. Il mit ses mains devant sa bouche, mais la langue habile glissait sur sa virilité, léchant sa peau fragile, la mordillant sans agressivité. Dans le même temps, un doigt froid et humide entra dans son intimité, et il eut un violent frisson. Le second doigt fut aussi gênant que le premier, le troisième fut douloureux. Saga détendit les chairs en bougeant ses doigts, et il prit le membre entre ses lèvres, lui faisant l’amour avec sa bouche.
Toutes sortes de sensations le submergèrent. Mû se sentait mourir à petit feu. Il sentait une langue chaude sur son membre, des doigts qui s’agitaient en lui, et un plaisir insurmontable qui lui brouillait les sens. Il avait du mal à respirer, du mal à penser. Des frissons lui chatouillaient la colonne vertébrale, comme les doigts de Saga sur son ventre. Des larmes perlaient à ses yeux, il était au bord de la jouissance, pure et simple.
Mais elle n’eut pas lieu. Saga abandonna sa virilité et son intimité. Mû ne put s’empêcher de gémir, il se sentait cruellement abandonné. En manque. Saga se pencha alors vers lui et déposa un baiser sur ses lèvres. Mû ne comprit pas vraiment, jusqu’à ce qu’un sexe dur tente de le pénétrer.
D’abord, il eut mal. Ça faisait vraiment mal. Mû s’accrochait aux épaules de son aîné, griffant son dos, serrant les dents. Saga voyait que ce n’était pas agréable, mais il ne se retira pas. Il était entré, et il ne bougea plus, laissant son amant s’habituer à sa présence en lui.
Le visage de Mû était crispé et il se détendit légèrement quand les lèvres charnues de Saga se déposèrent au creux de son cou, déposant une multitude de baisers. Une de ses mains caressa son visage, l’autre son sexe, et sa voix rauque lui murmura de se détendre. Ce n’était pas facile, mais il devait se détendre, lui faire confiance, ou il aurait vraiment mal. Mû voulut dire quelque chose, mais Saga l’interrompit : il pouvait encore s’arrêter, il ne serait pas vexé du tout, il comprenait. Mais ces dernières paroles détendirent complètement le tibétain qui ne voulait surtout pas arrêter. Pas maintenant.
Et là, il eut du plaisir. Quand Saga, les mains plaquées sur ses hanches, commença à réellement se mouvoir en lui, en des va-et-vient lents et tendres, Mû sentit les premières vagues de plaisir monter en lui. Son corps tremblait, la température semblait avoir augmenté encore de quelques degrés. Il s’accrochait au cou de Saga, qui l’embrassait pour étouffer ses gémissements. Ce dernier se sentait submergé par toutes ces sensations oubliées, tapies dans un coin de sa mémoire et qui resurgissaient avec violence. Il se rappela toutes ces soirées de débauche où il tentait d’oublier, et il eut encore plus envie de faire l’amour à Mû. Il ne voulait pas que cela soit comme autrefois, où seul le rapport physique comptait. Saga voulait faire l’amour. Vraiment faire l’amour…
Saga se fit plus passionné, enchaînant les poussées plus rapides, plus franches. Mû dut se mettre la main devant la bouche pour ne pas hurler. Le membre dur et chaud de Saga allait et venait en lui, ce dernier sentait les chairs moites de Mû se refermer sur lui, et il ne pouvait résister à cette sensation grisante. Il frappait sa prostate, se fondant en lui, enfonçait son membre jusqu’à la garde. Mû ondulait sous lui, perdant toute notion du temps et de l’espace, ne vivant alors plus que pour le regard flou de son amant, qui l’embrassait fougueusement.
Et soudain, il s’arrêta. Saga cessa de bouger. Mû, au bord de la jouissance, crut qu’il allait mourir sur place. Il gémit fortement et jeta un regard frustré au grec, qui eut un sourire amusé. Il était lui-même au bord de l’explosion, et quand il parla, sa voix était rauque et haletante.
« C’est… ta première… fois, non ?
- Evidemment… idiot… Saga, continue… je t’en prie…
- Non… ce sera… ma première fois, aussi… »
Saga se retira, sous le regard troublé de Mû. Quand le grec attrapa le tube sur la table, il comprit à nouveau, et ses joues rougirent encore plus si c’était possible. Affolé, il se redressa quand Saga s’allongea près de lui.
« Saga, je… je ne sais pas !
- Tu peux… te mettre à genoux, non ?
- Ça… n’a rien à voir !
- Tu t’es donné à moi… Je ne l’ai jamais fait… Viens… »
Le regard du grec était presque suppliant. Il ne l’avait jamais fait. Saga n’avait jamais ouvert les jambes pour qui que ce soit. Loin d’être romantique, c’était l’Autre qui refusait de se laisser dominer, et jamais Saga n’en avait exprimé le désir. Mais, ce soir, il ne voulait pas être le seul à dominer. Il ne voulait pas être le seul à voir la souffrance de la première pénétration sur le visage de l’autre. Mû était capable de se mettre sur ses genoux, il pouvait tout à fait le dominer.
Et c’est ce qu’il fit, après avoir préparé Saga avec maintes attentions, comme lui-même l’avait fait. Il glissa ses doigts humides en lui, embrassa son membre, mais pas assez longtemps pour qu’il vienne. Mû, timide qu’il était, hésita à prendre Saga. Il n’osait pas s’aventurer. Le corps sculpté et puissant de Saga ne lui appartenait pas, avait-il vraiment le droit de le dominer, lui si fin par rapport à lui…
Mais il le fit. Malgré son inexpérience, il se glissa dans l’intimité de Saga, et fut assailli par des sensations aussi diverses que jouissives. Il vit le visage contracté de Saga, qui ne pensait pas que cela fût si douloureux, et il se félicita d’avoir toujours été fidèle aux préliminaires. Mû voulut s’arrêter, malgré son envie d’aller encore plus loin, mais les talons de Saga, posés sur ses fesses, le forcèrent à aller plus loin. Ils eurent un gémissement…
Mû était au-dessus de Saga, appuyé sur ses deux mains, de chaque côté de son corps. Il eut un sourire : il n’aurait jamais pensé être dans cette position un jour. Saga haussa un sourcil, un léger sourire flottant sur ses lèvres. Mû se pencha et l’embrassa, puis lui murmura un « merci » au creux de l’oreille. Saga l’embrassa sur la joue et l’invita à continuer.
Le reste ne fut qu’un rêve éveillé. Des allées et des venues passionnées qui les foudroyèrent sur place, un plaisir intense et jusqu’alors inconnu dévalait leurs veines pulsantes. Leurs traits étaient brouillés par la jouissance qui approchait, leurs corps luisants et vivants comme jamais ondulaient l’un contre l’autre. Ils ne formaient plus qu’une seule chair, plus qu’un seul être.
Deux cœurs battaient l’unisson. Et même quand ils s’endormirent, ils continuaient à chanter dans leur poitrine au même rythme enchanteur…
***
Chapitre suivant ici. ;)
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