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''Souviens-toi'' by Ludi Chapitre 7 « À la pêche aux moules, moules, moules… - T’as pété un câble, là. - Mais pourquoi il m’appelle pas ?! - Il travaille… - M’en fiche !! Si ça se trouve, il est en train de me tromper ! - Ce ne serait pas dans son intérêt. - Pourquoi il m’appelle paaaaaaaaaaaas ?! » Tout en rangeant un classeur, qui lui hurlait depuis deux jours qu’il voulait être rangé, Kanon écouta vaguement les pleurnicheries de sa patronne. Bon, d’accord, on était jeudi et son amant l’appelait tous les jeudis sans exception, allez savoir pourquoi ce jour, et aujourd’hui il avait un peu de retard. La journée n’était pas finie, il était à peine cinq heures de l’après-midi et Kanon savait très bien que ce mystérieux inconnu ne manifestait sa présence que vers quatre heures. « C’est un gros méchant ! - Mais non. - Kanon, tu fais quoi ?? - Je fais ton travail, c’est-à-dire ranger tes fichus classeurs. - Pourquoi il appelle pas ?!! » Mais faites-là taire… Grogna intérieurement l’ancien Dragon des mers qui n’allait pas tarder à cracher du feu si elle ne s’arrêtait pas deux minutes de hurler. Bon, pensons à autre chose, se dit-il. Ah oui, Rhadamanthe. Rhadamanthe qui vient bientôt à la maison. C’est fou comme il avait envie de le voir, ce crétin. Ç’allait être du joli avec Éaque en plus. « Entre ce crétin qui n’appelle pas et l’autre abruti qui gueule pour un rien, je suis bien entourée ! - Abruti qui gueule pour un rien ?? - Nan, je parle pas de toi. - Merci… - C’est de Rhadamanthe que je cause ! Il m’a appelée hier soir, cet excité de la vie. - Il vient bientôt à Paris et Saga accueille une amie avec son fiancé. Et disons qu’il connaît le fiancé et qu’il ne veut pas le voir. - C’est qui, ce fiancé ? - Un certain Éaque. » Lys lui fit des yeux de merlan frit. Avant d’éclater d’un grand rire clair. Si elle avait pu, elle se serait tenue les côtes, mais son ventre l’en empêchait. Kanon eut l’impression d’avoir dit une grosse connerie en voyant sa patronne pleurer de rire sur son siège en cuir noir. « Pourrais-je savoir ce que j’ai dit de si drôle ? - Nan, c’est pas possible… » Elle éclata à nouveau de rire, incapable de s’arrêter. Le grec attendit donc patiemment qu’elle arrête deux minutes de s’esclaffer pour avoir une réponse potable. « Éaque… Pas Ce Éaque-là, quand même ! Il est asiatique, nan ? - Népalais. - Et il vient chez vous ? - Bah oui. - Ça va être gai ! Tu m’inviteras à manger, hein ?? - Aurais-tu l’extrême gentillesse d’éclairer ma lanterne et me dire de qui il s’agit ? » Lys se reprit un peu pour lui expliquer. Éaque descendait d’une riche famille grecque qui avait fait fortune dans un premier temps dans l’immobilier. Pour des raisons qui lui étaient personnelles à l’époque, M. Philippidès s’installa au Népal, et on apprit plus tard qu’il y avait rencontré une femme, lors d’un voyage d’affaires. Même s’il se mettait toute sa famille à dos, il décida d’épouser cette népalaise. La jeune femme mourut en mettant au monde un fils, à savoir Éaque. Le père de ce dernier n’eut plus jamais le courage d’envisager une possible liaison avec une femme, complètement anéanti par la mort de sa jeune épouse. Lys précisa qu’il était âgé quand il se maria, la seule fois de sa vie d’ailleurs, et il devait avoir le double de l’âge de sa femme. Éaque grandit donc seul dans l’optique de succéder plus tard à son père qui fut toujours très réservé vis-à-vis de lui. Il était en quelque sorte le meurtrier de sa mère, c’était à cause de lui qu’elle avait quitté ce monde. Ainsi, Éaque devint quelqu’un de réservé, calme et sérieux, afin de ne plus subir les critiques de son père. D’ailleurs, contrairement à sa mère, il fut plutôt bien accepté par la famille. Tout en écoutant ce joyeux récit, Kanon se demandait en quoi cela avait un rapport avec eux. Lys et Rhadamanthe étaient d’origine anglaise, il ne voyait pas en quoi ils pouvaient être liés à Éaque. Comme si elle lisait dans l’esprit de son adjoint, la future maman lui raconta qu’Éaque avait grandi au Népal, mais il passa trois ans en France. En effet, son père aimait ce pays et il voulait qu’il y fasse ses études. À l’époque, Lys vivait également à Paris, et suivant la même filière que lui, elle le côtoya un long moment. Elle l’aimait bien, c’était quelqu’un certes de réservé mais d’agréable, quand on le connaissait bien, et il avait une conversation intéressante. Et puis, ça faisait plaisir à la famille, les Taylor et les Philippidès étaient très proches. De temps à autre, Rhadamanthe venait à Paris, en général pour les grandes fêtes telle que Noël quand ce n’était pas les Taylor qui faisaient le déplacement. Évidemment, Rhadamanthe et Éaque se rencontrèrent, mais ce ne fut pas le grand amour. Tous deux avaient un sacré caractère et leur seul point commun était qu’ils s’emmerdaient comme des rats crevés lors des réceptions, même s’ils faisaient bonne figure. Et puis ils ne faisaient que se tirer sur la gueule. C’était une occupation comme une autre. « Si tu les avais vus… Rhadamanthe le fuyait comme la peste et Éaque le poursuivait, on aurait dit des gosses ! Et ils avaient quasiment la vingtaine… - Je vois… - Et puis il a disparu. - Disparu ? - Ouais. Enfin, disparu… Je n’ai plus eu aucune nouvelle d’Éaque. Il est parti du jour au lendemain. Son père m’a dit qu’il avait décidé de voyager pour une durée indéterminée. Et puis un jour, il m’a appelée, je n’en revenais pas ! » Il y a de quoi… se dit Kanon. Le grec se dit que, même s’ils avaient une vie plus que potable, ce n’était pas pour autant que les spectres avaient pu être heureux dans leur vie. C’était d’ailleurs pour ça qu’un certain nombre devait s’être tourné vers les ténèbres d’Hadès. Éaque devait avoir des blessures secrètes… Ah, si tu savais, Lys… Se dit-il en lui-même. Soudain, le portable de Lys vibra. Elle sauta dessus comme une lionne sur sa proie, ouvrit son clapet et gueula un « Ah bah enfin !! ». Kanon imagina sans mal le pauvre gars qui devait subir les remontrances de sa chère et tendre. Vu ce que disait la blonde, il tentait maladroitement de se justifier, un truc important à faire. Mon gars, t’as pas choisi la plus facile, se dit-il avec un sourire. *** Alignés en rang d’oignons, les élèves écoutaient leur professeur avec une attention toute particulière. En effet, ils allaient bientôt être évalués, et ça risquait d’être folklorique. En connaissance de cause, leur professeur, ce cher Grégoire, un type plus chauve qu’un œuf à la coque, était bien décidé à les entraîner pour que les résultats soient potables. Tel un lieutenant devant ses troupes, il passait en revue ses hommes, enfin ses élèves, les regardant avec un regard acéré, pour bien faire rentrer dans leur petite tête qu’ils avaient intérêt à avoir de bons résultats où ç’allait chauffer pour leur popotin. À vrai dire, le seul pour qui il n’était pas inquiet, c’était le petit étranger, Kiki. Il avait retenu son prénom, parce que c’était un prénom bizarre, et surtout parce qu’il réussissait tous les exercices avec une facilité à faire pleurer un professeur. « Maintenant, au travail !! » Chaque équipe d’élèves courut donc vers les ateliers, la peur au ventre. Ils étaient par groupes de six. Kiki s’était mis avec Valentine et Anthony, ainsi que Rachid, plus calé en foot qu’en gym, Anaïs, une petite teigne qui faisait de la gym depuis qu’elle sait marcher selon ses dires, et Paulette, aussi ronde que sa meilleure copine était maigre. Le professeur tenait à mélanger les filles et les garçons, les meilleurs et les moins bons afin de redresser le niveau. Le petit groupe se retrouva donc devant des tapis posés sur le sol. Kiki et Anthony en redressèrent un contre le mur. Atelier poirier. Valentine et Paulette en avaient déjà les jambes qui tremblaient. Anaïs était prête à montrer sa supériorité alors que Rachid rêvait d’un ballon de foot. M. Grégoire arriva sur l’atelier et demanda à tous de passer et de rester les pieds en l’air le plus longtemps possible. Anaïs réussit à rester une bonne dizaine de secondes, ce qui ne fut pas le cas de sa copine qui échoua. Valentine tint à peine deux secondes, mais elle avait réussi. Rachid n’y arriva pas et se défendit en disant qu’on ne jouait pas au foot avec les mains par terre et les pieds en l’air. Anthony y arriva et Kiki resta un temps indéfini la tête en bas sans en ressentir la moindre gêne. Quand on a réussi à soulever des cailloux plus gros que soi, c’est facile de faire le poirier. Et il en fut de même à l’atelier roulade et cheval d’arçon. Il était même capable de faire le poirier sur le cheval d’arçon, ce qui rendit tout le monde admiratif, surtout son prof. Kiki se doutait déjà qu’il mettrait un mot dans son carnet pour rencontrer ses parents et l’avoir dans leur équipe en sport. Sauf que Kiki n’était pas branché par la gymnastique, et Saga n’était pas branché pour l’amener à droite et à gauche pour des compétitions. Ses prouesses en sport rendaient les garçons jaloux parce que toutes les filles, non seulement le trouvaient mignon avec ses traits quelque peu asiatiques bien que ses cheveux soient brun roux, mais il était très bon en sport. C’était lui qui courait le plus vite et qui avait le plus d’agilité. Et les filles adorent les garçons sportifs… Ce qui sauvait Kiki, c’était qu’il n’était pas vantard. À vrai dire, Mû lui avait appris que ce n’était pas en vantant ses mérites qu’on faisait un bon chevalier. Au contraire, en ne disant rien, on prenait l’ennemi par surprise. Et puis ce n’était pas dans sa nature. Quand on a été élevé par des chevaliers, quand on en a côtoyés, on apprend la modestie, parce qu’il y a toujours plus fort que soi. Enfin, c’était sa vision des choses, tout le monde ne partageait pas son avis. Pendant tout le cours, Kiki s’efforça d’aider Valentine et Paulette. Rachid était un cas désespéré, il rattraperait sa note en sport avec les mathématiques. Anaïs, ne pouvant supporter que cette cruche de Valentine ose profiter des bons soins de Kiki, se faisait aussi aider, au point que l’enfant ne savait plus où donner de la tête. Au final, il laissa les deux filles se chamailler et il aida Paulette à faire ses roulades. À la fin du cours, Kiki se sentit comme délivré d’un poids. Il aimait bien les cours de sport, mais c’était vraiment pesant parfois. Il avait hâte d’être lundi, ils avaient athlétisme, et il adorait courir. Ça lui vidait l’esprit. Et puis ça lui évitait que Valentine lui fasse la tête parce qu’il aidait Anaïs. Ce fut l’heure du déjeuner, et les trois collégiens sortirent de l’établissement. Anthony ne savait plus où se mettre : Valentine boudait Kiki parce qu’il avait accepté d’aller à l’anniversaire d’Anaïs samedi prochain. De ce fait, elle avait accepté aussi, mais quand même ! Le garçon n’avait trouvé aucune raison de refuser, et il ne voyait pas en quoi ça dérangeait Valentine. Anthony soupira en se disant qu’il avait affaire à deux idiots. Ou plutôt une idiote et un aveugle. *** « Saga !! J’ai faim !! - Va te faire un sandwich aux crevettes. - Pourquoi aux crevettes ? - Parce que Saga nous fait des crevettes ce soir. - Je peux mettre de la confiture de fraises avec ? - Hurle encore une seule fois comme ça, Kiki, et je t’arrache les oreilles ! » Kanon et Kiki levèrent les yeux vers le plafond, puis se regardèrent en se disant qu’il devait être sacrément coincé dans son roman pour pester comme ça. Bon, d’accord, Kiki prenait de plus en plus les habitudes de Lys, mais il ne fallait pas en faire tout un fromage, quand même… Kanon reposa ses yeux sur son journal et Kiki partit dans la cuisine se faire un sandwich à la crème de marron. Il hésita à mettre du fromage, alors il mit un peu de Kiri sur son pain avec la crème, puis attrapa un Babybel. Enfin, il partit dans sa chambre sous le regard écœuré de Kanon. Il aurait dû faire des crêpes, ça calme les nerfs. Il pensa quelques secondes à Mû qui devait se demander ce qui se passait dans la chambre, puis se dit qu’il n’avait pas à jouer les héros, Mû était très bien où il était. Sauf que Mû n’était pas si bien que ça. À vrai dire, Saga lui faisait très peur. Depuis ce matin, il était sur les nerfs, parcourant en large, en long et en travers le pavillon. Son éditeur venait de lui refuser son nouveau roman, lui assurant qu’il ne marcherait pas. C’était la troisième fois qu’il lui faisait le coup. Et depuis ce matin, très tôt, il ruminait dans son coin, tapant sur son clavier à une vitesse hallucinante, à se demander si son cosmos ne l’habitait vraiment plus. Mû regardait son ami avec des yeux ronds. En fait, il s’interrogeait sérieusement sur l’avenir du clavier. À cette allure, il n’y aurait bientôt plus de touches potables, le pauvre engin devait hurler de douleur. Mais Saga était énervé, et c’était un miracle que ses cheveux n’aient pas changé de couleur. Il aurait dû écouter Ludivine et changer de maison de production. C’était d’ailleurs ce qu’il allait faire. Une autre boîte l’avait contacté pour publier ses livres, il allait vite leur répondre. Maintenant, il était en train de rédiger un passage important de son histoire, regardant à peine le clavier noir que ses doigts parcouraient. Mû s’inquiétait sérieusement pour la santé mentale de son ami, alors il toqua sur la table de chevet, ce qui fit sortir Saga de sa transe. Il se tourna vers le jeune homme qui eut peur un instant de récolter le regard incendiaire qu’il avait lancé à son jumeau, qui s’était d’ailleurs vite fait carapaté dans le salon, mais ce ne fut pas le cas, au contraire. Saga l’interrogea du regard et Mû lui fit un signe des mains pour lui dire de se calmer. Aussitôt, le grec soupira et se massa le front. « Je suis juste énervé. » Ça, Mû l’avait compris, mais il ne savait pas vraiment pourquoi. Il lui fit signe de s’asseoir près de lui, pour qu’il lui parle de ses problèmes. Après un nouveau soupir las, Saga se leva et s’assit près de son patient, et lui raconta en bref ses malheurs. Ou plutôt sa déception. Depuis que Kanon avait une bonne situation en France, Saga ne s’était consacré qu’à l’écriture, et plus il produisait de livres, plus sa maison d’édition se montrait exigeante. D’une oreille attentive, le tibétain écoutait la voix grave et chaude de Saga, se concentrant sur ce qu’il racontait plutôt que sur son timbre agréable. Il comprenait sa réaction, Saga pouvait aussi bien être doux comme un agneau que terrible quand la colère le submergeait. Mû lui attrapa la main. Une main blanche et fine dans celle plus dure, plus bronzée du grec. Saga sentit une étrange chaleur lui réchauffer le cœur, alors que Mû le regardait avec une douceur toute particulière. C’était comme s’il refaisait un saut en arrière, à l’époque où son propre visage était dissimulé sous un masque, alors que celui ovale et pâle de son chevalier du Bélier brillait sous le chaud soleil de Grèce. Il revoyait encore ses yeux, au regard si franc et doux, harmonieux avec son visage d’une grande sérénité. Des yeux d’ange, inoubliables. Lentement, sans briser ce contact visuel, le chevalier des Gémeaux porta la main du jeune homme à ses lèvres et l’embrassa avec respect. Respect pour cet enfant abandonné, à ce chevalier de la justice, à ce jeune homme qu’il avait fait souffrir. Les joues du tibétain rosirent, ce qui fit sourire le grec, qui l’embrassa sur le front, entre les deux points pourpres dessiné au-dessus de ses fins sourcils. Mû devint écarlate, troublé par un tel contact. Il ne se souvenait pas avoir vécu ce genre de moment. Ou quand il était petit, peut-être. Peut-être… « Saga !! » Le concerné poussa un grognement, suivi d’un « Je vais le massacrer », ce qui fit pouffer son patient. Il allait faire de la chair à pâtée de ce truc qui lui servait de frère jumeau. Ce n’était qu’un petit chien qui couinait quand on ne faisait pas assez attention à lui. Après une dernière caresse dans les cheveux du tibétain, l’écrivain partit joyeusement étriper son adorable frangin, qui accessoirement avait perdu un dossier important pour la réunion du lendemain, laissant derrière lui un tibétain tout troublé. Mû avait les joues un peu rougies et caressait nerveusement le dos de sa main, où s’étaient posées les lèvres chaudes de son sauveur. Saga. Il sentait encore leur contact sur sa peau et, étrangement, il aurait voulu qu’il recommence. Mû eut un sourire un peu triste, en se disant qu’il ne le referait plus. Aujourd’hui, Saga était énervé, ce qui n’arrivait pas souvent. *** Et une robe par-ci, et une jupe par-là… Oh, un jean… Il était si petit que c’était à se demander pour qui il était taillé. Un débardeur, idéal pour la saison… Tiens, un soutien-gorge… « Mais qu’est-ce que je suis en train de fabriquer, moi… - Kanon !! Tu trouves ?? - J’ai tout trouvé sauf ta robe affreuse. - Putain… - Depuis quand tu portes des strings ? - Depuis que ma sœur n’a plus d’idée comme cadeau de Noël. Raaaaah !! Où je l’ai fichue ?! » C’est pas moi qui peux te le dire, soupira intérieurement le Dragon des mers qui farfouillait dans le tas de vêtements de sa chère et tendre patronne. Ce soir-là, c’était dîner familial chez les Taylor, et pas question d’y aller en tailleur tout serré, non, il fallait mettre la robe affreuse que Mrs Taylor avait offerte à sa fille chérie. Sauf que, avec son sens du rangement, Lys l’avait égarée dans le tas de fringues qui vivaient à même le sol. Comme ces sous-vêtements sexy qu’elle ne mettrait sans doute jamais ou des tenues d’un goût douteux qui pleuraient dans un coin de la buanderie. Soudain, sous une quantité de vêtements multicolores, Kanon trouva la robe en question. Une robe rouge affreuse qui lui donnait envie de sauter par la fenêtre. Rien qu’en la voyant, il imaginait déjà sa patronne parcourir son appartement pour se trouver une tenue… correcte pour ce dîner. Lys était folle mais pas barjot. Nuance… « Lys ! Je l’ai trouvée. » Exclamation de joie, petits pieds qui courent sur le parquet, puis gémissement de dégoût, petits pieds qui courent sur le parquet, et Kanon qui pousse un soupir très, mais très las. Et les revoilà qui cherchent une robe de femme enceinte qui peut faire l’affaire. Lys n’en a pas des centaines, mais les seules de jolies sont celles que Saga, Aaron et son amoureux lui ont offertes. Par de froufrous, de boutons, de nounours cousus dessus. De la jolie robe, quoi. « Pourquoi tu ne mets pas la violette ? - C’est mon chéri qui me l’a offerte. - Et alors ? - Elle n’est pas assez louche, ils me demanderont où je l’ai dégotée. - T’as honte de ton chéri ? - Non ! - Alors mets-là. » Lys eut une seconde réflexion, puis elle attrapa la robe sur son cintre et courut, ou plutôt se dandina, comme une enfant dans la salle de bain. Kanon eut un sourire amusé, et il se dit qu’il avait vraiment affaire à une gosse. Il se dit aussi que son homme ne devait pas être si mauvais que ça, il avait un minimum de goûts pour les vêtements. Et il savait comme c’était difficile de choisir des vêtements pour une femme. Saga s’y connaissait un minimum. D’ailleurs, en pensant à lui, il eut un petit ricanement. Bon, d’accord, il s’était fait éclater par son frère parce que, d’abord, il le dérangeait, et que, ensuite, quand on avait une aussi haute position, on n’avait pas à perdre ses dossiers. Bon, ça, Kanon n’en était pas étonné. Mais ce qui l’avait surpris, c’était qu’une fois que son jumeau se soit excité comme une puce, il était reparti à l’étage, et la soirée s’était finie dans le meilleur des mondes possibles. Et Mû n’était pas étranger à cela. Depuis qu’il s’était « réveillé », le jeune homme n’avait jamais mis les pieds dans la cuisine. Enfin, il n’arrivait pas à marcher, il n’en avait d’ailleurs pas la volonté, mais tous ses repas se déroulaient dans sa chambre, qu’il ne quittait que pour se laver. C’était donc leur premier dîner avec leur pensionnaire. Dîner qui s’était déroulé tranquillement, si on exceptait la dispute entre Saga et Kiki. Kanon devait avouer que le sandwich aux crevettes et confiture de fraise, ce n’était quand même pas très équilibré… Ce gosse était à moitié plombé… Mais passons. Le truc qui l’avait chiffonné, c’était toutes les petites attentions que Saga avait à l’encontre de son patient. En fait, on aurait dit une maman poule tournant autour de son petit poussin. Kanon ne put s’empêcher de ricaner à cette image. Il ne serait pas étonné que son frère ait un faible pour leur mouton tibétain. « Kanon ! Va répondre, je suis à poil ! » Ah oui, tiens, on sonne, se dit-il en allant vers la porte d’entrée qu’il ouvrit en se demandant quel frère, ou quelle sœur, était venu chercher sa patronne pour l’amener dîner. C’est agréablement surpris que Kanon tomba nez à nez avec Aaron, le petit frère de Lys. Le sixième enfant de la famille Taylor. Et accessoirement le plus agréable selon Kanon. À vrai dire, Aaron était comme sa sœur aînée : des cheveux blonds et des yeux bleus. Il n’était pas très grand ni très sûr de lui dans sa façon d’être, mais c’était un homme intéressant, cordial et honnête. Et c’était ce qui manquait un peu dans la famille, en fait. L’honnêteté. D’où les disputes, d’ailleurs. Personne n’est sincère mais on exige la vérité. Cherchez l’erreur. « Bonsoir, Kanon. Cela fait longtemps que nous ne nous sommes vus. » Par contre… Comme tous les membres de la famille, il utilisait les phrases à rallonge et sa politesse était presque exagérée. Et le pire, c’était qu’il ne le faisait pas exprès. Une seconde nature. « C’est vrai. Comme allez-vous ? » Ils échangèrent quelques banalités, puis Aaron prit quelques nouvelles de Saga, qui allait très bien si on oubliait sa petite crise de la veille. Puis, il demanda si sa sœur était en forme, Kanon lui répondit que c’était à peu près le cas. Regardant à droite et à gauche pour être sûr qu’elle ne l’entende pas, le jeune homme demanda à l’adjoint si elle porterait la robe affreuse que lui avait offerte leur mère, ce à quoi le grec lui répondit par la négative. Aaron sembla très soulagé. « Qu’est-ce que vous mijotez, tous les deux ? - Rien du tout, j’ai juste eu peur que tu mettes la robe de Mère. - Plutôt crever. J’avais oublié comme elle était moche. - Celle-là te va à ravir. » Lys rougit de plaisir, ça lui faisait plaisir que Kanon lui dise ça. Elle n’aimait pas trop porter des robes, et comme son amoureux n’était pas là, elle aimait bien qu’on lui fasse de petits compliments comme ça. Des compliments sincères. Aaron, qui l’embrassa sur les deux joues, la trouva également très jolie là-dedans. Il se permit de lui dire que Mère la critiquerait, elle trouverait cette couleur horrible. Lys lui répliqua que Mère n’aimait rien quand ce n’était pas elle qui choisissait. « Kanon, je vous raccompagne ? - Ce serait gentil. - Par contre, vous ne roulerez pas en limousine. - Du moment que la voiture roule. » Aaron était vraiment le mouton noir de la famille. À chaque fois qu’il le voyait, Kanon pensait cela, et c’était sans doute ce qui le rendait plus sympathique à son égard. Ce n’était qu’un modeste professeur d’histoire, qui vivait dans un petit appartement dans Paris, roulant dans une petite voiture qui ne pouvait pas contenir plus de quatre personnes. Alors que tous les autres vivaient dans de grands logements, avaient une grande voiture, voire même deux. Et tous jalousaient Lys, l’héritière, celle qui tenait les affaires, alors qu’Aaron faisait sa petite vie tranquille. Ce soir, dîner en famille. Ça risquait d’être amusant… Lys en pleurait d’avance. *** Peut-être qu’une queue de poisson avait remplacé ses jambes, car c’est sous de l’eau claire qu’il volait, ses cheveux entraînés par le courant. Il pouvait presque voir les poissons entourer son corps, nageant autour de ses membres déployés que la mer caressait de ses vagues. Il faisait chaud. Il faisait bon. C’était comme s’il était dans son élément. Plus jamais, il ne voulait quitter cette étendue liquide qui le protégeait, comme une seconde mère. Pourtant, son corps sortit de l’eau, voguant dans les nuages blancs. Son regard se perdit dans l’immensité qui s’étendait sous ses yeux. Une ville pointait fièrement ses immeubles, des gens circulaient dans les rues, sur les routes, dans toutes ces petites pièces minuscules, comme des fourmis, s’activant à leur vie. Doucement, planant dans les airs, il descendit vers une de ces pièces. Une large pièce où des gens étaient assis à des tables, buvant, fumant, riant… Mais son regard ignora tous ces étrangers, préférant se poser sur lui… Il était là, derrière une longue table haute, essuyant des verres, les remplissant, puis débarrassant les tasses de café vides… Cela faisait longtemps qu’il ne l’avait pas vu, très longtemps… Mais il reconnaissait ses yeux émeraude, ses cheveux brun foncé, son visage sage et calme, toujours souriant et agréable à la vue… Son sourire s’agrandit quand un autre jeune homme entra dans la vaste pièce. Un jeune homme lui ressemblait beaucoup, mais il était plus jeune. À son bras, une femme riait, son ventre arrondi à peine dissimulé sous une robe rose. Il souriait. Il aurait voulu rester là plus longtemps, les regarder, mais son corps fut emmené, emporté par le vent, rejoignant l’eau, la mer, cette immensité qui le submergea. D’un coup. Sans prévenir. Il ferma les yeux. *** Et voilà un chapitre de fini, se dit le grec en soupirant. Fier de lui, il retira ses lunettes et les posa à côté de son clavier. Cela faisait bien une demi-heure que Mû barbotait dans la baignoire, il serait temps d’aller le sortir de là. Au fil des jours, Mû se portait de mieux en mieux. Il ne parlait pas beaucoup, il n’avait d’ailleurs jamais été bien bavard, mais il était de plus en plus expressif, utilisant ses mains et son visage pour communiquer avec lui, Kiki et même Kanon. Ses blessures commençaient vraiment à disparaître, la plaie sur son ventre ne serait bientôt plus qu’un mauvais souvenir. Maintenant, l’ancien chevalier du Bélier partageait tous leurs repas, au plus grand bonheur de Kiki qui bavardait encore plus que d’habitude, si c’était possible. Avec son calme légendaire, Mû l’écoutait avec un intérêt non feint, et l’enfant souriait avec bonheur. C’était un peu comme s’il avait retrouvé son maître. Saga aimait la présence de Mû aux repas. Il l’avait toujours près de lui, puisqu’il passait ses journées dans sa chambre. Et il aimait voir Kiki aussi heureux. C’était un enfant épanoui, et jamais il n’aurait pu être ainsi au Sanctuaire. Après avoir regardé l’heure, Saga se leva et sortit de la chambre et entra dans la salle de bain. Son cœur sembla tomber dans sa poitrine. Son souffle se coupa net. Mû n’était plus dans la baignoire. Du moins, plus à la surface de l’eau, seule sa main pendait par-dessus le rebord. « Mû !! » Le grec se précipita vers la baignoire, attrapa le corps du tibétain. Il eut juste le temps de voir ses longs cheveux mauves auréoler son visage androgyne, car il le sortait déjà de l’eau. « Mû ! Mû, je t’en prie, réponds moi ! Mû !! » Au bord de la panique, Saga secouait le corps inerte du tibétain. Les yeux clos, on aurait dit qu’il dormait, mais la chose était toute autre. Saga le souleva dans ses bras et le posa sur le tapis de bain. Mû ne respirait plus, son visage d’ange était resté trop longtemps sous la surface ondoyante de l’eau encore mousseuse. D’un mouvement, le grec enjamba le corps maigre et fragile de son protégé et lui fit un massage cardiaque, puis du bouche-à-bouche, pour ensuite masser à nouveau son torse pâle. Son cœur battait vite dans sa poitrine, la terreur commençait à le submerger, mais soudain, Mû fronça les sourcils et toussa, crachant l’eau de ses poumons. Saga le prit contre lui pour l’aider à respirer. À croire que Mû ne s’arrêterait jamais de tousser… Les mains du jeune homme s’accrochèrent à la chemise du grec, alors que ses yeux s’ouvraient en grand. Il suffoquait, cherchant l’air qui lui manquait. Des larmes coulèrent même sur ses joues déjà humides. « Respire, Mû… Respire… Tout va bien, maintenant… C’est fini… » Avec toute la tendresse dont il était capable, Saga le serra contre son vaste torse, caressant ses épaules, ses longs cheveux mouillés. Il attrapa une serviette et la posa sur le corps tremblant du malade, qui tenta lentement de calmer le rythme effréné de son cœur. Mû se laissa bercer par la voix grave de son sauveur, par ses bras rassurants qui l’entouraient, et cette main qui caressait ses cheveux. Il sentit Saga l’embrasser sur le front, et son souffle chaud sur son visage. Le jeune homme se blottit un peu plus contre lui, écoutant le cœur rapide de son sauveur battre dans sa poitrine. *** « Tu plaisantes ? - Je ne plaisante jamais avec ces choses-là. - Le pire, c’est qu’il a failli se noyer sans s’en apercevoir. - Ouais. Si tu veux mon avis, il n’aura plus jamais le droit de prendre de bains. » Il était presque onze heures du soir et Kanon n’osait même pas regarder sa montre. Saga l’avait appelé en catastrophe dans la matinée et son jumeau s’était efforcé de le calmer, mais il était tellement sur les nerfs que ça s’était fini en dispute sur des sujets complètement stupides. Toute la journée, Kanon grogna après son abruti de frère pas capable de garder son protégé en vie. En plus, Mû lui avait déjà fait le coup… Il avait fallu une bonne baston verbale avec sa patronne pour qu’il comprenne que Saga avait ses raisons d’être sur les nerfs : ses bouquins, la maison à entretenir, Kiki, Mû… et leur passé qui ressurgissait avec l’arrivée du Bélier, même si ça, Lys n’en avait pas pleinement conscience. Et maintenant, ne sachant vers qui se confier, puisque que Lys ne se sentait pas très bien non plus à cause de ses bébés, Kanon avait appelé Rhadamanthe. Et, étrangement, ça lui faisait du bien de l’entendre. « Tu rentres chez toi ? - Il serait peut-être temps, tu as vu l’heure ? - Quand tu seras rentré, tu feras un gros bisou à ton frère et tout sera arrangé. - Il est sur les nerfs… et je le comprends. - Tête de mule. Ça vous arrive souvent de vous disputer comme ça ? - Non… Mais c’est vrai que j’ai tendance à dépenser en ce moment… - Kanon qui refait sa garde-robe… - J’ai bien le droit de dépenser ce que je gagne ! - Tu en parles à Saga ? - Non… Il me dirait que ça ne sert à rien. Tu le connais, il ne va faire les magasins que si ses vêtements sont usés, et pas dans les ateliers haute couture… » Kanon n’était pas spécialement coquet, mais il aimait les beaux habits, et avec l’argent qu’il amassait, il estimait qu’il pouvait bien s’offrir quelque chose avec, lui qui n’avait jamais porté que des tenues d’entraînement ou des tuniques. Et puis, il se savait bien fait. Il n’allait pas dans l’extravagance, car s’il commençait, Lys refuserait qu’il s’arrête. « Parle un peu avec lui. Tu sais ce qu’il se passe quand vous ne parlez pas. » Il avait raison sur ce point-là. Au fil du temps, le grec lui avait raconté son passé, comme Rhadamanthe l’avait fait avant lui. Comme avec son frère, Kanon arrivait à lui parler sans honte ni peur. Rhadamanthe était une tombe. « Oui, je sais… - Au fait, pourquoi c’est à moi que tu confies tes malheurs ? - Parce que Lys ne se sent pas bien, et elle est un peu de mauvaise humeur. - Elle ne voit pas son amant, c’est normal. - Tu sais qui c’est ? - Ouais. » Kanon faillit s’étouffer. « Pardon ?! - Enfin, elle ne m’a pas dit son nom, mais je crois savoir de qui il s’agit. Le jour où elle le présente, je rigole. - Mais comment tu as pu deviner ?! - Ah bien… C’était simple pourtant. Même moi, j’ai pu trouver, c’est dire. - Je ne te suis pas ! - Tu es aveugle et sourd, Kanon, c’est tout. Et bête, par-dessus le marché. - C’est ça, continue, je ne te dirai rien… - Je ne fais que dire la vérité. Par exemple : à ton avis, pourquoi je viens passer quelques jours à Paris ? » Kanon réfléchit quelques secondes, ce qui parut extrêmement long à l’ancien spectre qui voulut lui faire manger son téléphone portable. Mais restons zen, un Rhadamanthe qui s’excite n’est pas un Rhadamanthe normal… « Heu… Voir Lys ? Tes affaires… Nous voir ? La famille… Voir Saga ? » C’est même pas le téléphone portable qu’il allait lui faire bouffer, mais le chargeur avec… « Raté. - Bah pourquoi alors ? - Crétin. Bon, passe une bonne soirée. » Et il raccrocha. Tout le reste du trajet, Kanon fouilla dans ses méninges pour trouver pourquoi ce spectre si calme, renfermé et sérieux venait passer quelques jours en leur compagnie, si ce n’était pas pour les raisons qu’il avait citées. Il attrapa son portable et appela Lys, qui lui gueula un « Y’a des gens qui dorment, merde !! » avant de lui demander pourquoi il l’appelait. « Dis, j’ai appelé Rhadamanthe… Il m’a dit qu’il savait pour ton amant. - De quoi ?! - C’est ce qu’il m’a dit. - Mais comment il a deviné ?! Il ne le connaît pas ! Ouh, celui-là, je vais lui refaire le portrait… - Bref, c’est pas pour ça que je t’appelle… - Comment il a pu savoir ?! - Il m’a dit que j’étais aveugle ! À ton avis, pourquoi il vient nous voir ? - Les affaires. - Mais encore ? - Saga ? Pas moi, je suis de mauvais poil. - C’est pas comme si t’étais de meilleure humeur d’habitude. - Kanon, rappelle moi que je dois baisser ton salaire. - Il m’a dit que ce n’était pas pour la famille, les affaires ou Saga ! - Crétin. C’est pour toi qu’il vient ! Bonne nuit. » Et elle raccrocha. *** La voiture roulait dans les petites rues bordées de pavillons dont l’architecture variait à chaque numéro. À vrai dire, Saga ne regardait pas vraiment toutes ces habitations semblables à la sienne, il les connaissait déjà par cœur, et il était préoccupé. Au lieu d’appeler, comme il avait l’habitude de le faire, au commissariat, il s’y était directement rendu pour avoir des nouvelles. À chaque fois, il tombait sur un agent de police qui lui disait que l’affaire pataugeait et le grec voulait être certain que c’était vraiment le cas. Et le déplacement en valait le coup, parce que l’affaire, bien que pas tout à fait résolue, avait tout de même pas mal avancé. Cette fois-ci, Saga avait pu parler avec le commissaire chargé de l’enquête. Il apprit pas mal de choses. Par exemple, d’où sortait Mû, et ce qui lui était réellement arrivé. Il était indéniable que Mû avait un joli minois, et c’est pourquoi il fut choisi par la boss d’une groupe mafieux, logeant dans un quartier chaud et mal fréquenté de Paris, dont le policier refusa de donner le nom. Mû, comme l’avait révélé les examens, n’avait subi aucun abus sexuel. Du moins en ce qui concernait la partie la plus intime de son corps, et la boss, une femme deux fois plus âgée que le jeune homme, avait assuré qu’elle n’était jamais allée plus loin que les baisers avec lui. Elle le tripotait allègrement, pourquoi s’en priver ? Mais elle était séropositive, et il était hors de question qu’elle transmette cette merde à son ange. Ange. C’était ainsi qu’elle l’appelait. C’était Son ange, pur et magnifique, si beau dans la souffrance et la peur. Car si Mû n’avait jamais souffert du côté sexuel, ce n’était pas le cas pour le reste de son corps. Les policiers connaissaient les antécédents sadiques et masochistes de cette mafieuse et ils ne furent pas étonnés en apprenant qu’elle adorait battre et terroriser ce jeune étranger, qu’un de ses amis chinois lui avait envoyé du Tibet. C’était tout un art de trouver de jolis objets pour décorer son intérieur… Ainsi, Saga apprit avec dégoût que Mû n’avait servi que de passe-temps à cette saloperie, subissant ses coups sans pouvoir riposter. Il n’osait imaginer les souffrances qu’il avait pu endurer, ni même ses conditions de vie dans cet endroit lugubre. Le tibétain avait dû lutter. Du moins au début, puis il avait abandonné, ne sachant comment se sortir d’une telle situation. Réduit à être un esclave, après tout ce qu’il avait fait pour cette Terre… Le commissaire lui expliqua pourquoi le jeune homme avait été retrouvé dans un état aussi déplorable, comme une dizaine d’autres « beaux spécimens ». Sauf que ces derniers étaient morts dans des conditions terribles. Ne pouvant accepter le fait qu’on l’arrête et qu’on libère son prisonnier, la tortionnaire avait tenté de tuer son « ange », qui tomba en arrière dans les escaliers, au moment où la balle partait dans son flanc, d’où son traumatisme crânien, dont résultait son amnésie. Avec toutes ces révélations, Saga ne savait plus quoi penser ni dire. Il se contenta de remercier le policier qui lui promit de le tenir au courant de l’avancée de l’enquête. Il avait déjà dit cela la dernière fois. Il prit également des nouvelles du jeune homme, mais Saga lui assura qu’il était toujours amnésique, donc inintéressant pour la progression de l’enquête. Avec précautions, Saga rentra dans le garage et ferma la voiture, puis la grille, et il rentra dans le pavillon. La première chose qu’il vit en entrant dans le salon, ce fut le corps fin de Mû allongé sur le canapé, vêtu d’un pantalon noir et d’un pull vert. Il était pieds nus et il lisait un livre énorme. En fait, c’était un livre qu’il avait écrit, le tout premier. Mû quitta le livre des yeux et sourit au grec. De suite, Saga se sentit troublé. Une colère sourde s’éveilla dans son cœur en pensant à tout ce que cette femme avait fait subir au jeune homme. Il n’avait même pas envie de penser que ç’aurait pu être pire. Il eut envie de serrer Mû dans ses bras, de lui dire qu’on ne lui ferait plus jamais de mal, mais son cœur battait trop vite, quelque chose de peu familier s’éveillait en lui. Malgré lui. « Alors ? Des nouvelles ? » Le grec acquiesça et s’avança dans la pièce, en se promettant de ne pas en parler à Kiki. L’enfant ne le supporterait pas, et Saga voulait qu’il garde toujours une image belle de son maître. Il en avait déjà assez vu. Lentement, Saga lui raconta les propos du policier. Mû écouta attentivement, en se disant en lui-même que cela lui rappelait des choses. Ou plutôt des visages, des ombres dans les pièces sans fenêtres, des rires et des cris. Son sauveur ne lui mentait pas, il en était persuadé. Et pourtant, Mû fut tentée de tout rejeter en bloc, ne plus penser à cette douleur qui persistait dans son cœur en pensant à ces rêves étranges qu’il faisait, qui l’emmenaient au bord de la Mort. Il lança un regard perdu à Saga, ne sachant quoi dire. Il se contenta de lui dire « merci ». Pour tout ce qu’il avait fait pour lui. Lui, un étranger qui n’était même pas capable de le reconnaître, malgré tous les soins qu’il lui offrait. Saga souriait doucement. « Je n’ai fait que mon devoir. - Merci quand même. Sans toi, je ne serais rien. - Ne dis pas ça. » Ne dis pas ça, toi à qui j’ai fait tant de mal… Songea-t-il avec amertume. Il se maudit de ressentir une telle attirance pour cet ange tombé des cieux et qu’on avait souillé impunément. *** Chapitre suivant ici. ;) Si vous souhaitez laisser un commentaire, c'est ici :
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