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''Souviens-toi'' by Ludi Chapitre 8 (suite) La vie était belle, les pigeons roucoulaient au bord des fenêtres, le ciel était bleu, et le soleil… « Cassez-vous, espèce d’abrutis !! » … très énervé… Kanon inspira profondément et toqua à la porte, puis entra dans le bureau de sa patronne alors qu’un homme se mettait à hurler, non pas sur lui parce que personne ne s’était rendu compte de sa présence, mais sur ladite patronne, qui était étrangement impressionnante malgré son ventre rond. « Mais t’as complètement perdu la boule, ma vieille ! Tu te rends compte de… - Barrez-vous ! J’ai aucun compte à vous rendre, d’accord ?! - Excusez-moi, mais c’est urgent. » Les trois adversaires, prêts pour un match de boxe sanglant, se tournèrent d’un même mouvement vers le pauvre adjoint qui se demandait bien ce qu’il fichait là. « Je dois parler avec Mlle Taylor. - Allez-y. - C’est confidentiel. - Parlez, nom d’un chien ! - Comment tu parles à mon adjoint, toi ?! » Sa voix partait dans les aigüs. Lys jeta un regard noir à l’autre homme, qui s’avérait être ses frères aînés. Le plus âgé, René Charles n’avait absolument rien en commun avec sa sœur, ses cheveux très courts étant bruns, et Kanon ne lui trouvait absolument aucun charme. C’était un homme sec qui semblait fait pour la dispute. Cependant, c’était un bon avocat, comme son frère plus jeune, Jean, qui avait les yeux bleus de Lys, mais il était d’une taille ridiculement petite. Ses cheveux longs et châtains lui donnaient un petit air androgyne, mais ses mains épaisses cassaient tout le charme. « Dehors ! Je veux plus vous voir ! - Crois-moi, ça va gueuler, espèce de conne ! » Jean lui jeta un regard mauvais, Lys lui en jeta un plus assassin encore qui le fit tressaillir. On avait l’impression qu’elle gonflait et prenait quelques centimètres au fil des secondes. À se demander qui était l’aîné entre les trois personnes. En montrant la porte du doigt, elle menaça ses frères du regard. Ils quittèrent la pièce en criant que leur père ne la laisserait pas faire. Kanon ferma la porte derrière eux et le silence retomba dans la pièce. Lys haletait et se vautra dans son siège. La montée d’adrénaline chuta en flèche, ne laissant derrière elle que la fatigue. Lentement, Kanon s’avança dans le bureau et laissa son corps se poser contre le bureau, puis caressa les cheveux blonds de sa patronne. Elle était fatiguée, énervée. Elle leva les yeux vers lui et lui fit un maigre sourire. « Je deviens folle. - Je pense que tu as pris une bonne décision. Ça ne va pas être facile, mais bon. Je vais t’aider. Du mieux que je peux. - Heureusement que t’es là, toi. » Elle lui attrapa la main et la serra dans les siennes. Kanon se pencha et déposa un baiser sur son front. Il savait qu’elle devait s’arrêter, mais son côté sauvage lui dictait qu’il fallait continuer. Elle ne s’arrêterait qu’une fois au bout de ses forces. « Ils m’énervent, tous. Entre Agnès qui vient de nous faire un scandale avec sa grossesse et sa demande de divorce, et ces deux crétins… - Ils n’allaient pas rester dans l’ombre à ne rien dire. - Ouais, je sais… Qu’est-ce que tu voulais me dire ? » Son téléphone portable vibra. Lys sauta dessus et jeta un regard de chien battu à son adjoint qui leva les yeux au ciel avec un sourire et sortit de la pièce, alors que Lys discutait joyeusement avec son chéri. « Chéri ?? Tu vas bien ?? - Oui et toi, mon cœur ? - Un peu fatiguée. - Ça se sent dans ta voix. Raconte-moi. » Avec un sourire sur les lèvres, Lys s’enfonça dans son siège et se laissa aller, fermant les yeux, tout en imaginant le visage souriant de son amant. *** Tel un oiseau de proie, le livre plana dans les airs quelques instants avant de s’écraser sans aucune grâce sur le parquet de la cuisine. Il n’osa pas émettre la moindre plainte contre son maître tyrannique, sinon, il se serait fait arracher toutes les pages les unes après les autres avec un sadisme tout particulier. « Kiki, ramasse ce livre. - Nan. - Ce n’est pas en le jetant par terre que ton exercice avancera, et tu n’iras pas jouer tant qu’il ne sera pas fait. » Kiki émit un grognement mécontent et se leva pour ramasser le livre blessé et agonisant sous le regard médusé de ses deux amis, penchés sur leurs devoirs la seconde d’avant. Sans un mot, ils y replongèrent le nez tandis que l’enfant se rasseyait et faisait la moue tout en lisant l’énoncé de l’exercice. Kanon n’était pas rentré du travail, et ne pouvant donc pas faire diversion avec ses crêpes, les collégiens n’avaient pu échapper à la phase « devoirs », ce qui impliquait un silence de mort dans la cuisine pendant que, penchés sur leurs cahiers, ils faisaient leurs exercices et apprenaient leurs leçons. Le tout sous la surveillance de Saga qui lisait un roman, ses fines lunettes posées sur son nez. Une fois de plus, Kiki avait fini ses devoirs bien plus rapidement que Valentine et Anthony. Alors Saga lui demandait, ou plutôt lui ordonnait, de travailler ses autres matières extrascolaires, à savoir le chinois ou le grec. Ce qui ne plaisait guère à leur ami. Ils l’admiraient beaucoup, d’ailleurs, car c’était tout juste si eux, ils arrivaient à aligner deux mots en anglais alors que lui le parlait couramment, tout comme le grec et le français, même s’il avait des difficultés dans l’écriture. Sans oublier qu’il avait de bonnes bases en chinois. Comment un enfant pouvait-il parler autant de langues à la fois ?! Surtout qu’il connaissait une langue étrangère à ce monde que seuls les atlantes connaissaient… Par moments, les deux collégiens enviaient leur ami et ses conditions de vie : une jolie maison avec pour tuteurs des jumeaux terriblement beaux et sympathiques. Mais ils s’en voulaient de cette légère jalousie quand il voyait leur ami jeter ce livre par terre de façon si puérile, si enfantine… Dans le fond, c’était un enfant comme les autres. Juste plus intelligent, sûrement surdoué, malgré ce qu’il pouvait leur dire… Un peu plus tard, les enfants purent quitter la cuisine, leurs devoirs finis et rangés dans leurs sacs. Kiki avait fini par terminer son exercice au prix d’un effort surhumain, ce qui fit sourire Saga. Une fois encore, Valentine et Anthony furent étonnés de les voir discuter dans une langue étrangère. Ils semblaient avoir oublié que les deux enfants ne parlaient pas un mot de grec et ne pouvaient certainement pas les comprendre. Les collégiens passèrent dans le salon. Les yeux de Kiki s’illuminèrent quand ils se posèrent sur la silhouette tranquille de Mû qui regardait vaguement la télévision, semblant pris dans ses rêveries. Valentine sentit ses joues rosir, cet étranger était particulièrement beau. Une beauté différente de Saga qui faisait battre son cœur à toute vitesse. Mû jeta un regard à Kiki et eut un sourire. Il caressa ses cheveux brun roux affectueusement et il dit quelques mots qui échappèrent aux deux enfants. Kiki eut un instant de silence, comme de surprise. On aurait dit qu’il allait pleurer. Mais un grand sourire illumina son visage d’enfant et il répondit dans le même langage. Le même langage inconnu du commun des mortels, cet idiome que seuls Mû et lui connaissaient. Les souvenirs revenaient… *** Kiki se regarda dans la glace. Il portait un jean et un pull sombre. Pendant quelques secondes, il se revit avec une tunique marron, son pantalon beige et un bracelet enfilé à son bras. Il l’avait toujours, d’ailleurs, caché dans un tiroir de sa commode. Plus il se regardait, et plus il changeait. Il avait grandi, en deux ans. Il avait perdu des muscles, aussi, et de sa souplesse. Mais, dans le fond, il se trouvait bien comme il était. Il se sentait… normal. Comme tous les garçons de son âge. Le truc qui restait, c’était ces deux points bleus sur son front et ses cheveux en pagaille. On ne se refait pas, se dit-il en souriant. « Kiki, tu es prêt ? - Presque ! » Saga entra dans la pièce, attrapa le peigne et dut bloquer Kiki pour le coiffer un minimum. L’enfant avait horreur de se peigner, c’était sa hantise, et son tuteur l’avait menacé à maintes reprises de lui tondre les cheveux s’il ne faisait pas un effort. Et Kiki ne voulait pas ressembler aux gardes du Sanctuaire. « À quelle heure je viens te chercher ? - Heu… Vers cinq heures et demi. - Pas de bêtises, hein ? - Promis ! J’irai pas en Chine ! » Ils eurent un petit rire complice. Kiki sortit de la pièce et courut dans le salon. Il eut un regard émerveillé en voyant Mû assis en tailleur sur le canapé, concentré sur un petit bouquin, un crayon à la main. Discrètement, Kiki avait glissé à son tuteur que Mû aimait les jeux de réflexion comme les sudokus. Saga s’était empressé d’en acheter un carnet à la librairie et le tibétain ne le quittait déjà plus des yeux, traçant çà et là des chiffres, les effaçant pour en écrire d’autres. Il avait un beau visage quand il était concentré… « À tout à l’heure !! - J’en ai pour dix minutes. - Prends ton temps. » Mû adressa un sourire à Saga qui se sentit troublé mais n’en montra rien. Plus les jours passaient et plus il se sentait attiré par le jeune homme, et il s’en voulait d‘éprouver ce genre de sentiment. Mû n’était pas lui-même et il lui avait fait tant de mal… Kiki, tout joyeux qu’il était, ne remarqua pas la légère rougeur sur les joues du grec, trop pressé d’aller dans le garage. Il devait se rendre à une fête d’anniversaire, c’était la première fois que ça lui arrivait, et il était tout excité. Saga et l’enfant entrèrent dans la voiture puis sortir de la propriété. Ils mirent à peine une dizaine de minutes pour atteindre le pavillon où vivait Anaïs. C’était une jolie maison qu’ils trouvèrent plutôt grande, mais Saga n’était pas là pour admirer le décors, juste pour déposer Kiki. Ils furent accueillis par la maman d’Anaïs qui fut bouche bée en voyant ce grand homme au teint hâlé, grand, musclé et au visage séduisant. Un mannequin semblait être posté devant sa porte et elle mit du temps à comprendre qu’il s’agissait du tuteur de Kiki, un camarade de sa fille. Décidemment, il y avait vraiment de jolis hommes, sur cette terre… « Bonjour, Kiki ! Tu peux aller rejoindre les autres. » Il cacha son sourire derrière ses mains tout en entrant dans le pavillon. Saga allait une fois de plus se faire draguer… S’il n’était pas habitué, il aurait éclaté de rire en voyant le visage béat de la maman d’Anaïs. L’enfant fut accueilli chaleureusement par ses camarades du collège, et plus particulièrement par Anaïs qui l’embrassa sur la joue, ce qui fit rougir le jeune tibétain. Valentine prit sur elle pour ne pas mordre cette petite peste alors qu’Anthony ne savait pas s’il devait retenir Valentine, au risque de se faire manger tout cru, ou écarter Kiki, au risque de se faire foudroyer par Anaïs. Finalement, il préféra rester à sa place. Il y eut des jeux, des rires. Le salon était joliment décoré et des assiettes de bonbons emplissaient la table basse, les meubles et la grande table en bois qui servait aux repas. Il y avait de la musique, aussi, et un air bon enfant régnait dans la vaste pièce. Pourtant, Kiki ne se sentait pas à sa place. Entouré de ces enfants de son âge, qui riaient, chantaient et jouaient, il avait l’impression d’être exclu. De ne pas être comme eux. Il n’arrivait à sourire aux blagues, à se laisser aller à la fête. Des images de Jamir, du Sanctuaire refaisaient surface. Des images froides du Tibet mais douces de son maître, des images étouffante de la Grèce et sanglantes des temples… Il avait participé aux batailles, apporté l’armure d’or de la Balance aux chevalier lors de la bataille contre Poséidon… Et il se retrouvait là, entouré de tous ces gosses mis sur leur 31, ces gamines qui gloussaient dans l’attente d’un slow, ces gamins qui ne pensaient qu’au foot… Mais que faisait-il là ? Mais que faisait-il là, assis sur le canapé, à mâchouiller un bonbon ? Ce n’était pas sa place, il n’avait rien à faire ici. Il étouffait dans cette atmosphère joyeuse, dans cette pièce qui sentait le sucre où la musique lui frappait la tête sans ménagements… Kiki se sentait bête. Il n’était pas bien, il voulait sortir, mais cela aurait paru malpoli. Mais il avait envie de pleurer, d’appeler Saga pour qu’il le ramène à la maison. Pour retrouver sa tranquillité, sa petite chambre. Son petit monde… « Ça va pas ? » Valentine venait de s’asseoir à côté de lui sur le canapé en cuir. Elle avait un verre en plastique à la main et semblait inquiète. Kiki avait l’air triste, là, tout seul sur le canapé. Au début, il s’était amusé, participant avec les autres, mais plus maintenant. Elle-même s’ennuyait un peu. Elle préférait discuter avec les garçons mais ils parlaient que de foot, et ça va bien deux minutes… « Si, ça va… - On dirait pas. » Valentine le regardait avec ses grands yeux marron. Kiki se sentit rougir de gêne, non seulement parce qu’il était découvert, mais en plus parce qu’il trouvait son amie vraiment jolie. Bon, elle avait des petits boutons d’acné et sa voix était plutôt grave, mais elle avait de jolis cheveux noirs et elle portait une longue robe bleue. « Me sens pas bien ici. - Pourquoi ? - Je… sais pas. » Valentine allait lui poser une autre question quand, soudain, Anaïs cria que, maintenant, c’était concours de danse ! Immédiatement, les garçons rouspétèrent, c’était bien un truc de filles, ça ! Mais Anaïs avait tout prévu, il y avait autant de garçons que de filles à sa fête de façon à faire des couples, et elle ordonna à tout le monde de se mettre par deux, malgré les protestations. Une lueur de panique passa dans les yeux de Kiki qui ne savait pas danser et n’en avait nullement envie. Voyant déjà Anaïs s’avancer vers eux pour kidnapper le tibétain, Valentine se leva et attrapa de force son ami en lui demandant, avec un grand sourire « attention-à-tes-fesses-si-la-réponse-me-plait-pas », d’être son cavalier. Et l’enfant n’eut pas le courage de répondre non. Ainsi, ils se mirent tous les deux à danser, bousculant les autres, en particulier les garçons qui ne pensaient qu’à faire les zouaves pour faire rire les filles et ne pas se sentir trop ridicules à tenir les copines par les hanches comme les grands. Évidemment, Kiki se joignit à eux, faisant rire aux éclats Valentine. Leurs cœurs battaient fort dans leur poitrine, et le concours de danse ne tarda pas à tomber à l’eau, les filles riant aux pitreries des garçons qui imitaient les gamines en entendant Lorie chanter à tue-tête « J’ai besoin d’amouuuuur… ». Anaïs était au bord de la crise de nerfs, ou de larmes, au choix… À la fin des chansons, Valentine fit un gros bisou sur la joue de Kiki qui devint écarlate. De suite, des « Oh les amoureux ! » fusèrent dans le salon, Kiki cachant ses joues avec ses mains. Il finit par éclater de rire, et la fête continua. *** « Je crois que ton fils est amoureux. - Et ce n’est pas qu’une impression. - Pardon ?? » Mû interrogea des yeux les jumeaux, l’un assis devant son ordinateur et l’autre sur le lit à côté du tibétain. Les deux frangins eurent un sourire conspirateurs, Mû avait du mal à les suivre. Kanon se pencha vers le tibétain. « Depuis qu’il est rentré de la fête, hier, il est comme sur un petit nuage. - Ah, j’avais remarqué, mais il est souvent dans cet état. » Cette remarque fit sourire les jumeaux. C’était vrai que Kiki avait tendance à garder la tête dans les nuages. C’était un enfant vif mais plutôt rêveur, néanmoins. Kanon ricana. « Si ça se trouve, c’est sa copine qui l’a embrassé. - Quand je lui ai demandé si elle était venue à la fête, il est devenu tout rouge. - Tu vois ! Ton fils est amoureux ! » Mû leva faussement les yeux en les traitant de commères, ils répliquèrent qu’ils ne faisaient que constater les faits. « Occupez-vous de vous et laissez-le tranquille. » C’est alors que la porte de la chambre fut poussée et la tête de Kiki passa par l’entrebâillement. Un grand sourire sur les lèvres, il leur dit qu’il allait faire du vélo avec Anthony et Valentine. Saga lui demanda de ne pas rentrer trop tard, l’enfant le promit et s’en alla en gambadant gaiement vers l’entrée de la maison, mit ses chaussures en sifflotant et partit dans le garage pour prendre son vélo. Quand il eut quitté la maison, les adultes éclatèrent de rire. « Comme dirait Ludivine, y’a anguille sous roche ! - Kanon… - Je vois le tableau dans quelques années. - Saga ! Vous êtes moqueurs… - Qu’est-ce que tu veux ? C’est pas tous les jours qu’on le voit comme ça ! » Mû lui dit qu’il devrait arrêter de rire, parce que lui aussi, il était sur son petit nuage depuis deux, trois jours. Kanon devint écarlate et Saga éclata de rire devant la gêne apparente de son frère qui protesta, il n’était pas sur son petit nuage, et Mû lui dit qu’il n’arrêtait pas de tripoter son portable comme s’il attendait que quelqu’un l’appelle… Pendant ce temps-là, Kiki venait d’enfourcher son vélo et pédalait à toute vitesse pour retrouver Anthony. Qui l’attendait devant chez lui. Ils allèrent chercher Valentine qui semblait toute contente de les voir. Elle embrassa Kiki sur la joue, et il devint tout rouge, sans pour autant s’empêcher de sourire. Ils tirèrent la langue de façon très mature à Anthony qui riait. Puis, ils partirent tous les trois. Kiki aimait bien le vélo, ça lui faisait du bien. Il savait que, s’il le voulait, il pourrait aller bien plus vite que les deux autres. Il en avait la force, mais pas l’envie. Valentine peinait un peu derrière lui et Anthony qui le dépassait un peu. Kiki se sentait en paix avec lui-même, mieux que la veille. Bien plus tard, ils s’arrêtèrent dans un petit parc pour souffler un peu et boire de l’eau, tout en discutant et pensant à la reprise des cours le lendemain, ainsi qu’aux vacances qui arrivaient à grands pas. Kiki et Anthony songèrent à cette fichue rédaction qui n’allait pas tarder à leur tomber dessus alors que Valentine sortait des gâteaux pour le goûter. Soudain, un chien apparut devant eux et s’assit juste devant Kiki. C’était un joli chien pas bien grand avec un pelage roux. En fait, on aurait dit un renard, et sa queue se courbait vers le haut. Valentine approcha son visage. « Il est beau, ce chien ! - Vous pensez qu’il est à qui ? - C’est un Shiba Inu. - Un Shiba quoi ?? - C’est un chien japonais, j’en ai vu au Japon. - Parce que tu es allé au Japon ?! » Tout en se mordillant l’intérieur des joues, Kiki regarda le chien assis devant lui. Il était vraiment beau et plutôt jeune. Enfin, qu’est-ce qu’il connaissait aux chiens, d’abord ? L’enfant lui tendit un bout de gâteau que l’animal avala goulûment et lui fit des yeux de chien battu pour en avoir un autre. Les trois collégiens s’amusèrent à le nourrir, en pensant qu’il n’avait pas de collier et que c’était peut-être un chien abandonné. Kiki fut triste à cette idée. Il paraissait que c’était un fait courant. Quand les propriétaires ne voulaient plus de leur animal, ils l’abandonnaient. Un peu comme lui, à sa naissance. Ses parents n’avaient pas voulu de lui alors ils l’avaient laissé tomber. Jusqu’à ce que Mû le prenne sous son aile… *** « Non ! C’est hors de question ! - Mais Saga… - Kiki, j’ai dit non ! » De sa haute stature, Saga surplombait Kiki, lui jetant un regard entendu. Un genou au sol, Kiki enserrait de ses bras le cou d’un chien, certes joli mais sale et sûrement sauvage. « On ne peut pas le laisser tout seul, il a été abandonné ! - Qu’est-ce que tu en sais ? Kiki, je ne veux pas de chien ici, que ça te plaise ou non. - Je ne veux pas qu’il parte ! Il est tout seul ! - Mets ce chien dehors et tout de suite, jeune homme ! - Saga, on peut le garder… » Ce dernier jeta un regard noir à son frère qui ne termina pas sa phrase. Puis, il se retourna vers Kiki et lui demanda de mettre le chien dehors. Kiki fit non de la tête, et le voyant au bord des larmes, Kanon se permit de prendre sa défense une seconde fois. « Si Kiki s’en occupe, ça devrait aller, non ? - Qu’il s’en occupe ? Tu plaisantes ? Qui c’est qui va le promener, qui c’est qui va nettoyer, et le nourrir ? - Je peux m’en occuper ! - Tu as déjà du mal à ranger tes affaires, comment veux-tu être capable de t’occuper d’un chien ? C’est hors de question ! - Ça le rendrait responsable ! - Kanon ! Tu n’es pas là de la journée, ce n’est pas toi qui ranges et qui t’occupes de la maison. C’est bien gentil de prendre sa défense, mais c’est tout juste si tu t’occupes de tes affaires ! » Vexé, Kanon riposta, son frère faisait tout à sa place avant qu’il ne puisse en placer une, mais Saga répliqua que s’il ne le faisait pas, ses affaires ne seraient pas rangées. Déjà qu’il passait sa vie à chercher ses clés, qu’est-ce que ce serait s’il devait faire attention à autre chose ! Saga savait où étaient ses dossiers alors qu’il ne connaissait rien des affaires de son jumeau. Comme un boulet de canon, l’adjoint répliqua avec colère et la dispute s’envenima. Tout y passa : le manque d’aide de Kanon, ses costumes hors de prix, son manque d’attention, mais aussi la mollesse de Saga, ses journées passée dans le pavillon, à faire sa petite vie tranquille. Kiki se mit à pleurer et s’enfuît dans sa chambre, laissant le chien apeuré derrière lui. Cela ne fit pas réagir les jumeaux qui se défiaient avec colère. Saga finit par quitter le couloir, furieux et monta dans sa chambre, claquant la porte. Kanon poussa un soupir exaspéré et posa les yeux sur le chien assis devant la porte d’entrée. *** Saga entra dans sa chambre et en claqua la porte avec colère. Mû le regarda entrer et se laisser tomber sur le siège de bureau. Le grec se prit la tête entre les mains, ses cheveux retombant devant son visage. Il était énervé, furieux après son frère. C’était pourtant ainsi depuis le début : Kanon travaillait comme un fou et prenait des risques alors que lui, Saga, passait plus de temps chez eux à s’occuper de Kiki, de la maison ou de l’appartement. Et de son jumeau, aussi. Parce que Kanon ne prenait pas soin de lui-même. À l’époque où ils étaient revenus sur terre, à l’époque où le lendemain était incertain, Kanon ne se préoccupait pas de lui-même, passant son temps à récolter de l’argent. Alors Saga essayait de faire attention à lui, à lui rendre la vie plus facile. Kanon avait ce désir de travailler, d’avancer, d’être utile à son frère. Travailler pour noyer le passé. Pour l’oublier. Maintenant, la situation était différente, Kanon gagnait mieux sa vie en prenant moins de risque et Saga pouvait faire ce qu’il voulait sans craindre le lendemain. Mais, dans le fond, rien n’avait changé : Kanon travaillait sans se regarder, sans regarder autour de lui. Certes, il aimait les beaux vêtements, et c’était le sujet d’une de leurs disputes, mais c’était toujours en rapport avec le travail. Tout avait un rapport avec le travail. Il n’avait même pas eu d’amants ou de maîtresses, cela n’était pas utile à sa vie. Ses soirées à la maison, c’était sa pause. Il n’avait rien à faire, tout était fait. Saga, malgré sa colère, comprenait qu’il défende Kiki, mais il n’avait pas le droit d’intervenir. Kiki était jeune et c’est tout juste s’il s’y retrouvait dans ses affaires. C’était Saga qui gérait tout : les dépenses, les impôts… Il gérait tout. Jusqu’à la note du pressing de Kanon. Alors il n’avait pas le droit de critiquer, pas le droit… « Saga ? » Le grec leva les yeux vers Mû. Il semblait inquiet et l’interrogeait de ses yeux bleus. Ses beaux yeux bleus qui semblaient parler pour lui. Les fenêtres de son âme. Et c’était sûrement l’une des plus belles qu’il ait vues dans sa vie. « C’est quoi, cette histoire de chien ? » Lui faisant signe de s’asseoir près de lui, Mû le força presque de venir juste avec son regard. Saga se sentit obligé de s’installer à côté du tibétain, et avec une facilité déconcertante, il lui parla. De la dispute. Cet animal n’était que le déclencheur de la dispute, il n’en était pas vraiment le sujet. Saga lui parla de ses états d’âme, de leur vie d’avant. Comment elle était réglée, comment il l’avait vécue. Comme il avait eu peur qu’il arrive quelque chose à son jumeau, qu’on le lui retire, qu’on l’éloigne de lui comme avant. Qu’ils ne soient plus ensemble. Séparés par les flots, la colère, la haine. Avec douceur, Mû lui prit la main, écoutant ce flot de paroles qui sortaient des lèvres du grec. Au final, quand il eut fini, Saga se sentit comme vidé d’un poids. Il n’avait jamais vraiment l’occasion de parler de leur vie d’avant, Kanon préférait garder cela pour lui et Lys n’était pas vraiment curieuse de ce côté-là, elle savait que cela n’avait pas été évident pour eux, et cela avait un lien avec leur… passé. Quant à Ludivine et Corinne… Il ne voulait pas vraiment les embêter avec ça. « Merci de m’avoir écouté. - C’est rien. Ça fait du bien de parler, parfois. » Saga acquiesça lentement. Il se rendit compte qu’il tenait fermement les doigts blancs et fins de Mû. C’était lui qui les avait glissés dans sa main bronzée. Ces doigts talentueux qui pouvaient réparer n’importe quelle armure, n’importe quelle fissure… Leurs regards se croisèrent. Comme attiré par une force invisible, Saga se pencha lentement vers Mû, lui laissant le temps de se retirer. Mais le jeune homme ne bougea pas et ferma les yeux quand deux lèvres chaudes se posèrent sur les siennes, l’embrassant doucement. Chastement. Il se sentait tout drôle, son cœur battait fort et le pouce du grec caressait la peau claire de sa main. Mû répondit timidement au baiser, en ayant la sensation que c’était réellement la première fois que ça lui arrivait. Quand ils s’écartèrent, Saga eut un sourire en voyant les joues claires du tibétain rosir. Mû cacha son visage dans le cou du grec, un peu gêné, alors qu’il sentait une paire de lèvres baiser son front. *** Le visage enfoui dans son oreiller, Kiki pleurnichait en se maudissant d’avoir amené ce chien à la maison. Il pensait que Saga accepterait de le garder avec eux, mais non, évidemment. Malgré son intelligence, Kiki n’était qu’un enfant, et même si Saga n’avait pas de travail à plein temps, l’enfant comprenait qu’il ne veuille pas s’occuper d’un chien. Pourtant, Kiki trouvait cet animal si joli… et il était tout seul, en plus. On toqua à sa porte, et une personne entra. Il leva les yeux de son oreiller et vit Kanon qui lui souriait, un peu gêné. Il s’avança dans la pièce et s’assit près de lui, sur son lit. Kiki se redressa et allait lui demander pardon, mais le grec le devança. « Désolé pour tout à l’heure. Des tensions qui traînent et ça finit par exploser. J’étais un peu énervé à cause du travail, ces derniers temps, et c’est Saga qui se l’est un peu pris en pleine tête. - J’aurais pas dû amener le chien. - Chien ou pas, ça aurait fini par arriver, de toute façon. Si tu nous avais ramené un chat, je pense que ça aurait été pire, Saga a horreur de ça. - Il n’aime pas les animaux ? - Si, mais pas les chats. Rien qu’à les voir, ça lui donne de l’urticaire. » Ils ricanèrent en imaginant le Gémeau s’enfuir, poursuivi par un chat aux poils hérissés et toutes griffes dehors. Le canapé en cuir et les rideaux ne s’en seraient peut-être pas remis… Kiki respirait un peu mieux et ses larmes séchaient sur ses joues. Kanon lui ébouriffa les cheveux. « Tu viens avec moi ? On va nettoyer ton chien avant qu’il ne dégueulasse tout, où ça va gueuler. - Mais Saga… - Tu t’occuperas du chien, n’est-ce pas ? - Oui ! - Alors tout va bien. » Kanon lui fit un clin d’œil et lui fit signe de le suivre. Kiki sembla rayonner, son chagrin déjà oublié. *** Chapitre suivant ici. ;) Si vous souhaitez laisser un commentaire, c'est ici :
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